Putain de putain

 

Avoir recours aux travailleuses du sexe pour les accorder en genre et en nombre avec un substantif est une putain d’habitude dont on n’est pas près de se défaire. Y compris dans les lupanars.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Que putain serve à appuyer n’importe quel propos, passe encore. La morale aurait été sauve avec mâtin, mazette ou saprétonnerre mais à raison de 12 513 fois par jour (fourchette basse), disons qu’on a pris le pli.

De là à compoter en locution pour exprimer son admiration, son agacement ou Dieu sait quel fugace ragnagna, il y a de la marge.

Tiendront jamais, ces putains de vis.

Que viennent faire les péripatéticiennes là-dedans ? On se le demande. Du bricolage, cette expression.

 

Les vieilles peaux geindront que ah la la, de leur temps, on n’était pas si mal élevé. Certes mais on employait des procédés similaires, et pas moins absurdes. Pourquoi désigner la moindre chose sortant de l’ordinaire par sacré ou, à l’inverse, satané ?
Comble du blasphème, certains n’hésitent pas à invoquer le « nom de Dieu », devenu (pour éviter le bûcher) bou diou, vindieu ou, ton sur ton, sacrebleu.

 

Chez les voisins, idem. Quoi qu’il s’en défendent, les sujets de la Reine n’ont que fuck à la bouche.

A fucking genius

est-il plus pertinent qu’un

putain de génie,

surtout si l’on considère sa traduction littérale ? Et sur nos côtes, que se passerait-il si on le prenait au pied de la lettre ?

De même, il suffit de se représenter

holy shit

mentalement pour commencer à rougir de honte.

 

Le trajet des mots est parfois aussi erratique que celui du client en chasse.

Merci de votre attention.

Publicités

Dénoter/détonner

 

Dans le club très fermé des imbroglii paronymiques, dénoter/détonner ne détonne même plus. Ce qui dénote de notre part une élocution séparée de sa pensée telle une fusée de ses étages.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Si on se débarrassait une fois pour toutes du couple infernal ? Vous aurez beau vociférer alentour les définitions de dénoter :

être le signe de quelque chose

et de détonner :

jurer, ne pas être en harmonie avec,

ça n’empêchera pas l’un de se pointer à la place de l’autre.

Rien d’étonnant : détoner est tapi dans l’ombre avec son n unique, comme dans détonation.

C’est par ici.

Convenez qu’il serait plus logique d’écrire détoner détonner et détonner détoner. Mais comment ça ? Un seul n pour évoquer le tonnerre, deux dévolus à « sortir du ton » ? Sans compter que toute la famille est enregistrée en mono : tonalité, intonation

L’orthographe de détonner détonne voire déconne. Au point qu’on la corrige inconsciemment, jusqu’à lui faire épouser le sens de détoner et inversement.

Ultime méprise, on en vient à préférer dénoter à détoner, trop proche mentalement d’un coup de canon, d’un gros pétard ou d’une explosion de néné siliconé en plein vol sans doute :

cette poitrine refaite dénote au milieu des autres.

 

Et burlat on the cake, de « sortir du ton » à « sortir de la note » – sens qu’on serait tenté d’attribuer à dénoter, notez bien y’a plus grand-chose…

 

Petit truc : le transitif dénoter est toujours suivi de quelque chose. Un sujet qui « dénoterait » tout seul, c’est un peu comme « signifier » : on attend la suite.
N’allez pas pour autant lui coller de de, ce qui dénoterait d’un manque de savoir-vivre évident.

Merci de votre attention.