Richard Gotainer

 

Ceusses qui connaissent leur loustic sur le bout des doigts… restez, maintenant que vous êtes là. Z’en serez quittes pour une cure de classiques. Les autres, il ne sera pas dit que le restant de votre vie et Richard Gotainer suivent deux routes parallèles.

Gotainer est un faiseur de chansons vachtement mésestimé, pour dire le moins. Youki, Sampa et autres Femmes à lunettes, trop potaches pour être honnêtes ? A priori bébête, qui revient à reprocher à Jean-Marie Bigard ses sketches à 8 bites/seconde, sans voir que Les expressions, La chauve-souris ou La valise RTL ne sauraient prendre une ride.

Revenons à mon Riri. Pas plus tard qu’en 2010, face aux aspirants musicologues de la Sorbonne (ben quoi ?), le coquin détourne le clicheton à son avantage, se définissant comme un « obsédé textuel ». Pirouette, une de plus. Réécoutons Halleluya ou Chlorophylle est de retour. Pas de doute, Gotainer est un génie puisqu’il entend se donner les moyens de la démesure. La gloire le rattrapera un jour. Seulement, comme il est timide, il ose pas le dire – c’est tout à son honneur.

Deux-trois citations en passant pour remettre les béotiens d’équerre. Oyère.

Elle ne planait jamais plus haut
Que le plus haut d’ses bigoudis ;

Et puis parler, ça fait du bruit
Quand l’un dit oui et l’autre non ; 

Devenu bossu tant il rit dessous sa houppelande
L’extravagant homme des lubies se dandine dans la lande.

Dans la bouche du premier venu, on flancherait limite dans la préciosité. Pas chez lui. L’hurluberlu qui sort de l’œuf assimile houppelande, guingois, mastodonte, hure, galure, itou comme le meilleur miel. Fluidité de la langue servie par un chant au-dessus de tout soupçon, quelque brise-cou que soient les saloperies merveilles réservées par ses compères mélodistes* (surprises garanties à la millième écoute). Notre homme te me vous enquille ça avec un naturel à tomber par terre. Moitié de rire, moitié de jalousie, il faut bien le dire.

chants-zazousLe taquin et la grognon, les Contes de traviole au grand complet, les « quatre saisons » de Chants Zazous, autant de chefs-d’œuvre que ne terniront pas redites et fourvoiements. Car qu’est-ce qu’un chef-d’œuvre (puisqu’apparemment, faut tout vous expliquer, aujourd’hui) ? Rrrrrréponse : impossible de repérer, du texte ou de la musique, lequel s’est pointé en premier. Imaginez Yesterday ou Avec le temps sous un autre habillage : c’est siamois, tout ça.

D’ailleurs, à quel interprète doit-on de se lever tous pour Danette, de siffler Belle des Champs et de tenir la patate grâce à « Vittel, buvez, éliminez » ? Message et ritournelle bras dessus bras dessous pour toujours, l’exercice est évidemment dans les cordes du garçon.

Lequel aura réussi, sous couvert de déconnade, à rendre l’amour des mots et l’amour des sons hautement contagieux.

Vive Gotainer.

Et vive la Gaule.

* Le bonjour (à genoux) à Celmar et Claude, sans qui…

« Habiter (à) »

 

Certaines hésitations nous poursuivront jusqu’au linceul.

J’habite Paris.
J’habite à Paris.

Voyez de quoi il retourne. Et on devrait s’acquitter des zimpôts locaux sans broncher ? Personnellement j’ai choisi : j’y habite pas.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Evacuons d’emblée le fameux

J’habite sur Paris,

signe d’une curieuse appétence pour la préposition sur depuis longtemps décriée.

Faites le test, nous pencherions plus volontiers pour habiter à. C’est très vrai en province où tout ne se trouve pas sur place. Atteindre la ville voisine ne relevant pas de l’expédition, on y regarde son lieu d’habitation avec un détachement bien éloigné du concept parigocentré d’intra muros. Avec en sus à l’esprit les synonymes vivre, demeurer, résider voire le familier crécher qui tous réclament leur à.

Or la grammaire nous enseigne avec raison qu’on habite quelque part. Mais si on considère qu’habiter, c’est simplement être dans, ça change tout, trouvez pas ?
Voilà qui gorge de sens la simple donnée géographique. Ainsi, un habitant de la capitale se targuera d’habiter sa ville, d’y appartenir, de la définir en quelque sorte :

J’habite Paris.

Sentez la fierté redoublée ?

Même chose si l’on habite quelqu’un en pensée, ce qui nous vaut ce vers immortel du grand poète Gotainer :

Tout chez moi l’habite.

 

Heureux soit l’escargot qui naît avec sa maison. Lui au moins s’en tamponne le coquillard : il est chez lui où qu’il aille. Ceci dit, la grammaire le rattrape, il bouge rarement très loin.

Merci de votre attention.