Les oreilles de lapin

 

Après le chewing-gum dans les cheveux, certains passent aux oreilles de lapin sur les photos. Vocation qui perdure ensuite chez les spammeurs professionnels.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Il suffit qu’un groupe projette de se faire tirer le portrait pour qu’en sévisse un des membres. Or, une fois emplafonné le coupable, quelles raisons invoquera-t-il pour expliquer son geste ? Aucune, si ce n’est la satisfaction d’avoir ruiné le cliché et attiré l’attention. Sur lui, plus que sur sa soi-disant victime.
Autant dire que personne ne connaît l’origine d’une pratique aussi obscure.

 

Oreilles de lapin, déshonneur ultime ? Pas qu’on sache. (Cas particulier : les bunnies de certain magazine).
Rappelons qu’un lapin de garenne dans la force de l’âge perçoit non seulement le moindre pet de carotte à la ronde mais se thermorégule grâce auxdites. Selon certaines sources non vérifiées, elles feraient aussi couchette et mini-bar.

 

Cette paire de fausses oreilles est d’autant plus absurde qu’on distingue toujours les vraies dans le prolongement des tempes du sujet. (Cas particulier : les bunnies de certain magazine, dont d’autres types de paires sont scrutées. C’est dire si les oreilles sont une zone érogène mésestimée).

A moins qu’il ne s’agisse en fait d’un bonnet d’âne ? Allons bon. En regardant bien, on est plus proche du V de la victoire que du baudet ou du lagomorphe. Là encore, l’attaque est contre-productive.

 

Non, cette histoire d’oreilles de lapin, ça ne fait rire que l’autre emplafonné, ça retarde le photographe, et ça s’efface sous Photoshop. Moyennant finances, il est même probable qu’un filtre les bannisse déjà automatiquement sur le mode anti-yeux rouges.

Note : si un lapin a les yeux rouges, c’est qu’il est atteint de myxomatose. Mieux vaut alors cesser de le prendre en photo et l’emmener au plus vite chez le vétérinaire, dont la table basse manque singulièrement de Playboy.

Merci de votre attention.

 

Lobby

 

Pour peu que nos institutions laissent à désirer, l’existence de lobbies au statut mal défini (loi 1902 ?) fait le lit de toutes les théories du complot. Comment un groupe d’influence qui impose ses vues en coulisse, fait pression et pour tout dire opère dans le sournois, peut-il porter un nom aussi charmeur ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

C’est bien pratique : il y a un lobby pour tout.

Le lobby juif,
Le lobby franc-maçon,
Le lobby des armes à feu,
Le lobby laitier,
Le lobby des casinos…

Faites vos jeux : la cause de tous nos maux se trouve forcément là-dedans.

L’origine du mot elle-même suinte le mystère. Dérivé du lob passant par-dessus l’adversaire, ce qui a le don de l’énerver copieusement ? Mimétisme avec le hobby, autre centre d’intérêt pour une communauté ? En parlant de communauté, impossible de ne pas songer à hobbit, de là audit puis bauxite, encaustique, encornet, trottinette, votre enthousiasme fait plaisir à voir, malheureusement on n’est pas là pour rigoler.

Lobby, donc, fait officiellement son apparition en 1952 dans nos dictionnaires, bien des plombes après les anglophones pour lesquels il signifie « couloir, passage » dès 1530.
Son sens figuré date de la fin du XVIIIe siècle aux uhèssa. Devenu lieu de passage (de préférence, vaste hall permettant d’alpaguer législateurs et gogos en nombre), un lobby désigne par métonymie la bande de forts en gueule qui s’y massent.
Les mêmes se retrouvent aujourd’hui à « faire du lobbying », rentre-dedans légal qui a de quoi, on l’a vu, gonfler tout bon citoyen.

Sous le coup de cette agitation, on en oublierait presque le latin médiéval laubia, lobia (« cloître, allée couverte d’un monastère »). Voilà lobby logé. D’où évidemment l’anglais lodge hérité de notre propre loge.
Vous l’avais bien dit qu’il y avait du maçonnique là-dessous.

 

Lorgnons également sur le proto-germanique laubja-, « abri ». De « feuillage » principalement, puisque sur l’étymon voisin laubaz a poussé leaf, la « feuille » des Zanglais as everyone knows.

S’abriter derrière un lobby tient donc du pléonasme : gonflant à double titre.

Merci de votre attention.