Quelconque

 

Pas isocèles, encore moins équilatéraux, les triangles quelconques ne ressemblent qu’à eux-mêmes. C’est pour ça qu’on les aime.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Avant tout, veillez à bien prononcer le -que de quelconque, sans quoi ça fait « quel khôn » et on vous prêtera des jugements à l’emporte-pièce. C’est de -conque dont il s’agit, épatant suffixe qui n’a quasiment pas cours sauf dans quiconque, c’est dire. Ou alors à l’état de conque, ce qui nous éloigne du sujet mais offre l’illusion du bruit de la mer (alors que c’est juste la bestiole qui vous murmure « quel khôn » à l’oreille).

Contrairement à quiconque, toujours au départ de l’action en tant que pronom, quelconque joue au poste d’adjectif quoi qu’il arrive.

Un + x + quelconque = n’importe quel x. Ou Monsieur Tout-le-monde, ce qui revient au même :

un chien quelconque.

 

On ne vous la fait pas, avec tous ses -que, c’est bien sûr du méditerranéen pur sucre. A l’origine, quelconque remplace même son cousin quelque dans la locution « quelque […] que » :

en quelconques adversité que soiez.

Voyez ce à quoi avons échappé. Sans compter que le drôle naquit quelquunque au XIIe siècle. En kit : quel, que et onques, « jamais » d’époque. A rapprocher de quiconque première version, « qui qu’onques », littéralement « quel que soit jamais celui qui ».

A comparer aussi à l’homologue rital qualunque, encore fort proche du prototype latin qualiscumque.
Si ce cumque (parfois cunque, d’où -conque) signifie « toujours » en VO, don’t be surprised ; rappelez-vous comment les Zanglais construisent leurs whoever (« quiconque ») et whatever (« quoi que »).

On en a conquis pour moins que ça.

Merci de votre attention.

 

Comment rendre à César ce qui lui appartient ?

 

L’honnêteté vous oblige à rendre à César ce qui appartient à César. Plus facile à dire qu’à faire. Car manifestement, vous ne vivez ni sous la même latitude, ni surtout à la même époque que Jules. Dans ces conditions, lui rendre ses affaires ne va pas en être une mince.

D’ailleurs, qui vous dit que tel ou tel machin de votre fourbi ait réellement appartenu à César ? Bien de l’eau a coulé sous les ponts du Rubicond, depuis le temps. Ce vieux Stetson, cette clé six pans pourraient tout aussi bien être à Auguste ou à Justinien.

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Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en restitueur civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Demander une audience ? A vos risques et périls. Suivant la valeur sentimentale que César accorde à ce que vous lui rendez, vous finirez proconsul ou dans un lion.

 

♦  Malgré toutes ses conquêtes, on ne peut pas dire que l’empire romain ait été la propriété privée de César. Car au fond, possède-t-on jamais rien ? Ce n’est pas la babiole que vous lui ramènerez qui fera la différence.

 

♦  Ainsi que le dit le proverbe :

Si li pas revenu dans un an et un jour, ça y en a être pour toi.

Sans réclamation de sa part, vous pouvez estimer que ça ne prive point l’Imperator.

 

♦  Si César est le nom de votre clébard, rendez-lui sa baballe, qu’on en finisse.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

L’un pour l’autre

 

En tête-à-tête avec un proche, celui-ci vous appelle par votre prénom (du fait qu’il vous reconnaît). Il suffit qu’un deuxième proche approche pour que le premier proche, qui vous reconnaît toujours (étant donné que vous n’avez pas tellement changé entretemps), vous appelle par le prénom de l’autre.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

La plupart du temps, la méprise se dissipe dès la deuxième syllabe. Certains pourtant sont capables de passer intégralement la famille en revue avant votre blase, chahuté tel une bille à la roulette : fratrie, cousins, brus, sans distinction de gonades. Il n’est pas jusqu’au cocker spaniel qui ne trouve le moyen de s’intercaler.

Rhââ, hein ? Y compris pour le locuteur, qui perd le fil au fur qu’il se reprend.

 

Analysons. On ne mise pas sur le mauvais cheval parce qu’on pense à lui, ni pour agacer le bon. Il ne semble pas non plus que le redouté Alois se tapisse derrière tout ça.

Pourquoi dans ce cas de tels fourvoiements patronymiques ?

Pour ne pas faire de jaloux, tiens.

A donne du C à B afin que C ne se sente pas lésé. Ce faisant, A montre à C qu’il ne l’oublie pas, inconsciemment.
C’est de l’inconscience. Car tandis qu’A et C se font des ronds de jambe, B n’a plus qu’à ruminer une vengeance à la hauteur de l’offense :

Non ! Moi, c’est B

vu que non mais oh, être pris pour C, faut quand même pas exagérer.

 

Ou alors, de même qu’un acteur continue de jouer entre ses propres répliques, le fait de nommer en douce tous les membres de l’entourage permet de vérifier leur attention lorsque la conversation roule sans eux.

 

A moins à moins que nous nous moquions en réalité des cockers spaniels qui, eux, ne peuvent s’interpeller par leur prénom à tour de rôle. D’ailleurs mettez trois spécimens ensemble, vous constaterez qu’ils aboient tous concomitamment.
Khôns comme des cockers.

Merci de votre attention.

 

Comment dresser votre meilleur ami à s’essuyer les pieds ?

 

Si vous l’emmenez partout, c’est pour ne pas être le laisser seul. Mais surtout pour forcer l’admiration sur la qualité de votre dressage. C’est bien simple : il fait tout comme vous.

A un détail près : il ne se frotte pas les pieds avant d’entrer.

Le mimétisme a ses limites, votre patience itou. Enfin quoi, le paillasson, c’est pas fait pour les chiens ! Précisément. Comment voulez-vous qu’il se dirige d’instinct vers ce bout de carpette rêche, Rex, alors que les tapis de la maison lui sont interdits, dites ?

Vous-même ne vous prêtez à l’exercice que parce que vos chaussures ne font pas partie de votre anatomie. Allez reprocher à votre fidèle compagnon que la piaule est salopée, quand vous le promenez par tous les temps !

S’il doit montrer patte blanche, faites-le lui comprendre, il n’est pas plus bête qu’un autre.

paillassonOr donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en maître civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Jouez la reconnaissance du ventre. Un paillasson couleur humus au-dessus d’un coin à os = râclement frénétique de coussinets à chaque passage.

 

♦  Si la ruse échoue, chaussez-le de patins adaptés. Des cotons démaquillants feront l’affaire.

 

♦  Attaquez le mal à la racine et coupez-lui les guiboles, que vous revendrez au chinois le plus proche pour la gibelotte du jour. Dans la foulée, apprenez-lui à se rouler en boule pour ses déplacements (le chien, pas le cuistot). S’il a des ascendants dans le Yorkshire ou dans le Chihuahua, ça ne lui demandera pas beaucoup d’efforts.

 

♦  Joueur comme il est, toutou profitera du grattoir du vestibule pour s’y frotter le dos à qui mieux mieux, vous offrant ce faisant ses jarrets tout crados. Bondissez sur l’occasion et toilettez-les à fond, sans lui laisser le temps de dire wouf.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.