Individu

 

En langage policier, l’individu est toujours suspect. Sans doute parce qu’il peut à tout moment braver la loi, qui est la plus collective des punitions.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Dévisageons un individu au hasard. Il n’est pas jusqu’au schizophrène le plus débridé qui ne reste indivisible. Ce qui en fait l’égal de l’atome. D’ailleurs, individu signifie bien « atome » en 1611. Depuis qu’on sait qu’un nuage atomique n’a rien d’individuel, on préfère qualifier d’individu un

être humain, en tant qu’être particulier, différent de tous les autres.

Il est aussi le seul spécimen à rimer avec assidu et poupoupidou, si toutefois on le prononce à l’occitane. Terminaison typique due au latin médiéval individuus, construit sur dividere, devinez ? « Diviser ».

 

A l’inverse d’individu, la version latine de diviser peut se diviser en dis- (à condition d’avoir un très bon couteau) et videre.

Comme dans distance et disparaître, dis- met ce qui suit « à part ». A parts égales même dans le cas de la division. Et le plus simple dans ces cas-là, c’est encore de couper la poire en deux, qui correspond précisément à son jumeau latin dvis.

Quant à videre, rien à voir avec le « voir » qui fait vidéo. L’homonyme, lui, se contente de « séparer ». Un héritage de l’indo-européen ueid-, « privé de », encore observable dans l’anglais widow, « veuve » et surtout with, « avec ». Paradoxal, l’angliche ? Not at all. Etre « avec » quelqu’un, c’est en être bien distinct, par définition. D’où cette déclaration de Jean Yanne :

Je suis tellement bien avec toi que c’est comme si j’étais tout seul.

Le côté sublime de l’ours.

 

Dividere toujours, l’égoïsme d’individu rappelle celui de dividende (« ce qui doit être divisé »).

Mais diviser a aussi des rejetons cachés. Deviser à bâtons rompus, n’est-ce pas « partager » (d’où « tailler le bout de gras », « tailler une bavette ») ?

Et le devis ? Divisum, « chose divisée » mais surtout « description » qui se discute.
Une fois validé, seuls les individus sans scrupules reviennent dessus.

Merci de votre attention.

 

Comment réduire le hiatus entre rêve et réalité de manière drastique ?

 

En rêve, tout est simple. Vous couchez avec Marilyn Monroe, ou Brad Pitt (ou les deux). Vous passez d’empereur de Rome à brasseur de yogurt dans les Alpilles (où la marmotte met le chocolat dans le papier d’alu). De vieilles connaissances en croisent d’actuelles dans un joyeux foutoir spatio-temporel dont vous-même peinez rétrospectivement à démêler l’écheveau. Bref, ça va comme vous voulez. On peut même dire que ça rigole dru.

Mais au réveil, comme toute la psychanalyse se tue à vous l’expliquer à coups de Ça, de Surmoi et de Sais-Même-Plus-Quoi, vous vous heurtez au principe de réalité. Yeux clos, tout se déroule entre vous et vous. L’affaire se corse dès l’instant où vous quittez les bras de Morphée (ou de Marilyn ou de Brad ou les deux). Il vous faut alors tenir compte de tout ce qui n’est pas vous, cette réalité qui refuse bien souvent de se plier à vos désirs les plus tus.

Mais tout n’est pas rose dans le monde onirique. Pour un coït sous les latitudes hollywoodiennes (sans que vous ayez souvenance de l’aller-retour, ni de l’approche), combien de visions cauchemardesques de Michael Jackson vous attaquant avec un pistolet qui tire des billes jaunes ? De Stromae répétant son cletaspec dans vos écoutilles ?

Votre inconscient n’en fait qu’à sa tête. Mettez-le au pas.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en pionceur civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Le genre humain est prêt à tout pour se rendre utile et/ou intéressant. Convainquez autrui – moyennant finances s’il le faut – de se mettre à votre place, d’entrer dans vos savates (ou sandales suivant le rêve), de devenir vous en somme. Quand ceux à qui vous vous serez ouvert auront pigé très précisément de quoi il retourne, vous pourrez continuer à l’état de veille vos petits schmilblicks nocturnes sans que quiconque y trouve à redire.

 

♦  De suite après vos ébats virtuels, n’oubliez pas de filer rencart à Marilyn dans la vraie vie d’un

See you later, alligator

(vous aviez toujours rêvé de dire ça). Pour cause de décès, celle-ci vous posera probablement un lapin. Puisqu’on ne peut pas faire confiance aux filles, rabattez-vous sur Brad.

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♦  Pour ne plus jamais subir la cruelle désillusion du réveil, jouez-la Belle au bois dormant et écrasez tout votre soûl. A moins d’un prince ou d’une princesse charmant(e) de passage, ne laissez personne interrompre ce sommeil sacré (mais veillez à ce qu’il ou elle prenne ses précautions au moment de surplomber votre haleine centenaire).

 

♦  Prévoyez un gilet pare-billes en cas d’agression réelle du Maïkhôle (ou, pour cause de décès, d’un de ses affidés).
Encore plus souhaitable : le port d’un gilet pare-Belges. On n’est jamais trop prudent.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.