Comment arrêter de zapper ?

 

Au temps préhistorique, une seule chaîne suffisait au bonheur de l’Homme. Monopole des pionniers bientôt brisé par l’arrivée d’une deuxième chaîne, elle-même concurrencée par une troisième, etc.
Il fallut donc trouver un moyen de passer de l’une à l’autre sans bouger de son siège (car l’Homme n’aime rien tant qu’à se vautrer).

C’est alors que, tîn-tîîîîîîîn, apparut la télécommande. Et avec elle la possibilité pour vous de décider qu’un programme mérite votre intérêt ou votre indifférence, dans un laps compris entre sept millièmes de seconde et un souffle las.

Depuis, vous jouez de la zappette malgré les injonctions débiles (« Ne zappez pas ! ») et les abus de langage (« on tourne une page de publicités »).
Et plus large est l’éventail, moins vous éprouvez de remords. Voilà ce que la zappette a fait de vous : un être froid et sans pitié.

 

Mais votre pouce ne vous donne que l’illusion de la mise à mort. Car tout ce à quoi vous passez outre continue d’être diffusé.

Ne confiez pas au bouton + ce qui vous reste de temps de cerveau disponible.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en téléspectateur civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  La dictature de la zappette est telle que vous la conservez par-devers vous quand bien même vous suivez l’émission. Une simple amputation suffit généralement à y remédier.

 

♦  Vous pouvez aussi retirer les piles et leur trouver une cachette assez dissuasive pour prévenir toute récidive : placard du haut, vide-ordures, estomac…

 

♦  De même que votre radioréveil est réglé sur une station unique, ne changez plus de chaîne jusqu’à ce que mort s’ensuive. Cette méthode radicale prend parfois le nom de « mariage ».

 

♦  Une fois la totalité des canaux passée en revue, les plus compulsifs n’hésitent pas à repartir pour un tour. Pathologie pouvant aller jusqu’à quarante-sept minutes de zapping ininterrompu. Trompez l’ennui plus utilement en réfléchissant à ce que vous aimeriez voir dans la petite lucarne.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Habit

 

Si quelqu’un vient vous soutenir qu’habit donne habiter, ne le rhabillez pas pour l’hiver : il n’est pas habitué à cette langue de fous.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Tout ceci est cousu de fil blanc. On ne peut pas croire que ce soit un hasard, avec le h aspiré puisqu’on ne dit pas un-hasard, contrairement à un-habit. Lequel, comme habitude oui oui, descend d’habitus, « manière d’être, maintien ».

Mais d’où vient le mot latin ? De habere, « avoir ». Si bien qu’« avoir l’habitude » hein, faut pas pousser mémé dans les orties, surtout si elle est en short, ce qui ne risque pas de se produire car mémé ne s’habille jamais comme ça.
Anglais et allemand ont beau expectorer ce h dans leurs have et haben respectifs, les étymologues le jurent le doigt sur la couture du pantalon, rien à voir avec avoir. Notre auxiliaire chéri a poussé sur le radical indo-européen ghabh-, « prendre », à l’origine de capter, captiver, capturer ou encore (du point de vue de l’ennemi) geben et give, « donner ». Sans oublier l’exhibitionniste qui « offre à la vue » ce qu’il peut, en général sous le manteau.

 

Du reste, impossible de se faire avoir : habit naît abit en 1155. Ce « vêtement de religieux » devient simple « habillement » au début du XIIIe siècle. Huit siècles plus tard, « prendre l’habit » sous-entend celui de moine. Alors même que l’habit ne fait pas le moine. L’impénétrabilité des voies du Seigneur, voilà qui est bien trouvé.

 

Et habiter ? Un ourlet à habitare, fréquentatif de habere. Ainsi, habiter aurait très bien pu signifier habiller. Imaginez alors à quels glorieux contresens nous nous serions livré :

être habité par quelqu’un ;
habiller sa maison.

 

Au fait, si habiller a des l, il le doit à l’ancien verbe abillier, « préparer une bille de bois », soit un tronc (v. billot). D’où plus tard « (se) préparer » un minimum, histoire de ne pas sortir cul nu.

Dernier point : si quelqu’un vient vous soutenir qu’un habit « fait plus habillé » que d’autres, sortez-lui votre rire XXL.

Merci de votre attention.