Vite

 

Voyez comme la nature est bien faite : vite est un mot qui lui-même va vite. S’il se disait « non rapidement », on ne serait jamais rendu.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

La meilleure preuve, c’est que l’adverbe vitement n’a que rarement nos faveurs : tout doit aller vite. Au point qu’on se précipite au fast-food (par exemple au Quick) – au risque d’une file d’attente interminable.

 

Oh mais jusque début XVIIIe, on n’avait que viste à la bouche, figurez-vous. Bientôt commué en vîte. Ce n’est qu’en 1798 qu’on enterre définitivement ce circonflexe qui nous ralentissait.

Vite naît adjectif dans les eaux de 1150 :

des chevaux vistes.

Notez que, devenu interjection, vite prend un tout autre sens :

des chevaux, vite !

 

On n’a même pas eu le temps de repérer d’où il venait : d’une onomatopée vist- exprimant un mouvement rapide ? Ou du latin populaire visitus ? Celui « qui y voit bien » accomplit en effet ses gestes en peu de temps. On peut alors affirmer sans exagérer qu’il est avisé, descendu en ligne droite du verbe latin visere, intensif de videre, « voir » toujours (→ vidéo). Si ce visitus vous rend visite, pas de panique : il est par définition amené à vous « voir souvent ».

 

Voilà qui est vite torché vu.

Merci de votre attention.

 

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Huppé

 

L’organisateur d’une fiesta huppée ne s’en vantera jamais, du moins pas en ces termes. « Fiesta », c’est bon pour les bouseux, soyons sérieux.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Quel rapport entre la « distinction » et le fait de « porter une huppe » ? Le signe distinctif, justement. Que seuls les oiseaux huppés ont le privilège d’arborer : roitelet, colibri, vanneau, grèbe huppé (le plus grand de tous les grèbes, famille des podicipédidés, alors autant pas le faire chier). Quant à la huppe, on la confond carrément avec son aigrette bigarrée.
(Attention, « aigrette » désigne ici la huppe et non l’oiseau.
Attention, « huppe » désigne ici la huppe et non l’oiseau).

 

Les ornithologues du XIVe siècle qualifient déjà de hupe la « touffe de plumes sur la tête de certains oiseaux ». Mot pompé sur huppe (le piaf), née uppa cinq siècles plus tôt, contraction du latin upupa. Quel est justement le nom scientifique de la huppe fasciée ? Upupa epops. A cause de son cri ? Si oui, les Grecs l’auraient donc ouï epops et les Latins upupa ? Jugez sur pièces :

L’onomatopée a de la ressource. Elle devient puppukis en letton, pupak en persan, hopop en arménien, hoephoep en afrikaans et hoopoe en anglais.

 

Quid alors de houppe, cet

assemblage de brins de laine, de soie, de fils liés ensemble à une extrémité de manière à former une touffe et qui sert d’ornement ?

Le mot éclot vers 1350 du bas francique huppo, « touffe », ayant probablement poussé sur l’indo-européen (s)keup- de même sens. A ce stade, rapprocher huppe et houppe ne serait donc point tiré par les cheveux, la seconde croisant comme un fait exprès le chemin de la première.

 

Hop hop hop, on est passé un peu vite sur cette histoire d’onomatopée tout à l’heure. Car hop ! descend de l’ancien verbe houper, « appeler quelqu’un » (sans doute comme le ferait notre huppe avec un larbinos quelconque à l’heure du déjeuner). On peut en admirer un vestige dans houp-là (un peu plus huppé).

Merci de votre attention.

 

Se dépêcher

 

Rien n’est plus étranger au pêcheur que le fait de « se dépêcher ». Notez aussi qu’on se dépêche plus volontiers en ayant la pêche. Allez comprendre. Si le préfixe est privatif (comme l’étang), s’agit-il du même –pêcher que dans empêcher ? Et si on voyait ça rapidos, sans vouloir vous presser ?

Mais revenons à nos goujons, moutons.

Saviez-vous que l’usage du verbe sans son pronom s’est perdu (à un moment connu de lui seul) en tant que synonyme de « bâcler » et – le mot n’est pas trop fort – de « torcher » ?

dépêcher ses devoirs ;
dépêcher son repas.

Il en reste quelque chose dans le fameux

Dépêchons

dont on a du mal à décider s’il est familier ou soutenu.

Heureusement,

Grouillez-vous ;
Magnez-vous le tronc ;
Sortez-vous les doigts du cuuuuuuuul

sont nettement moins ambigus.

Blague à part, il faut poireauter jusqu’en 1740 pour trouver notre verbe avé les accents. Mais dans un premier temps, « se depescher » signifie « se délivrer, se libérer ». Vu sous cet angle, c’est effectivement l’antonyme d’empêcher, qui n’est rien d’autre qu’« entraver » (vous entravez ?). On conçoit alors que « se dépêcher » ait endossé cette connotation d’urgence (« se dépêcher de qqn » revenant même à le « zigouiller » sans autre forme de procès en plein XVe siècle).
D’où l’idée d’« expédier fissa » qui se matérialise dans la dépêche, portée par un larbin qu’on a dépêché tout exprès.

 

N’empêche, on n’a toujours rien pêché du côté de –pêcher, avec ça.
Bé croyez-le ou non, voilà à quoi ressemblait empêcher avant qu’une lente érosion ne le rabote : « ampagier ». Et dans les bons jours, « empeechier ». Ah restez polis : ça sont les fruits de la décantation du bas latin impedicare, formé sur le substantif pedica, qui eeeh oui a donné piège. Figurez-vous qu’on mettait la chose aux pieds des chevaux pour éviter qu’ils ne s’enfuient sur leur fidèle destrière, les fieffés.

 

Au fait, on a trop vite expédié expédier tout à l’heure. Pourtant, qu’y lit-on ? Expedire, littéralement « débarrasser le pied »… Mais c’est le jumeau caché de dépêcher !

On n’a jamais fini de prendre son pied avec l’étymo.

Merci de votre attention.