Faut-il se fader des titres en « faut-il » ?

 

Faut-il que les journaleux soient aveugles tristes pour déplorer qu’on les dénigre et qu’au surplus on boude leurs feuilles de chou. Vu les titres qui s’y étalent, une remise de nez dans le caca s’impose :

Faut-il augmenter la TVA ?
Faut-il donner des fessées aux enfants ?
Faut-il avoir peur de la Russie ?

(exemples limités car moui c’est insupportable).
Comment voulez-vous qu’on morde à l’hameçon ?

Le but de la manœuvre est trop pévident : en posant ces questions à la khôn, les professionnels de la profession pèsent le pour et le contre en passant le plat sans prendre parti. Et s’en félicitent implicitement.
C’est bien simple, on devrait les remercier de tant de sollicitude.

Sauf qu’il se fourrent le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate :
– on n’ira y voir de plus près que pour retrouver les arguments qui nous confortent ;
– sans avis préalable sur le sujet, on passera carrément son chemin ;
– depuis quand les médias préconisent-ils ce qu’il « faut » penser ?

A l’aune du fameux mot de Godard :

l’objectivité, c’est 5 minutes pour Hitler, 5 minutes pour les Juifs,

voici l’accroche qui nous pend au blair :

Faut-il interdire les chambres à gaz ?

Voyez bien que c’est plus possible.

ordinateur

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en lecteur civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Auprès de leur patron, négociez plus de temps pour vos scribouillards chéris. Après tout, ils ne deviennent moutons que parce qu’ils pissent de la copie à flux tendu. Si seulement on leur permettait de se creuser les méninges, sans doute pondraient-ils des tas de titres appétissants, les ventes repartiraient et tout le monde serait drôlement content.

 

♦  En attendant, rendez-vous à la rédaction la plus proche et exigez, en tant que fidèle lecteur, que soient retirés avant le bouclage tous les titres commençant par « Faut-il ? ». Si dans l’édition du lendemain vous découvrez des « Doit-on ? » à chaque colonne, mangez-vous les gonades.

 

♦  Une fois dans la place, hackez le logiciel de traitement de texte pour qu’arrivé au trait d’union, un bug provoque l’implosion de la machine.

 

♦  En réponse aux questions ci-dessus, accolez respectivement de grands « non », « oui » et « et comment » chez le kiosquier.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Comment faire comprendre aux khôns de derrière que vous n’avez pas fini de poser vos articles sur le tapis ?

 

Pardon pour ce titre dont la véhémence le dispute à la longueur. D’autant qu’un problème si élaboré n’est déjà plus à la portée de ceux qui vous collent à la caisse. Reformulons donc en pesant chaque terme de l’énoncé.

Au terme d’un rodéo plus ou moins épique, vous vous êtes glissé dans une file dont la vitesse de croisière vous laisse pour une fois entrevoir une sortie proche. Votre prédécesseur vous a même gratifié d’un sourire en délimitant ses achats par une frontière en plastique à l’effigie du magasin ou d’une quelconque saloperie en promo. Un merci plus tard, une connivence s’installerait presque. Et dire qu’à votre tour, dans un instant, vous deviendrez cet affable passeur.
Sollicitude mère d’illusion.

Les ploucs dans votre dos vous ramènent au réel en un bip de code-barres. Qu’il faille attendre que vous ayez fini de poser vos articles avant de commencer à poser les leurs leur passe loin au-dessus.

Pourtant, vu l’amoncellement à venir, à moins de procéder par couches superposées, tout le tapis vous sera nécessaire : n’importe qui peut le constater. Sauf vos suivants, qui empiètent sur vos emplettes en niant votre existence.
(Au passage, leurs goûts de chiotte vous font prendre la mesure du monde qui, lui, vous sépare).

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en acheteur civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Déchargez tranquillou puis, tel un rouleau compresseur, poussez tout par terre en arrivant à hauteur de la ligne de front des khouillons. Sifflotez pour vous donner du courage.

 

♦  Technique imparable : disposez vos premiers articles non pas juste après la réglette en plastique mais directement en bout de tapis. Vous pourrez alors combler à loisir la place restante sans avoir à subir les assauts de l’arrière, d’où l’on assistera à cet habile stratagème avec l’impuissance des vaincus.

 

♦  Profitez de ce que la séparation est floue – et pour cause – entre ce qui est à vous et ce qui ne l’est plus pour tout mettre sur la note des envahisseurs (technique dite « du traité de Versailles »).

code-barres

♦  Dès les premières salves ennemies, cherchez cet autre fameux pannonceau : « Dernier client avant fermeture, merci de vous diriger vers une autre caisse » et glissez-le en bonne place, soi-disant à la demande de la caissière. L’exode de pure convenance ainsi créé provoquera un début d’érection ou d’humectage suivant les gonades.

 

♦  Plantez-vous en bordure de caisse, faites rempart de votre corps et manipulez vos affaires à distance à l’aide d’un bras télescopique. Au terme de l’opération, levez l’obstruction, repliez votre arme et rengainez-la soigneusement, non sans avoir soufflé dessus et conclu d’un marmoréen :

It’s the law of the West.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

« Multibraqué »

(Un bug inhabituel nous oblige à aligner le texte qui suit à l’extrême droite. D’avance pardon.)

Interrogé sur une histoire de joaillier proposant du calibre à ses agresseurs, le porte-parole d’une faction bleu marine avoue ne pas savoir comment il aurait réagi dans la même situation, rappelant que l’intéressé avait été « multibraqué ». A cette excuse servie sur un plateau, notre sang ne fait qu’un tour, comme celui de l’auteur des pruneaux.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Que le néologisme émane d’un membre de ce groupuscule familial du siècle dernier ne surprendra personne. Z’inventent des chiffres, ils peuvent bien inventer des mots.
Qu’il en dise long sur la pompe de celui qui le prononce, ça n’est pas le plus navrant. Une paire de multibaffes dans sa gueule suffirait à régler le problème.
Non, ce qui dans « multibraqué » met les poils au garde-à-vous, c’est sa saveur procédurière, ce goût chimique de statistique ne souffrant aucune discussion. Le « multibraqué » est aux « braqués » simples ce que le handicapé au macaron est aux automobilistes qui tournent comme des khôns.
C’est bien simple, on le jalouserait presque.
L’empathie qu’on pourrait éprouver pour le gars est symétriquement égale à notre aversion pour le multirécidiviste cher au jargon des Sceaux. Le sociopathe incurable et le poissard congénital, chacun à sa manière, attirent les zemmerdes.

Il en va de même d’ailleurs avec n’importe quel objet multifonctions, dont l’aura magique s’évanouit aussitôt les fonctions examinées dans le détail.

Mettons que votre appartement soit visité deux fois ou plus pendant votre absence. Déjà, estimez-vous heureux qu’on vous ait débarrassé de ces appareils merdiques une fois pour toutes. Mais surtout, faites jouer le « multicambriolage » auprès des assureurs. Que l’on soit pendu par les gonades s’ils ne vous ramènent pas aussitôt les voleurs menottes aux poignets.

Une équipe de Roms, probablement.

Merci de votre attention.