Comment choisir son aphrodisiaque ?

 

De même que tout est politique, tout est aphrodisiaque – s’il faut en croire ceux qui sous le manteau vous le présentent comme tel. Méfiez-vous, un bon vendeur à la sauvette est capable d’écouler n’importe quelle camelote pourvu qu’elle se pare des vertus susnommées.

Et il y en a de toutes sortes, histoire de contenter Monsieur et Madame. Notez que neuf fois sur dix, c’est Monsieur qu’on charge de faire grimper Madame au rideau. Ceci tient sans doute au fait que le vendeur est rarement une vendeuse.

Quant à vous, membre de la « communauté LGBQT », passez votre chemin : c’est bien connu, vous n’êtes pas concerné(e).

 

Si vous êtes porté(e) sur la chose, point n’êtes-vous pour autant spécialiste des petits coups de pouce du destin. Comment savoir avant de l’essayer si la marchandise (qu’en temps normal vous jugeriez inoffensive) aura le moindre effet sur les ngolo-ngolos à venir ?

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en bonne poire civilisée.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  L’aphrodisiaque se présente généralement sous forme de plante ou d’aliment. Si l’on vous parle des phases de la lune, c’est sûrement au figuré.

♦  En vue de votre daube dominicale, exigez du boucher qu’il ait du lapin australien, réputé plus chaud encore que ses congénères continentaux.

 

♦  Si l’on vous propose un vieux frigo pour pimenter les préliminaires, il est fort probable qu’on cherche en réalité à vous le fourguer en désespoir de cause. Vérifiez au moins l’état des clayettes.

 

♦  Une vitrine ou un miroir de poche suffiront, dans lesquels vous vous mirerez avec votre tourtereau. Dans le cas contraire, faites, sinon vie, du moins chambre à part et restez bons amis en souvenir du bon temps.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

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A quoi reconnaître le monstre du loch Ness ?

 

Dans les pantoufles de l’imaginaire, voilà une légende confortablement installée. Comme vous sur votre frêle esquif, parcourant les eaux du loch Ness en quête de sensationnel.

Car pour l’instant, ce monstre est un serpent de mer : vous n’avez encore vu nada.
Oualou.
Pas la queue d’un.

Du reste, à quoi le reconnaîtriez-vous, vous qui seriez à peine capable de décrire un rollmops ?
D’après son profil en tôle ondulée, vous le croiseriez pour de bon qu’il ne ressemblerait en rien à sa photo, de près ou de loin. D’où quiproquo.

 

Comme vous ne pouvez vous fier qu’à des racontars de buveurs de whisky dont les versions – de seconde main – divergent, vous ne savez guère à quoi vous en tenir. Incertitude à laquelle il est grand temps de remédier, car il caille et l’humidité gagne.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en guetteur civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Les monstres, on fait toujours comme s’il n’y en avait qu’un par espèce. Le dernier représentant, en l’occurrence. Dans ce cas, il fut un temps où le loch devait grouiller d’une faune ovovivipare, ce que ne corrobore aucun témoignage, malté ou non. Conclusion : non seulement le monstre est grégaire mais le troupeau reste discret. Si bien qu’une tête qui dépasse, vous ne pouvez pas la louper.

 

♦  Les monstres, on fait toujours comme s’ils étaient incréés. Or, il a bien fallu qu’une monstresse mette bas, aidée par papa monstre du loch Ness. L’âne et le bœuf du loch Ness n’auraient pas manqué de compléter le tableau. Ç’aurait eu de la gueule si les monstres faisaient pleurer dans les chaumières. En voilà un signe de reconnaissance, tiens.

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♦  Les monstres, on fait toujours comme s’ils étaient de quelque part : la bête du Gévaudan, l’hydre de Lerne, l’andouille de Vire… Or rien ne dit que celui-ci soit sédentaire (contrairement aux curieux dans votre genre). Vu l’hygrométrie, il y a même de fortes chances qu’il se soit carapaté au Tanganyika.

 

♦  Les monstres, on fait toujours comme s’ils étaient éternels. On aurait affaire au même depuis des siècles ? Et sans qu’il se montre ? Allons allons. La peau dure a des limites, votre patience itou.
Pauvre pêcheur, ne l’attendez plus, votre Nessie : il est clamsé depuis longtemps – si tant est qu’il ait jamais existé.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Comment réserver toute la rangée sans châle digne de ce nom ?

 

Vous arrivez le premier. Mais vous n’êtes pas le premier venu. Et comptez bien le faire savoir au reste de l’auditoire. Puisque rien ne vous l’interdit, vous entreprenez de faire main basse sur toute la rangée de sièges pour vous et votre smala.

En principe, un simple châle suffit à prendre possession des lieux. Ou à défaut, un papier par tête de pipe disposé d’autorité, sur lequel vous aurez griffonné « Réservé ».

Mais dans le cas où vous porteriez une de ces tresses infâmes (celles en franges de tapis) tandis que la bille de votre Bic gèle dans votre poche, de quoi auriez-vous l’air ?

 

Ne déclarez pas forfait pour autant. Qu’iraient penser vos potes s’ils se trouvaient dispersés aux quatre coins de la salle par votre faute ? Ils vous rendraient la pareille à la première occasion et c’en serait fini de votre belle amitié. Tout ça pour une histoire de lainage trop court ?

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Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en éclaireur civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Afin qu’aucune fesse étrangère n’empiète sur vos plates-bandes, déshabillez-vous en laissant traîner vos frusques en évidence (ruse dite de la « strip-travée »). Veillez néanmoins à vous arrêter à temps sous peine de vous faire éconduire par la sécurité.

 

♦  Profitez du contact rapproché avec ces gorilles pour leur subtiliser un talkie-walkie dont, une fois vos places regagnées en douce, vous tirerez l’antenne sur toute la longueur.

 

♦  Marquez littéralement votre territoire en vous soulageant un chouïa sur tous les sièges. Le stratagème incommode vos amis ? Demandez à chacun qu’il vous prépare un petit flacon, soigneusement étiqueté, dont vous prendrez soin de répandre le contenu nominativement.

 

♦  Faites-vous passer au préalable pour un officiel. On s’empressera de vous réserver des places que vous n’occuperez pas pour finir.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Les faux alexandrins

 

Soulevons aujourd’hui cet épineux problème :
On se rend couramment, par ignorance ou flemme,
Coupable d’aligner de faux alexandrins ;
C’est là, ma foi, le fait de nombreux malandrins.

Mais revenons céans à nos moutons, moutons.

Que la césure, encor, s’écarte un peu de six
Afin de pimenter certain vers, admettons.
Enfin quoi, sacrebleu, voici un exercice
Auquel on ne s’astreint tous les quatre matins !
Autant donc s’arranger pour que son baratin
Soit si bien composé qu’il ne prête le flanc
A nul formel reproche, accusation de flan
Ni objection narquoise au nom des grands auteurs
Lassés en leur tombeau d’imiter la toupie.

Sans causer hémistiche ou hiatus à cette heure,
Il faudra bien un jour que revoient leur copie
Ces rimeurs laborieux qui, haut et fort, déclament
Leur bancal scribouillage (inconscients du drame ?)
Sans s’enquiquiner même à chercher l’élision
– Ceux-là précisément font encore illusion.

Un exemple au hasard afin de mieux comprendre :

Ecrivant comme un pied, ils les livrent par douze,
Auraient tort de se priver : personne pour les reprendre !
D’ailleurs ils s’en balancent, tant qu’aboulera le flouze.

Mesurez-vous l’aplomb de pareils charlatans ?

La versification, pas compliquée pourtant,
Exigerait ici e muets en pluie ;
Le texte siérait même en entier amuï.

Que tous les plumitifs espérant s’en sortir
En noyant le poisson sous ces piètres appas
Sachent qu’on n’est pas dupe et que de divertir
A diversion, hélas, il n’y a qu’un (faux) pas ;
Point trop ne faut mémé dans les orties pousser.

D’ailleurs, à moins d’avoir le tympan émoussé
Par tant d’atrocités, le dieu de la scansion
Reconnaîtra les siens.

Merci d’votre attention.

 

Snob

 

Autant le dire d’emblée : snobinard battra toujours snob à plate couture. C’est pourquoi râh oui on a un faible pour le premier. Les dicos voudraient toutefois nous faire croire que celui-ci serait une version light de celui-là ; à d’autres. Snobinard se dit très exactement d’une engeance pas même foutue de jouer correctement au snob, c’est dire.

Mais revenons à nos moutons, moutons (en fait de moutons, nous voilà servis, au passage).

Le mot ne se laisse pas dépiauter si facilement. D’aucuns y voient en compression la locution latine sine nobilitate (« sans noblesse »). L’explication manque trop de noblesse pour qu’on s’y arrête.

Il est vrai qu’on repère notre homme en 1781 de l’autre côté de la Manche, sous les traits d’un « cordonnier » ou de son apprenti. Puis quinze ans plus tard sur les bancs de Cambridge, bombardé « gars de la ville » dans le jargon estudiantin. Toujours sur les côtes albionnaises, snob désigne bientôt un gus appartenant aux classes modestes. Pour finalement prendre le sens bien connu de celui « qui voudrait avoir l’air mais qu’a pas l’air du tout » (pour reprendre Brel l’implacable) au milieu du XIXe siècle. C’est d’ailleurs à cette époque que les snobs prennent du galon grâce au best-seller de William Thackeray, The Book of Snobs, by One of Themselves.
Satire toute britannique du snobisme, ce mal qui traverse toutes les couches de la société et que l’auteur diagnostique en ces termes :

[to] give importance to unimportant things.

On ne fera pas l’affront de translate.

 

Mais on cause on cause et on en snoberait presque snober. Construit sur le substantif, le verbe équivaut à « ignorer » voire à poser ostensiblement un lapin à quelqu’un, eu égard au fait qu’on se croie supérieur à lui.

Y aurait-il donc des êtres supérieurs à d’autres ?
Vous avez quatre heures.

Merci de votre attention.

Comment réduire le hiatus entre rêve et réalité de manière drastique ?

 

En rêve, tout est simple. Vous couchez avec Marilyn Monroe, ou Brad Pitt (ou les deux). Vous passez d’empereur de Rome à brasseur de yogurt dans les Alpilles (où la marmotte met le chocolat dans le papier d’alu). De vieilles connaissances en croisent d’actuelles dans un joyeux foutoir spatio-temporel dont vous-même peinez rétrospectivement à démêler l’écheveau. Bref, ça va comme vous voulez. On peut même dire que ça rigole dru.

Mais au réveil, comme toute la psychanalyse se tue à vous l’expliquer à coups de Ça, de Surmoi et de Sais-Même-Plus-Quoi, vous vous heurtez au principe de réalité. Yeux clos, tout se déroule entre vous et vous. L’affaire se corse dès l’instant où vous quittez les bras de Morphée (ou de Marilyn ou de Brad ou les deux). Il vous faut alors tenir compte de tout ce qui n’est pas vous, cette réalité qui refuse bien souvent de se plier à vos désirs les plus tus.

Mais tout n’est pas rose dans le monde onirique. Pour un coït sous les latitudes hollywoodiennes (sans que vous ayez souvenance de l’aller-retour, ni de l’approche), combien de visions cauchemardesques de Michael Jackson vous attaquant avec un pistolet qui tire des billes jaunes ? De Stromae répétant son cletaspec dans vos écoutilles ?

Votre inconscient n’en fait qu’à sa tête. Mettez-le au pas.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en pionceur civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Le genre humain est prêt à tout pour se rendre utile et/ou intéressant. Convainquez autrui – moyennant finances s’il le faut – de se mettre à votre place, d’entrer dans vos savates (ou sandales suivant le rêve), de devenir vous en somme. Quand ceux à qui vous vous serez ouvert auront pigé très précisément de quoi il retourne, vous pourrez continuer à l’état de veille vos petits schmilblicks nocturnes sans que quiconque y trouve à redire.

 

♦  De suite après vos ébats virtuels, n’oubliez pas de filer rencart à Marilyn dans la vraie vie d’un

See you later, alligator

(vous aviez toujours rêvé de dire ça). Pour cause de décès, celle-ci vous posera probablement un lapin. Puisqu’on ne peut pas faire confiance aux filles, rabattez-vous sur Brad.

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♦  Pour ne plus jamais subir la cruelle désillusion du réveil, jouez-la Belle au bois dormant et écrasez tout votre soûl. A moins d’un prince ou d’une princesse charmant(e) de passage, ne laissez personne interrompre ce sommeil sacré (mais veillez à ce qu’il ou elle prenne ses précautions au moment de surplomber votre haleine centenaire).

 

♦  Prévoyez un gilet pare-billes en cas d’agression réelle du Maïkhôle (ou, pour cause de décès, d’un de ses affidés).
Encore plus souhaitable : le port d’un gilet pare-Belges. On n’est jamais trop prudent.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.