« J’avoue »

 

Si vous avez « j’avoue » à la bouche, c’est que vous totalisez moins d’un quart de siècle au compteur. Ce qui ne doit pas vous empêcher de piger que ce « c’est vrai » nouvelle formule (ou « c’est clair », pour rester dans les joyeusetés générationnelles) n’est qu’une allégeance molle au dernier qui a parlé.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Imaginons qu’en réponse au « J’accuse » de Zola, Esterhazy et consorts se soient fendus d’un « J’avoue » tout aussi assumé. On est loin du petit jet de pipi qui nous occupe.

« J’avoue » supplanterait ainsi ses glorieux prédécesseurs, au nombre desquels « faut admettre », « faut reconnaître » et bien sûr « faut avouer ». Ça reste à prouver. Car la différence est criante : là où « faut avouer » abonde en toute objectivité dans le sens de l’interlocuteur, « j’avoue » n’utilise la 1e personne que pour faire genre. On ne s’y implique pas le moins du monde.

 

A moins que le mecton lambda ne délaisse « j’en conviens » par manque de vocabulaire ? On ne peut pas le croire.

En réalité, c’est justement cette non-implication qui explique le succès de « j’avoue ». Quel plaisir d’avouer sans avoir à passer à table ! Quel pied-de-nez à ceux qui vous tirent les vers du nez à longueur de temps ! Lâcher « j’avoue » sans rien avouer, c’est une rébellion déguisée.

 

Et ça permet de ne pas trop donner son avis, non plus. « Faut avouer », encore, était suivi d’une proposition introduite par que, pour étoffer le propos. Faut avouer que ç’avait de la gueule. Comble de la formule creuse, « j’avoue », lui, sèche lamentablement. Si c’est pas un aveu de faiblesse lexicale, ça.
Heureusement que faute avouée est à moitié pardonnée.

Merci de votre attention.

Fac-similé

 

Il y a comme ça des mots uniques en leur genre qui vous font dire, avec respect (et redondance) :

Tiens, lui, il est unique en son genre.

Si opossum et tomahawk figurent en bonne place dans la liste, on ne causera ce jour que de fac-similé. Avouez que sur le plan formel, cette « reproduction à l’identique d’un écrit, d’un dessin » ne se trouve pas les sabots d’un chwal.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Si la partie similé nous éclaire sans chichis sur l’étroite similarité entre copie et original, fac reste un mystère pour quiconque n’en a pas usé les bancs.

Il s’agit pourtant tout khônnement de l’impératif du verbe latin facere. Autrement dit, « fac simile » = « fais la même chose ». Raison pour laquelle on rencontre la bête dénuée d’accent jusqu’en 1835 dans nos dicos.

En anglais, elle fait partie des meubles dès la seconde moitié du XVIIe siècle. Pas étonnant, quand on sait que nos voisins grands-bretons usent et abusent de similar. Nous autres tendons à considérer l’adjectif comme légèrement soutenu, oubliant que le vieux latin semol a donné tout ensemble same et similar à l’anglais ainsi que zusammen à l’allemand…

Quant à facere, nous nous le sommes fait refaire en faire. Tout en gardant sous le coude, pas fous, factuel et tous les dérivés en c : factice, façon, facteur, facture (pas trop longtemps quand même, sous le coude).

 

Enfin, on croise à l’occasion facsimilé, par exemple sous la plume de l’« accusateur » Zola.
Et figurez-vous qu’on peut très bien fac-similer ! A ne prononcer qu’à condition de se la péter davantage que la moyenne, évidemment. Pour s’en convaincre, conjuguer :

Je fac-simile,
Tu fac-similes…

Libre à vous de faire de même (ou pas).

Merci de votre attention.