Dans quelle langue faut-il vous le dire ?

 

On a beau vous les passer au mégaphone, certaines consignes restent lettre morte. Sans raison particulière puisqu’elles sont formulées dans votre langue. Or, depuis vos chères études, aucune langue – maternelle incluse – ne trouve grâce à vos yeux. N’espérez pas de miracles en mandarin ou en bantou quand vous gâchez déjà les bijoux de famille.

 

En sus d’une forte tête, vous êtes donc une vraie bille. Du reste, ceux qui vous sollicitent n’en mèneraient pas tellement plus large en changeant d’idiome. Leurs rudiments de baragouin ne déclencheraient même pas l’indulgence des populations autochtones.

français

De votre côté, il ne vous reste plus qu’à simuler la bonne volonté, histoire qu’on puisse vous confier des trucs sans avoir l’impression de se soulager dans un stradivarius.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en métropolitain civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Ça ne veut pas rentrer par les oreilles ? Qu’on vous laisse des messages écrits ou dessinés, sans lésiner sur le Stabilo.

 

♦  Sans doute ne bitez-vous jamais un broc du fait que vous n’êtes pas né(e) à la bonne époque. Exigez qu’on s’adresse à vous en ancien françois ou mieux, en français du futur. Rigolade garantie.

 

♦  A la fois poétique et universel, le langage des signes vous permettra de communiquer en tous points du             avec n’importe quel                de votre trempe.

 

♦  Vous avez perdu tous vos points du permis de causer ? Rien de tel qu’un stage de remise à niveau pour réviser dans la bonne humeur l’orthographe du mot mégaphone.

 

♦  Si vous braillez plus fort que celui-ci, tout s’explique : vous êtes encore en âge de téter. Profitez-en bien pour n’en faire qu’à votre tête.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Trop délire (j’hallucine grave)

 

L’époque du soc est révolue. A l’ère post-industrielle, délirer ne consiste plus à « sortir du lira » (sillon latin creusé par la charrue) mais bien à flirter avec la légalité, plus ou moins narquoisement :

On s’faisait un p’tchit délire tranquchille, t’ois…

T’ois le délire ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Attitudes irrationnelles (délire de persécution), divagations fiévreuses (délire tout court), delirium tremens où les chances du patient sont très minces de retrouver sa serrure, rien que de très commun pour la médecine. Hippocrate ce vieux grigou se retournerait dans sa tombe s’il assistait à nos délires généralisés.

D’abord liesse (une foule en délire), puis aberration dûment constatée (« c’est du délire »), le terme recouvre désormais toute bravade bête et méchante (exemple liminaire) et la franche rigolade qui s’ensuit (« top délire »).
De l’excès érigé en règle !

Au comble de la dénégation acnéique :

Mais trop pas !

… passe encore.
Mais à force d’émotions surjouées façon sitcom, on voit se réduire à peau de zob la sincérité de nos contemporains. Si tout est « génial » et même « trop génial », que dire de ce qui relève vraiment du génie ? Voilà donc l’anodin paré des atours outranciers du délire. Lequel se saborde au point de ne plus signifier que « longueur d’onde » :

On n’était pas vraiment dans le même délire.

Même trip pour trip.

Autre syndrome devenu banal, l’hallucination collective n’épargne plus personne.
On qualifie enfin, non plus une tumeur, infection ou toute autre saloperie mais quelqu’un de grave, voire « grave de chez grave » si le cas est incurable.

Ainsi va la langue : certains mots semblent voués tôt ou tard à des acceptions pour le moins délirantes.

Merci de votre attention.