Comment tout contrôler ?

 

Vous connaissez l’effet papillon : un battement d’ailes de l’autre côté de la planète et le cours de votre vie bascule. Comme l’a théorisé Leibniz, de hasard, nada. Certains en concluront candidement que « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes ».

Puisque chaque événement est le fruit d’une longue chaîne, il vous suffit d’être au bout de celle-ci pour tout régenter. Un claquement de doigts et tout le reste suit.

 

Seulement, imaginez que quelqu’un d’autre ait la même idée que vous : il voudra à son tour prendre le contrôle, y compris de vos faits et gestes. De quoi perturber le bel équilibre par vous établi. Et comme les critères de ce trouduc n’ont rien de commun avec les vôtres, vous risquez d’aller au clash en moins de temps qu’il n’en faut pour dire lépidoptère.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en démiurge civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Le jusqu’au-boutisme. Chacun campant sur ses positions, l’autre aura beau s’agiter, les incidences finiront bien par s’annuler mutuellement. Vous n’aurez abouti à rien, peut-être, mais lui non plus.

 

♦  Le compromis. Déléguez les décisions liées à la fonte des glaces et à la défense du territoire, auxquelles vous ne pigez rien.

♦  Si vous ne laissez plus rien au hasard, la surprise disparaît avec lui. Dans ce cas, vous risquez fort de vous ennuyer comme un rat mort. Consolez-vous avec le vieil adage conservateur-de-mes-deux : « on sait ce qu’on a, on ne sait pas ce qu’on aura ».

 

♦  Si l’autre kéké se trouve être le dictateur qui vous gouverne (ou qui vous dicte, sachant que le président préside, que le roi règne et que le chancelier fait ce qu’il peut), il dispose déjà de moyens colossaux pour réduire les aléas au maximum. Il ne vous reste plus qu’à partir à la chasse aux papillons. D’autant que c’est quand même pas des ex-chenilles qui vont faire la loi.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Se regarder dans la glace

 

Avez-vous déjà calculé le temps perdu à vous regarder dans la glace ? Ne vous donnez pas cette peine : on ne vous voit jamais comme vous vous voyez vous-même.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

A commencer par un truc tout bête : vous ne vous zieutez pas dans le même sens que le monde entier. Mais comment ça ? Un miroir n’est-il pas conçu pour renvoyer fidèlement votre image ? Précisément. En face de votre œil gauche, il y a votre œil gauche. Tandis que quand votre vis-à-vis vous regarde, son œil gauche fait face à votre œil droit. Stupeur ! Vous êtes tout inversé.

Par conséquent, ne présagez pas trop de votre apparence dans les yeux d’autrui : les miroirs sont des faux frères. De longues séances de narcissisme ipso facto économisées.

C’est sur photo que vous commencez à vous ressembler, par contre. En scrutant votre œil gauche, c’est votre œil droit qui est en regard. Bien pour ça que la reine dans Blanche-Neige tanne flatte son beau miroir afin de savoir qui est la plus belle : elle n’est pas sûre.

 

Ah pis hein, avez-vous vraiment besoin de votre reflet pour vous rappeler dans quelle estime vous vous tenez ? Que vous vous aimiez ou non, vous reluquer avec insistance ne fera qu’aggraver votre cas. Vous finirez, selon l’humeur, imbu de vous-même ou pape de l’auto-flagellation. Un bel exemple pour votre entourage.

 

‘Tention, ne négligez pas pour autant le minimum vital : pose de lentilles, rasages divers, pétage de boutons et autres inspections plus ou moins interlopes. Sorti de là, l’intérêt de se mirer reste extrêmement limité.

 

Résumons : personne ne saura jamais comment vous vous voyez. Et vice versa.
Aussi, lâchez les baskets à la glace deux minutes.

Merci de votre attention.

 

Brun de toilettes

 

Juillettiste, aoûtien, même combat. Trop souvent, le chemin de la pause pipi mène à ces aires d’autoroute pour lequel l’adjectif immonde semble avoir été inventé. Non pas les plus fréquentées, aux WC quotidiennement entretenus car intégrés au restaurant ou à la station-service. Je veux parler des cabanons généralement en briques n’offrant à l’estivant que la possibilité de se soulager – ou de se retenir encore 72 km, tant la pestilence y est insoutenable.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Allez savoir pourquoi, détergents et serpillières semblent avoir déserté depuis l’origine ces oasis de fétidité. Où viennent grossir nos propres humeurs : pissous de tribus nordiques, grosse commission belge, urine de Hollandais à caravane, générosité italienne, écoulements allemands, souvenirs du Portugal, gouttelettes anglaises, sécrétions du Liechtenstein, flaques helvétiques, Turques dans leur élément… Vous avez raison, vaut mieux pas savoir. Sur l’échelle de la civilisation, cet enfer sur terre, ce summum du refouloir, cette internationale de la pisse nous relèguent plus bas que l’animal. Lequel en effet n’assouvit jamais ses besoins en meute, marquant son territoire justement pour dissuader ses congénères d’y lever la patte.

Solution ? Déménager le péage pile à l’entrée, afin d’inciter les plus rétifs à l’élémentaire hygiène à faire dans les règles de l’art. Ou couper à travers champs et s’arrêter incognito au milieu des blés. Mais traînez pas, surtout que c’est le coin des renards.

 

Décidément impayable, une encyclo en ligne nous apprend que

ces aires sont très propres, les sanitaires sont nettoyés tous les jours par les services autoroutiers.

C’est bien simple, on pourrait manger par terre. Bon alors, jambon-beurre, saucisson, fromage, miasmes, qui veut quoi ? Wikipédistes, vous nous faites pisser de rire tiens.

Merci de votre attention.