A quoi jouer la paix mondiale ?

 

Malgré les apparences, ceux qui se foutent sur la gueule ne veulent pas moins la paix que vous. A condition de la gagner. Et tous les prétextes sont bons. « La ville sainte », par exemple. Si ce n’était pas aussi tragique, ce bras de fer de cour de récré vous ferait doucement rigoler.

Là comme ailleurs, l’ONU peine à faire taire les armes. Alors quoi, rien de tel qu’une bonne guerre, comme l’assènent à l’envi les vieux schnoques de tout poil ? Vivement la 3e, qu’on se marre un peu. Somme toute, un conflit n’est qu’un jeu grandeur nature où les états-majors déplacent leurs pions en multipliant les coups tordus.

Autant éviter l’hécatombe et jouer à d’autres jeux. Mais lesquels ?

Si celui de la diplomatie ne convainc plus personne, imposez vos propres règles. Après tout, l’équilibre du monde repose entre vos mains.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en géostratège civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Soyez sport, évitez le scrabble et tous les jeux où votre alphabet dérouterait l’adversaire. Imaginez le casus belli avec les Emirats ou les faces de nems. Essayez plutôt le rami, le 421 ou un coup de poker.

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♦  Vous avez toujours eu de la chance à la roulette russe. Faites confiance à votre bonne étoile, sauf si la partie a lieu au Kremlin : il y a des hasards moins fortuits que d’autres.

 

♦  Jouez la paix à « pierre-feuille-ciseaux » (ou, selon les variantes régionales, « caillou-papier-ciseaux »). Vous seriez surpris du nombre d’armistices conclus de cette façon.

 

♦  Au moment de déclencher le feu nucléaire, avec un ou deux camarades, tâchez de découvrir la combinaison chiffrée par déduction. Attention, vous n’avez droit qu’à trois essais.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Carrousel

 

En voilà un qui respire la féerie. Voire l’hallucinogène, puisque son s unique entre deux voyelles ne fait pas [z]. Collez-lui-en un deuxième, vous vous exposerez à une avalanche de consonnes plus surréaliste encore. Râh oui, carrousel n’a pas fini de nous faire tourner en bourrique.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Tout émoustillé à l’idée de décrocher le pompon et la barbe à papa adjacente, on oublie qu’historiquement, le carrousel fut un

tournoi exécuté par des cavaliers partagés en quadrilles, consistant en courses de bagues, de têtes, avec joutes et divertissements variés à l’occasion d’une fête, d’une réjouissance publique.

Puis, par extension, un

grand jeu équestre où des cavaliers se livrent à des évolutions variées,

pour finir plus tristement en

manège de chevaux de bois.

Prudence donc si l’on essaye de vous faire monter sur un avion ou un bolide en plastique : ils ne font pas partie du carrousel.

 

C’est que le drôle ne se laisse pas zézaiement approcher. A défaut d’une origine patente, il fait penser à Caruso, c’est dire si le sucre nous colle au cerveau.

Nonobstant, on brûle : caruso désignait à Naples en plein XVIe siècle une balle en forme de « tête rasée » que se disputaient deux équipes à cheval (cf. les joutes susdécrites). S’il a fallu la ratiboiser, c’est sûrement qu’elle était toute « cariée » depuis le latin cariosus, dérivé de caries, « pourriture » ayant poussé sur la racine indo-européenne ker, « détruire ».

Restait plus audit jeu qu’à prendre officiellement ses fonctions en tant que carusello, devenu carrousel chez nous, sans doute sous l’influence de « carrosse » et de ses canassons.
Terminus, tout le monde descend.

Merci de votre attention.

 

Eliminer

 

Avant-propos : vous connaissez par cœur le sens d’une remarque liminaire, apposée au début d’un texte. Sans plus d’hésitation, vous situez le subliminal sous la crête de la conscience. Eliminer ne serait-il pas famille avec ceux-là, cette action de « foutre dehors » à coups de pied au derrière (ou de Vittel) ? Votre sens de l’observation vous honore.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Et à limen, le « seuil ».
Votre soif d’étymo (voire de Vittel) étant sans limite, petit récap.

Eliminer ne s’est frayé un chemin dans les dicos qu’en 1798, alors qu’on le repère dès 1495 dans son sens actuel s’il-vous-plaît. Comme si on ne voulait à aucun prix en entendre parler, du vilain.
Pourtant la langue latine n’a jamais fait mystère de son eliminare, « écarter, faire sortir », formé à partir de ex limine, « en dehors du limen » donc.

 

On ne va quand même pas rester bloqué au seuil, si ?
Pour le fabriquer, çiloui-là, il a suffi d’ajouter le suffixe –men (qu’on retrouve encore non dilué dans abdomen) à liare (« verser »). Et qu’est-ce qu’on obtient quand on verse par terre ? Une rigole, cette « frontière » ou limite qui court de traviole. On ne rigole pas, limen est le frère à peine caché de limus, « oblique ».

 

Il n’y a pas de honte à se faire éliminer, dans la vraie vie. Dans le poste cependant, les candidats malheureux ne se retrouvent pas seulement hors course mais humiliés, au vu et au su de toute la contrée (qui, avachie, en redemande).

Eliminez–moi ça du paysage. Loin de cette haine sordide, entamez plutôt les préliminaires avec votre partenaire de jeu.

Merci de votre attention.

 

Tennis

 

Revoilou Roland, revoilà Garros et toute la nation se réjouit : va y avoir de l’amorti masqué, du revers slicé, du grand écart tout schuss, du lob, du passing le long de la ligne, des avantages, des égalités, des avantages, des égalités, de la double faute, du murmure en bob et solaires, de la raquette de rechange, de la terre battue plein les chaussettes, bref, du tennis dans toute sa splendeur. Programme d’autant plus alléchant pour le spectateur qu’il préfigure son farniente estival – au grand dam des futurs impétrants, y’a des révoltes estudiantines qui se perdent. Mes cocos, révisez tranquilles : c’est toujours Nadal qui gagne à la fin.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Au classement des plus savoureuses étymos, tennis se situe sans conteste dans le haut du panier. Ledit sport a pour ancêtre notre jeu de paume, ça, vous savez. (Admirons au passage comme les Français perpétuent la tradition historique en paumant systématiquement). Fin XIVe, l’engouement pour le jeu est tel qu’il crée un absentéisme au boulot sans précédent. Les zautorités s’en émeuvent, qui l’interdisent en semaine (ç’a pas tellement changé, finalement). A force de disputer la Manche aux Anglais, ce qui doit arriver arrive : le duc d’Orléans est fait prisonnier en 1415 à Azincourt. Vingt piges à l’ombre ! Duc ou pas duc, ç’a eu arrivé que l’intéressé fasse deux-trois balles pour se dégourdir, c’est humain. En laissant traîner une oreille, v’là-t’y-pas que ses geôliers chopent le mot « tenez ». Le joueur qui lançait la balle s’exclamait en effet tenetz, devenu teneys ou tenyse à l’époque du duc, voire tenys vers 1460, malléabilité de l’orthographe aidant. Ne restait plus à nos voisins pelousophiles qu’à transposer la chose en plein air en l’appelant « lawn tennis » (« tennis sur gazon »), bientôt raccourci en tennis.
Un va-et-vient digne du court central.

Comme quoi, on n’a pas attendu les Albionnais pour inventer le fair-play, hein. Faut avouer que depuis, la compétition a pris le pas sur le jeu. Pratiqué par les bûcherons modernes, le paisible tennis d’origine tient moins de l’échange de politesses que du « prends ça dans ta gueule ».

Onomatopée quand tu nous tiens, « tennis de table » se dit d’ailleurs ping-pong depuis 1887.
On pourrait ainsi rebaptiser de manière plus parlante quelques disciplines au hasard. Tenez, puisque vous êtes d’humeur joueuse, saurez-vous relier le bon sport à son nouveau nom ?

                                                       

tire-maillot ou pas-vu-pas-pris-pas-moi                                                   haltérophilie

volant fou                                                                                                                    aviron

et han-flatch-et han-flatch-et han-flatch                                                        tir à l’arc

tap-tap-tap-tap-tap-tap-tap-hop ! tap-tap-tap-tap-tap-tap-tap-hop !     rugby

humpfhh                                                                                                            badminton

gnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnn                                          Formule 1

écartez-vous                                                                                                         cyclisme

tchac                                                                                                                        football

planque-la-seringue                                                                             110 mètres haies



(Faites gaffe, il se peut qu’il y ait des pièges).

Merci de votre attention.