Subjugué

 

Pattes sciées, souffle coupé, bave aux lèvres, on est tôt ou tard subjugué devant cet être inconnu que l’on reconnaît paradoxalement, rapport aux films que nous nous faisons nuitamment et autres inévitables trucs de midinettes cheminements fantasmatiques.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Aussitôt que la sensation nous saisit, inutile de dire qu’on n’en mène pas large. Le choc est tel qu’on n’est plus soi-même, comme aliéné. Normal : être subjugué, c’est moins tomber sous le charme que « sous le joug », mes zoulous. Littéralement.

Ainsi, aussi poilant que ça puisse paraître, le subjuguer du XVe siècle revient à « soumettre par les armes ». Intégralement pompé sur subjugare, « mettre sous le joug », cet attelage symbolique sous lequel défilaient les vaincus des Romains.

 

Et si ceux-ci attelaient leurs bourrins sous un jugum, ne serait-ce pas un peu la faute de l’indo-européen commun yeug-, « joindre » ?
Meuh si, tout s’enchaîne.

Admirez plutôt la descendance :
La veine jugulaire fait, excusez du peu, le lien entre la tête et tout le reste ;
jouxter se dit (pas assez à notre goût car quel verbe rapicolant !) de choses attenantes ;
conjuguer unit un verbe à sa personne ;
sans parler, jointure ultime, de la vie conjugale au cas où le coup de foudre de tout à l’heure se concrétise sous les lancers de basmati.

Allez de joug en joug si ça vous chante mais laissez-vous subjuguer, y’a qu’ça d’vrai.

Merci de votre attention.

 

Cash

 

Comment qu’tu fais ? Tu vas au bahut cash ou… ?

Derrière cet usage abusif, un blog sérieux aurait souligné l’implacable victoire du capitalisme, le joug de l’argent-roi, la mainmise du pognon sur nos vies de Lumpenprolétaires. Alors qu’en fin de compte, les chérubins se rendront directement au lycée, histoire de se réconcilier dare-dare avec leur langue dans un cadre laïque, républicain et gratuit.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

D’adverbe :

il a payé cash,

la bête est montée en grade jusqu’au substantif :

avoir du cash.

Dans un accès d’autoflagellation bien français, on pourrait penser que nous avons bêtement copié les Anglo-saxons, pour qui le biznèce est une seconde nature. Car outre-Manche (sans parler d’outre-Atlantique), cash désigne à la fois le petit coffre et la menue monnaie qui s’y planque depuis la toute fin XVIe. Dans un accès d’autocélébration bien français, on finira pas se souvenir que nous avons tout simplement remis la main sur la caisse qu’ils nous avaient dérobée, les perfides.

Payer cash, c’est donc s’acquitter d’une somme qu’on peut encaisser de suite. D’où, au sens figuré, une immédiateté mêlée de franchise :

Y m’a dit ça cash, t’chois…

Comme si payer comptant était devenu l’exception. De fait, pourquoi se le cacher ? Nous sommes fauchés comme les blés.

 

D’ailleurs l’émission Cash investigation proposée par Elise Lucet sur la 2e chaîne doit-elle son nom au « monde merveilleux des affaires » qu’elle dénonce ou à l’audace de sa présentatrice ?

C’est pas comme ça que « rubis sur l’ongle » reprendra des couleurs.

Merci de votre attention.