Que faire pour ne pas manger tout seul au restau ?

 

Aller au restaurant, c’est avant tout vous faire plaisir. A condition d’être accompagné. Sans quoi, au sommet de l’échelle de la gêne, vous n’avez d’yeux que pour votre assiette.
Notez que dans votre antre, la solitude se supporte très bien à l’heure du repas. Elle commence à peser dès qu’il y a des témoins (vous pouvez méditer dans un coin peinard).

Pour ne rien arranger, vous échouez au milieu d’habitués qui, même attablés dans leur coin, peuvent donner le change en papotant avec le personnel.

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Et l’embarras est contagieux. Songez aux efforts qu’il vous faut fournir pour avoir l’air détaché tout en écoutant aux portes et mâcher en ne fixant personne. C’est pour ça qu’on compatit alentour, plus encore que pour l’absence de convive.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en paria civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Promettez une tournée générale.

 

♦  Repérez les autres clients solitaires et rapprochez vos tables. Il n’est pas nécessaire d’engager la conversation ; voyez Lucette et Marcel (qui mangent ensemble mais chacun de son côté).

 

♦  Emmenez votre poupée gonflable. Cette petite sortie lui permettra de se rembourrer un peu.

 

♦  Lancez-vous dans le « convive de location ». Vous trinquerez non seulement à sa santé mais aussi à celle de l’établissement (qui fera son beurre de ce couvert supplémentaire) et de la nation (dont le taux de chômage reculera de manière spectaculaire).

 

♦  Mangez comme quatre et le problème est résolu.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

RIP jeunes gens

 

Comme si ça ne suffisait pas, juste avant la fiesta des épousailles, vos zamis procèdent vite vite à un enterrement de vie de jeune fille ou de garçon. But du jeu : vous ridiculiser en public en vous forçant à faire ce qu’ils pensent que vous ne pourriez plus faire une fois casé(e). Comprenez : tout ce qui ne vous aurait jamais traversé l’esprit, indépendamment du casage.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Exemples de bizutages : venir vous réveiller pour vous grimer en fille (si vous êtes un mâle) ou embrasser – littéralement – une tonne d’inconnus (si vous êtes une femelle équipée d’un pèse-personne). Y’a pas à dire, des zamis comme ça, on en redemande. Trop tard pour en avoir honte le jour J.

 

Tous les moyens sont bons pour se marrer (sur commande). Car toute la clique part du principe que ce sera votre dernière chance de vous marrer. D’où « enterrement ».

Autre postulat : l’amitié en prend un coup une fois le grand amour entériné. Vos futurs ex-potes se vengent donc par anticipation en se liguant contre vous. Et ne font qu’accélérer le processus, avec leurs khônneries.

Troisième case enfin (et non des moindres) dans laquelle on vous range : vos gonades. Tout représentant du sexe d’en face étant exclu, le rite tournera autour de « trucs de filles » ou inversement. Moutonnerie absolue, sous couvert de débridé à son zénith.

 

Les sites spécialisés y ont songé, qui proposent désormais une pratique mixte de la rigolade organisée : l’« enterrement de vie de jeune couple » (nom de code : EVJC, à ne pas confondre avec EVJF et EVG).
Consternant manque d’imagination. Pourquoi se limiter au matrimonial : à chaque étape de la vie, l’enterrement correspondant !

La veille de vos dix-huit ans : enterrement de vie de mineur. Dans un ultime sursaut d’immaturité, commettez en une journée les pires méfaits dont vos tuteurs légaux devront encore répondre.

La veille du permis de conduire : enterrement de vie de piéton (cumulable avec le précédent). Avec la complicité du moniteur, lâchez les lions : grillez stops et feux rouges, collez au cul pour rire ou foncez sur une mémé. En manœuvrant bien, vous pourrez même fêter l’enterrement de vie de mémé dans la foulée.

Merci de votre attention.

 

Dans quoi graver vos noms ?

 

Graver votre initiale et celle de l’être cher dans un cœur traversé par une flèche sur une écorce est un exercice un peu vain. Qui draine par-dessus le marché un lot de contraintes considérable.

Primo, ça fait un mal de chien à l’arbre. Votre amour de la nature ne fait pas bon ménage avec l’autre.

Deuxio, c’est une corvée physique, dont les filles du sexe féminin et les couples lesbiens sont exclus d’office, sauf à convaincre un tiers suffisamment charpenté de faire le boulot.

Tertio, l’inscription doit résister au temps. Arbrisseaux chétifs et souches flapies s’abstenir. Même dans la force de l’âge, il est impératif que l’arbre ait un minimum de tenue. Immortaliser l’idylle sur un bonsaï la briserait de facto.

L’équipement, enfin. N’attaquez pas le tronc au couteau suisse, vous ne parviendriez qu’à le péter en même temps que vos propres phalanges. Votre futur lieu de pèlerinage requiert une lame grand modèle capable d’entailler sans résistance. Encombrement à son comble au moment de conter fleurette.

Donc, pas d’arbre ; au train où va la déforestation, ce serait vraiment chercher des poux à la planète.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en tourtereau civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Le tatouage. Un choix qui vous engage tous les deux. Car si votre initiale à vous ne risque pas d’évoluer, il n’en va pas forcément de même pour votre partenaire. Chez le tatoueur, faites libeller la parade comme suit : « A mon petit pingouin pour la vie ». Chacun sera libre de refaire la sienne comme bon lui semble.

 

♦  Plus romantique, la plage. La marée aura raison du dessin dans le sable mouillé ? Qu’à cela ne tienne, éloignez-vous de quelques mètres à l’intérieur des terres. Pas trop quand même parce que la postérité sur sable sec, vous n’avez pas fini de vous accroupir. En signe de représailles, vous pourrez toujours scarifier une méduse.

 

♦  Dites-le par montgolfière. Si toutefois les incisions maousse pratiquées dans la toile ne compromettent pas l’entreprise ; plus dure serait le flebeleb [chute retentissante].

 

♦  Vérifiez vos passeports, direction Hollywood Boulevard. Jouez-y les Cupidon dans le ciment frais, à l’instar des stars*. Ça vaut bien le métal d’une alliance.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez (c’est le cas de dire).

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* A. Delon, pour ne pas le nommer

Comment chercher une aiguille dans une botte de foin ?

 

Certaines entreprises paraissent insurmontables. Vider la mer avec une petite cuiller, mettre Paris en bouteille, résister à l’apéro, autant de chimères tournées en dérision par la sagesse populaire.
Mais celle-ci ne verse-t-elle pas dans un défaitisme excessif en maugréant : autant chercher une aiguille dans une botte de foin ? Car enfin, si l’aiguille s’est retrouvée là, rien ne devrait vous empêcher de l’en extraire plus ou moins rapidos.

Quant à savoir ce qu’elle y fout, c’est une autre paire de manches – cousues main, au demeurant. On ne voit pas le père Michel perdre son chas (c’est le nom du moissonneur), ni la Marie couche-toi là semer ainsi son nécessaire à couture, tous deux ayant par-dessus le marché pour habitude de retourner les foins torse à l’air.

Ce sera plutôt un sale tour qu’on vous aura joué ; prenez-le comme un défi. Sans compter la valeur sentimentale que vous attachez à cette aiguille en particulier.

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Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en limier civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Un travail de fourmi ? Précisément. Mettez vos meilleures renifleuses apprivoisées sur le coup, elles vous débusqueront n’importe quelle aiguille en moins de deux.

 

♦  Lancez une moissonneuse-batteuse à friction (modèle Majorette) à l’affût de l’aiguille. Naguère fastidieux, l’exercice deviendra tout à fait récréatif, notamment quand le jouet clignotera de tous ses feux en touchant au but.

 

♦  Et le détecteur de métaux ? Il bippera comme un damné lui aussi, une fois déménagé de l’aéroport à la grange.

 

♦  S’il s’agit de retrouver les aiguilles à tricoter de Lucette, celles-là même qui s’entrechoquent le soir au coin du feu (ou au fond des bois quand Marcel gonfle trop Lucette), vous n’aurez aucun mal à les repérer : elles seront fichées dans le foin comme dans une pelote d’épingles en vue des prochaines mailles.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

« Les un an »

 

On ose à peine l’écrire. Pourtant, on ne perd jamais une occase de l’annoncer haut et fort (hein ? de « les » annoncer pardon). Il n’est pas jusqu’à la télévision française qui ne revienne sur « les un an » d’existence d’un parti, par exemple. Vous voteriez pour, vous ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Fêter les deux ans du petit dernier, les trois ans du blog voire les cinq-cent-vingt-sept ans de mariage de Lucette et Marcel (noces de béton armé, pour ceux que ça intéresse), tout à fait bonnard. Mais de grâce, ne prévoyez rien pour « les un an » de quoi que ce soit, ou la colère divine pourrait s’abattre sur vous.

Evidemment, « le premier anniversaire » a une gueule de premier de la classe, à côté. Plutôt injurier la grammaire qu’aligner des syllabes à n’en plus finir, c’est bien connu.

 

Les tenants des « un an », inarrêtables, étayeront leur ignominie par l’argument suivant : étant donné qu’on a déjà fêté « les six mois », repasser par le singulier ne revient-il pas à prendre le toboggan à contresens ? Remémorez-leur le jour où ils avaient fêté « les un mois », pour rire.

Il faut dire que un est à la fois adjectif cardinal (le premier d’une longue série d’entiers) et article indéfini (au féminin une). D’ailleurs, conviez les poteaux aux une année d’un événement quelconque et observez comme la pilule ne passe déjà plus de la même manière : ils déclineront l’invitation les uns après les autres.

 

Certes, « le + un » pique les yeux. M’enfin quoi, se rabaisser à dire « l’an » ? A la guerre comme à la guerre, « les + un », au moins, augure d’une suite. Et tant qu’y’a de la vie, y’a de l’espoir, c’est bien connu derechef.

Dans la même logique, « les un quart de siècle » n’aura pas lieu de résonner puisque la prochaine étape sera le demi-siècle et non deux quarts tout juste bons à attendrir les matheux pur sucre.

 

Les éphémères, eux, préfèrent clamser sitôt leurs « un jour » passés. On les comprend.

Merci de votre attention.

 

Allo maman bobonne

 

Point n’est besoin d’avoir fait sociologie des grandes surfaces pour observer que, dans le doute face à sa liste de courses, seul l’homme du sexe masculin appellera bobonne à la rescousse, à la maison ou wherever she is.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Dans un rayon, agrippé au caddie, l’homme blêmit. Râh putain ils l’ont pas, maugrée-t-il en son for intérieur. Que prendre à la place ?
Lorsqu’il a fini de s’interroger en son for intérieur et que le fruit de sa réflexion (qui peut aller de trois secondes à plusieurs minutes de solitude existentielle) débouche sur peanuts : portable.

Ce fait civilisationnel laisse supposer que ladite liste a été établie par bobonne. Et que bobonne est joignable, sans quoi les affres de monsieur peuvent se prolonger jusqu’après la fermeture.

Plutôt que d’essuyer un savon sitôt ses pénates regagnées parce que je te l’avais dit qu’il fallait pas prendre ça, l’homme du sexe masculin préfère, sans souci du qu’en-dira-t-on, sortir l’artillerie lourde. Déguisée en oreillette parfois.

 

Mais l’homme tient sa victoire. Une référence de la liste vient à souffrir d’imprécision ? L’occasion est trop belle de faire remarquer à bobonne sa connaissance lacunaire de l’approvisionnement de l’échoppe. Jusqu’où va se nicher le reproche.

Oh mais on est prêt à parier que certains spécimens (les moins orgueilleux) prennent une photo de ça et de ça qu’ils s’empressent d’envoyer, toujours via la magie des ondes, à la porteuse de culotte. Qui tranchera, dans un bon jour : prends les deux, on verra bien.

 

Comment faisait-on avant ? On était obligé de se faire confiance – ou de se briefer deux fois plus.
Conclusion : non seulement la joignabilité pousse à la consommation mais elle tue l’amour dans les mêmes proportions.

Merci de votre attention.

 

« Être en retraite »

 

De plus en plus, l’expression qui nous vient au sujet d’un retraité tout juste disparu du paysage est celle-ci :

il est en retraite.

Sa variante « partir en retraite » ne part pas moins en sucette.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Digne successeur d’« être en panique » déjà laminé dans ces colonnes, « être en retraite » supplante donc à fréquence exponentielle « être à la retraite » (ça sonne mieux tout d’un coup, trouvez pas ?).

Et bougoi ?

 

Zhypothèse 1 :
Nous nous laissons abuser par le lointain écho de « battre en retraite », exclusivement réservée aux fantassins qui n’en mènent pas large.

Zhypothèse 2 :
Pas moins trompeur, « être en retrait ». Sournois, çiloui-là. Surtout qu’« en retraite » se disait jadis à sa place… Or, c’est bien connu, se mettre en retrait (de la vie politique notamment) ne veut pas dire charrette. Sortir de sa retraite pour imposer à nouveau sa trombine au peuple est même monnaie courante.

Zhy3pothèse :
Nouveau départ pour certains, terreur existentielle pour les autres, dire « la retraite », c’est la voir se dresser devant nous, inéluctable. Alors qu’avec une simple préposition, exit l’article défini. Et hop : diluée, la menace !

 

Petit truc pour bannir définitivement « en retraite » de l’espace sonore : représentez-vous les baby-boomers « à la plage », « à la fraîche », « à la masse ». Remplacez maintenant par « en plage », « en fraîche » : avouez que vous vous empourprez. Et pourquoi pas « en masse » pendant que vous y êtes ?

Merci de votre attention.