Comment repérer un arbitre dopé ?

 

N’est pas arbitre qui veut. Rendez-vous compte de la force de caractère qu’il faut pour rester droit dans ses bottes en essuyant les menaces de mort de tous côtés. Les joueurs risquent moins leur peau, qui sont visés collectivement (en vrai, les supporters sont des dégonflés). Ils pourraient d’ailleurs sortir dans la rue sans garde du corps. Quant à l’arbitre, s’il sort, c’est dans l’anonymat le plus total et pour promener son chien (en vrai, les supporters sont des dégonflés).

N’oublions pas la force physique du bonhomme. Les statistiques donnent toujours la distance parcourue par x ou y au cours d’un match. Elles ne s’intéressent jamais au nombre de bornes que s’enfile l’arbitre. Lequel, comme le veut sa fonction, se trouve tout le temps sur l’action, pas comme ces feignasses d’ailiers ou de goal. Observez-le : c’est proprement surhumain.

 

D’où l’appel de plus en plus pressant à l’arbitrage vidéo : il ne peut pas être partout, le bougre. Idem dans le vélo. Pour pallier une absence que ne compensent pas les commissaires de course vissés sur leur chaise, les commentateurs se tournent vers d’autres « juges de paix » : Glandon, Tourmalet, Aubisque…
Ah si les cols pouvaient parler.

 

Mais pour avoir toujours raison même quand il a tort, à quoi carbure l’arbitre ?

N’étant pas infaillible, les sportifs qu’il a à l’œil ne peuvent compter, à leur tour, que sur le dopage pour se départager. Rompons dare-dare ce cercle vicieux et penchons-nous sur les pratiques du corps arbitral.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en arbitre d’arbitre civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  D’office, quatre ans de suspension pour les arbitres russes et est-allemands, ça gagnera du temps.

 

♦  Sélection naturelle toujours, un simple contrôle visuel suffit à disculper votre homme dans les sports individuels. Au tennis par exemple, voyez comme l’arbitre de chaise s’empâte. Et que dire des vieux croulants chargés d’homologuer le saut des athlètes ? Brioche et compagnie. Sans compter – et c’est ce qui leur donne cet air si triste – qu’eux n’ont pas le droit de se jeter dans le sable sous les hourras.

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♦  Probité suspecte ? Attention, certaines hormones de droiture sont autorisées par les instances. Effets les plus spectaculaires : 1) infliger un second carton au joueur qui conteste le premier, 2) ne pas siffler une faute imaginaire de l’équipe A uniquement pour faire plaisir aux supporters de l’équipe B sanctionnée cinq minutes avant à juste titre.

 

♦  Multipliez les contrôles inopinés dans les vestiaires. Une fois passés au peigne fin short, cartons et caméra embarquée, vérifiez qu’aucun roulement électrique n’est dissimulé dans le sifflet.

 

♦  A l’issue de la compétition, soumettez l’arbitre aux mêmes analyses d’urine que les joueurs. Aux chiottes l’arbitre, en quelque sorte.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

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Anfractuosité

 

Certains mots illuminent l’enfance de leur magie. Quand bien même l’occase de les croiser ne se représente plus, ils ne sombrent jamais dans l’oubli. Anfractuosité est de ceux-là, tapi dans l’ombre des romans d’aventures tout exprès pour que le héros s’y réfugie. Miraculeusement et in extremis, tant qu’à faire.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Malgré son look savant, le succès d’anfractuosité tient, à n’en pas douter, au nombre épatant de voyelles qui s’y succèdent à la manière d’un folioscope. Seuls les sons in, on et ou manquent à l’appel.
Aussi, réparons l’injustice :

infrinctininzintin,

onfronctononzonton,

oufrouctouousoutou.

Maintenant qu’on a bien rigolé, il faut se rendre à l’évidence : la chose sert d’abri exclusivement dans la roche.
On ne dira pas, par exemple :

une anfractuosité de vache,
une anfractuosité de Mouton-Rothschild,

encore moins

une anfractuosité de fraises

dont on ne voit pas bien où elle pourrait se nicher si ce n’est dans les minuscules alvéoles du fruit en question. On emploiera alors le mot alvéole, chacun repartira comme il était venu et, ma foi, les vaches seront pas trop mal gardées. A flanc de coteau, si possible.

Quitte à en décevoir certains, l’anfractuosité crèche donc dans du dur, c’est comme ça, c’est son truc, elle y tient, on ne revient pas là-dessus.

 

Tout ça parce que le terme qualifie dès 1503 un « repli sinueux », voisin de la cavernosité qui pour sa part s’est raréfiée au profit de cavité.
Venue en droite ligne de l’adjectif latin anfractuosus, petit frère d’anfractus (« tortueux »), l’anfractuosité doit tout au verbe fringere (« briser », d’où fracture, fraction, fragile, fragment, fracas, naufrage, réfractaire et autres joyeusetés). En anglais, il en est résulté – au prix d’une lente érosion – break, broke, broken, verbe irrégulier, comme le trou.

Sur ce, et afin que nul ne se sente lésé,

eufreucteueuseuteu.

Merci de votre attention.