Comment se ranger par deux dans une classe à nombre impair ?

 

Sitôt la récré finie, la maîcresse vous enjoint à vous mettre en rang deux par deux. Or, tous les préaux abritant des effectifs impairs, la manœuvre est vouée à l’échec une fois sur deux.
Passons sur le malentendu dans le cas où vous vous appelleriez Depardieu et où vous prendriez toute la place hein quoi qu’est-ce qu’y a.

Ne pas faire de vagues, vous ne demandez pas mieux, à condition que les maths y mettent du leur.
Discipliné, d’accord. Bête, non.

Comment faire comprendre que vous n’êtes pas moins sociable que les autres ? Et que vous ne méritez ni d’être mis(e) à l’index ni de devenir l’objet de la vindicte ? Encore plus cruel que les chaises musicales, comme situation.

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en mouton noir civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Exigez du rectorat que tous les effectifs soient pairs. Ça a l’air impossible mais il suffit de faire passer un élève d’une classe impaire dans une autre pour obtenir deux classes paires (et bien rangées).

 

♦  Faites un roulement. Vous donnerez la main à un voisin différent chaque fois, ce qui vous ouvrira des perspectives quant à vos futures conquêtes.

 

♦  Pour la maîcresse, cette histoire de rang est moins une manière de mesurer son autorité que de recompter ses ouailles. Vous lui faciliterez la tâche en rompant ostensiblement la symétrie, signe que le compte est bon. Attention, ruse improductive si tous vos petits camarades en font autant.

 

♦  Epatez tout le monde avec votre science des divisions. Si la classe compte 27 éléments, rangez-vous 2,076923076923077 par 2,076923076923077 ou 1,928571428571429 par 1,928571428571429.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Traits pour traits

 

La chose est tenue secrète par les historiens de l’art et autres exégètes. Ou alors ils ne l’ont pas vue, trop occupés par des broutilles. Mettons-leur donc le nez dans la fiente : neuf fois sur dix, la binette de l’artiste ressemble comme deux gouttes d’eau à celles qu’il dessine ou vice versa. A coup sûr ou presque, on retrouve dans sa patte les physionomies qui lui sont chères : la sienne, celle de ses proches ou les biftecks sur pattes des hommes préhistoriques.

 

Un petit dessin valant mieux qu’un long discours, petite galerie de portraits croisés.

 

Léonard de Vinci

Pour un œil profane, tous les visages se ressemblent chez les peintres classiques. Vu les canons de l’époque, difficile de repérer dans les traits du maître une constante qui caractériserait ses sujets, notamment son pif aquilin. C’est mal connaître le gredin, qui fait de son jeune amant Salaï un Saint Jean-Baptiste enjôleur. Au point qu’on peut lui superposer la Joconde (les jours de pluie).

 

Magritte

Là, c’est de la triche, dites-vous. Quoiqu’hyperréaliste dans le surréalisme, le René s’arrange toujours pour représenter ses personnages de dos ou face cachée (un événement dans son enfance, renseignez-vous, ça vaut le coup). D’où sort cette silhouette alors ? De pas bien loin, à l’évidence.

 

Gauguin

Pour les Tahitiennes de Gauguin, c’est encore plus franc. Forme du nez, des yeux, du visage, tout y est, s’pas ?

 

Picasso

Photographié à l’époque des Demoiselles d’Avignon. Surtout celle du milieu.

 

 

Modigliani

Et dire que certains ont besoin de la psychanalyse pour expliquer l’influence des figures féminines.

 

Chez les sculpteurs, même topo.

Giacometti

Visage(s) en lame de couteau, silhouette(s) efflanquée(s)…

 

Bartholdi/la statue de la Liberté

Pour sa statue, initialement destinée au phare du canal de Suez, Fred-Auguste se serait inspiré d’une paysanne égyptienne. Mais comparez la mine sévère du produit fini à madame Bartholdi mère.

 

Quant aux dessinateurs de petits mickeys, c’est un festival. A commencer par le premier d’entre eux :

 

Disney

Ces sourcils haut perchés, ces yeux en amande, ce sourire un peu niais n’évoquent-ils pas Pluto ?

 

Hergé

A gauche, le père d’Hergé. A droite, le fils.

 

Sfar

Le chat du rabbin ou de l’auteur ?

 

Uderzo

Et ce grand costaud aux petits yeux vifs ? Il y a du Gaulois là-dedans, par Toutatis.

 

Fred

Hum, Monsieur Barthélémy a de qui tenir, ah la la la la la la la la la la la la la la…

 

Plantu, Riss

Point n’est besoin de vous faire un dessin.

 

On pourrait multiplier les exemples à l’infini. Au risque d’oublier Boileau-Despréaux :

Souvent, sans y penser, un écrivain qui s’aime
Forme tous ses héros semblables à soi-même.

S’applique aussi au coup de crayon, de pinceau ou de burin, évidemment.

 

Pas étonnant qu’Hitler ait raté sa vocation, lui qui n’a jamais dessiné que des paysages et des bâtiments.
Une certaine tendance à la misanthropie qui l’a beaucoup desservi.