Enlever

 

Contrairement à ses camarades relever, prélever et soulever, enlever existe aussi version épithète pour qualifier un rythme d’enfer :

une mazurka enlevée.

Heureusement parce que sans ça, le verbe est nettement plus terre à terre :

déplacer un objet en le sortant de l’endroit qu’il occupait.

Marche aussi avec une personne kidnappée ou les mots de la bouche.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

C’est l’évidence même, qui dit enlever dit lever. D’ailleurs les deux ne font qu’un dès l’acte de naissance de 1130 : « tu l’en levas », littéralement.

 

Vous ne vous êtes pas levés pour rien, aujourd’hui.

Fin Xe, lever revient à « faire mouvoir de bas en haut » et, avec pronom réfléchi, « se mettre debout ». Ça n’a pas tellement changé. Sans oublier, dès 1242, lesver l’impôt, « percevoir, faire payer ». Même en prélevant à la source, le principe reste là aussi inchangé. De cette époque, il n’y a que le pont-levis dont on ait pu se passer, finalement.

 

Lever a été enlevé au latin levare, « alléger, soulager ». Famille de léger alors ? Tout juste : notre adjectif a pour homologue le latin levis, « peu pesant » (en parlant d’un armement de soldat, à l’origine). Plus c’est léger, plus c’est facile à enlever, CQFD. Et ce ne sont pas les gus en lévitation qui nous contrediront.

L’indo-européen legwh-, « léger » donc (ne devenons pas lourdingues), a également offert light aux Anglais, leicht aux Teutons, etc.

On lui doit surtout la levure, ce champignon démiurge ayant le pouvoir insensé de faire lever les quatre-quarts. Pour les rendre légers, meuh oui, tout se tient.

 

Pour finir, faisons fi du levier de vitesse et réhabilitons l’injustement oublié lévipède : « léger à la course ».

Merci de votre attention.

 

Timbre

 

Comment un petit mot comac peut-il signifier à la fois « cloche immobile et sans battant frappée par un marteau », « membrane inférieure d’un tambour », « qualité spécifique d’un son, indépendante de la hauteur, de la durée et de l’intensité » et « marque, cachet ou vignette correspondant au paiement d’une taxe » ? C’est à en perdre une dent.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Non seulement on le met à toutes les sauces mais timbre en redemande. Il s’affiche même au bras d’un paquet de substantifs : timbre-poste, timbre-amende, timbre-quittance, timbre-escompte, timbre-prime, timbre-test…
Vous aussi, chez vous, amusez-vous à créer de toutes pièces vos propres timbres : timbre-wagon, timbre-brouette, timbre-château de la Loire, timbre-raton laveur. Des séances de poilade à n’en plus finir.

On va jusqu’à recenser un tambour médiéval sous le nom de tinbre. Voire, début XVIIe, un « cerveau » au sens figuré :

ma femme a le tymbre mal sain.

 

Mais d’où viennent tous ces timbres ? Et pourquoi les philatélistes, comme leur nom ne l’indique pas, en sont-ils timbrés ?

 

Devinerez jamais.

Timbre n’est autre que l’altération de timbne, issu du grec ancien túmpanon, « tambour ». Quand on sait que les Latins l’écrivent tympanum et que l’instrument a gardé ce blase comme ses descendants directs (« timbales » = timpani en rital), on saisit mieux pourquoi le tympan est une membrane, que les Anglais traduisent du reste par eardrum.

 

Profitons-en pour disséquer délicatement philatélie, formé en 1864 sur philos (« ami ») et atélia (« affranchissement »), l’inverse de telos (« taxe »).

Les grands malades adeptes des carnets de timbres rares à la Poste sont donc littéralement des « ennemis de l’impôt ». Lançons-leur le fisc aux fesses, ça aèrera la file.

Merci de votre attention.