Les impératifs techniques

 

Sans vouloir vous commander, à quoi bon employer l’impératif avec des verbes sur lesquels on n’a pas prise (mériter, décider, mourir, avoir prise…) ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Pour les verbes d’action, pas de lézard :

Va chercher,

et le clebs s’exécute.

Cette loi d’airain s’applique à tous. A l’exception notable du papy sur la route, sur lequel

aaavaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaance,
mais rrrouuuuuuuuuuuuuuuule !

n’auront hélas aucune portée.

 

Mais c’est avec les verbes d’état que notre libre arbitre montre réellement ses limites.

Soyez pas khôn

n’est qu’un cri d’impuissance. Certainement pas une injonction suivie d’effets.

Dans un tout autre genre, il ne suffit pas de décréter :

bronzons

pour que le miracle ait lieu. En coulisse, c’est la mélanine qui se tape tout le boulot.

De même, ne dites pas :

pullulez

à un groupe d’insectes, notamment à dard.

Dormir ? Si les conditions sont réunies, pas besoin de se faire prier. Mais quand on n’est pas fatigué ? L’hypnotiseur insiste bien :

Dormez, je le veux.

Et n’intimez l’ordre de ronfler ni pendant le sommeil (on ne vous écoutera pas) ni avant ou après (vous n’obtiendrez qu’une pathétique imitation).

Quant à

oublie,

vous pouvez oublier. Même en vidant la mémoire en cache de votre cerveau, un souvenir laisse toujours des traces.

 

Puisqu’elle n’a pas de raison d’être, considérons comme inusitée la conjugaison à l’impératif des verbes d’état. Allez, soyons fous.

Merci de votre attention.

 

Comment tout contrôler ?

 

Vous connaissez l’effet papillon : un battement d’ailes de l’autre côté de la planète et le cours de votre vie bascule. Comme l’a théorisé Leibniz, de hasard, nada. Certains en concluront candidement que « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes ».

Puisque chaque événement est le fruit d’une longue chaîne, il vous suffit d’être au bout de celle-ci pour tout régenter. Un claquement de doigts et tout le reste suit.

 

Seulement, imaginez que quelqu’un d’autre ait la même idée que vous : il voudra à son tour prendre le contrôle, y compris de vos faits et gestes. De quoi perturber le bel équilibre par vous établi. Et comme les critères de ce trouduc n’ont rien de commun avec les vôtres, vous risquez d’aller au clash en moins de temps qu’il n’en faut pour dire lépidoptère.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en démiurge civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Le jusqu’au-boutisme. Chacun campant sur ses positions, l’autre aura beau s’agiter, les incidences finiront bien par s’annuler mutuellement. Vous n’aurez abouti à rien, peut-être, mais lui non plus.

 

♦  Le compromis. Déléguez les décisions liées à la fonte des glaces et à la défense du territoire, auxquelles vous ne pigez rien.

♦  Si vous ne laissez plus rien au hasard, la surprise disparaît avec lui. Dans ce cas, vous risquez fort de vous ennuyer comme un rat mort. Consolez-vous avec le vieil adage conservateur-de-mes-deux : « on sait ce qu’on a, on ne sait pas ce qu’on aura ».

 

♦  Si l’autre kéké se trouve être le dictateur qui vous gouverne (ou qui vous dicte, sachant que le président préside, que le roi règne et que le chancelier fait ce qu’il peut), il dispose déjà de moyens colossaux pour réduire les aléas au maximum. Il ne vous reste plus qu’à partir à la chasse aux papillons. D’autant que c’est quand même pas des ex-chenilles qui vont faire la loi.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Etre né sous une bonne étoile

 

Tandis que les zorientaux pataugent dans leur karma, on peut se targuer d’« être né sous une bonne étoile ». Ce qui implique de voir le jour la nuit (cherchez pas), pile sous une étoile en particulier (et si la sage-femme est dans l’axe ?). Mais aussi le fait que l’astre et nous sommes pieds et poings liés. Qu’elle luit à notre intention, en clair. Ça, pour un coup de chance.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Si bonnes étoiles il y a, réservées à quelques veinards congénitaux, on suppose qu’a contrario les mauvaises pullulent. Dans ce cas, on plaint les poissards concernés. Non parce que le sort s’acharnerait sur eux mais parce que ça les arrange de le penser. Tout se décide en haut lieu, nous comptons pour du beurre ; on a déjà eu l’occase de pleurer là-dessus à gorge déployée.

 

Fées penchées sur le berceau, chance qui sourit, anges gardiens, même combat : faut toujours qu’une émanation du Destin veille sur nous, aussi inatteignable qu’Alpha du Centaure.
Encore faut-il que cette-ci soit une bonne étoile.
M’enfin c’est la plus proche, elle a sûrement un bon fond.

 

Mais alors, quand nous décidons de « dormir à la belle étoile », il s’agit sûrement de la même ! Confondriez pas avec le « clair de lune » par hasard ? N’importe quel campeur vous le confirmera, ce qu’il y a d’agréable à piquer du nez sous la Voie lactée, c’est précisément de ne plus savoir où donner de la tête.

Car quoi ? Nous naissons tous sous la totalité des étoiles visibles. Croire qu’une d’entre elles se trouverait là, à l’heure dite, à seule fin de nous offrir une vie à la coule sur un plateau, c’est omettre le fait qu’elle et toute la clique sont autant de soleils (parfois mille fois plus épais que le nôtre) qui font rien qu’à frire toute la journée sans se soucier du qu’en-dira-t-on.

 

Certains se réjouissent d’« être né sous une bonne étoile » comme de « manger à la bonne franquette » ou « boire à la bonne vôtre ».
Secouons-les façon prunier, histoire de terminer sur des « bonnes vibrations ».

Merci de votre attention.