A quoi reconnaître le monstre du loch Ness ?

 

Dans les pantoufles de l’imaginaire, voilà une légende confortablement installée. Comme vous sur votre frêle esquif, parcourant les eaux du loch Ness en quête de sensationnel.

Car pour l’instant, ce monstre est un serpent de mer : vous n’avez encore vu nada.
Oualou.
Pas la queue d’un.

Du reste, à quoi le reconnaîtriez-vous, vous qui seriez à peine capable de décrire un rollmops ?
D’après son profil en tôle ondulée, vous le croiseriez pour de bon qu’il ne ressemblerait en rien à sa photo, de près ou de loin. D’où quiproquo.

 

Comme vous ne pouvez vous fier qu’à des racontars de buveurs de whisky dont les versions – de seconde main – divergent, vous ne savez guère à quoi vous en tenir. Incertitude à laquelle il est grand temps de remédier, car il caille et l’humidité gagne.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en guetteur civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Les monstres, on fait toujours comme s’il n’y en avait qu’un par espèce. Le dernier représentant, en l’occurrence. Dans ce cas, il fut un temps où le loch devait grouiller d’une faune ovovivipare, ce que ne corrobore aucun témoignage, malté ou non. Conclusion : non seulement le monstre est grégaire mais le troupeau reste discret. Si bien qu’une tête qui dépasse, vous ne pouvez pas la louper.

 

♦  Les monstres, on fait toujours comme s’ils étaient incréés. Or, il a bien fallu qu’une monstresse mette bas, aidée par papa monstre du loch Ness. L’âne et le bœuf du loch Ness n’auraient pas manqué de compléter le tableau. Ç’aurait eu de la gueule si les monstres faisaient pleurer dans les chaumières. En voilà un signe de reconnaissance, tiens.

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♦  Les monstres, on fait toujours comme s’ils étaient de quelque part : la bête du Gévaudan, l’hydre de Lerne, l’andouille de Vire… Or rien ne dit que celui-ci soit sédentaire (contrairement aux curieux dans votre genre). Vu l’hygrométrie, il y a même de fortes chances qu’il se soit carapaté au Tanganyika.

 

♦  Les monstres, on fait toujours comme s’ils étaient éternels. On aurait affaire au même depuis des siècles ? Et sans qu’il se montre ? Allons allons. La peau dure a des limites, votre patience itou.
Pauvre pêcheur, ne l’attendez plus, votre Nessie : il est clamsé depuis longtemps – si tant est qu’il ait jamais existé.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Scotch

 

Décidément, la langue n’a pas fini de nous scotcher. Un seul mot pour désigner deux choses que tout sépare… c’est de l’émerveillement double face. Parce qu’on a beau chercher, pas bésef de points de convergence entre un alcool mondain généralement servi on the rocks et un rouleau adhésif qui ne révèle son bout qu’au terme d’une fouille au corps complète.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Quel qu’il soit, le scotch est traître. D’ailleurs vous aurez remarqué qu’on ne commande pas du scotch mais un scotch. De même qu’un crémant ne remplacera jamais du champagne, ce qui prouve la supériorité de celui-ci sur celui-là et range le scotch parmi les boissons snob.

Quant au second scotch, on en goûte généralement peu les facéties, qui consistent tantôt à se dérouler de manière oblique, tantôt à se replier sur lui-même, voire à refuser sur un millimètre de se poser, formant un tertre que l’on n’aplanira qu’à coups de tatane grand-peine.

 

Deux concepts aux antipodes l’un de l’autre.

Avec pourtant, vous allez rire, vous riez déjà, une origine commune : l’Ecosse, ladies and gentlemen. Cette terre peuplée de Scots ou Scottish que leurs voisins moqueurs finirent par contracter en Scotch vers 1590.

Si le scotch à boire (abrégé de Scotch whisky) sort des distilleries en 1778, on n’est pas plus avancé quant au scotch qui scotche, marque déposée à la Libération.

Vous allez rire derechef, vous avez du mal à reprendre votre souffle : les premières Scotch tapes n’adhéraient que sur les bords, afin que les ouvriers chargés de peindre les voitures les retirassent plus facilement quand tout était sec. D’où l’idée de radinerie associée comme chacun sait aux pauvres Ecossais…

 

Pourquoi croyez-vous qu’on habitue dès le plus jeune âge les petits édimbourgeois à ne jamais se faire de cadeaux, qu’il faudrait déballer avec force déchirures ?

Merci de votre attention.