Que faire quand un pigeon vous prend pour cible ?

 

Depuis que la fenêtre est fenêtre, Columba palumbus y roucoule tout son soûl. Et l’espèce n’a pas l’air de vouloir s’éteindre. Pire, elle a de moins en moins froid aux yeux.

De fait, le pigeon des villes est si accoutumé à votre présence que ses pattes marchent dans les vôtres. Le volatile ne daigne même plus s’envoler lorsqu’un gamin mal élevé (c’est-à-dire pas élevé du tout) fait mine de lui sauter dessus.

Nourri au grain par le troisième âge et par notre propre gaspillage quotidien, le ramier ne s’est jamais aussi bien porté. C’est bien simple, il ne se sent plus pisser. Ou dans son cas, déféquer.

 

Ne jouez donc pas les étonnés si une merde s’abat sur vous au prochain carrefour. Qu’il ait lieu dans une ruelle sombre ou au milieu de la foule, l’outrage exige réparation.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en risée civilisée.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Prenez l’habitude de marcher le nez en l’air. Vous détecterez tout mouvement suspect, et accessoirement, tout poteau qui se dresserait devant vous. Reste l’écueil des merdes de chien, qu’une canne d’aveugle déjouera sans difficulté. Si on vous pose des questions, répétez que no comprendo.

♦  Un chapeau à larges bords vous protègera de n’importe quel sniper et fera même un excellent récupérateur de fiente.

 

♦  Vivez à plus haute altitude que le pigeon. A chaque fois que vous vous soulagerez, ce sera à lui de vous éviter.

 

♦  Puisqu’ils sont quasiment domestiqués, apprenez aux spécimens du quartier à ne pas chier sur les gens. Ou à cibler uniquement les emmerdeurs.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

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Les yeux noirs

 

Pour ne pas qu’on reconnaisse quelqu’un, il est de bon ton de lui flouter les yeux ou d’y apposer un rectangle noir. Généralement en faisant disparaître aussi son nom de famille, histoire de créer ce petit effroi supplémentaire qui fera vendre.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Le coup du bandeau noir ne peut être qu’une vaste blague. Jugez plutôt :

Anonymat garanti, non ?

Certes, tous ceux-là ne sont pas d’illustres inconnus. Mais entre nous, z’auriez vraiment du mal à remettre votre voisin de palier faute de distinguer ses pupilles ?

 

Et surtout : pourquoi spécialement les yeux ? Sont-ils un marqueur de personnalité plus fiable que le front, les dents ou la cloison nasale ?

D’ailleurs, il ne viendrait à l’idée d’aucun gringo en cavale de se bander les yeux. Celui-ci préfèrera modifier son apparence par d’autres subterfuges : maquillage, postiches divers…

Pourtant, on persiste à croire qu’un visage sans regard devient une âme inhabitée, susceptible d’être squattée par tous.

Il n’est pas jusqu’au plus petit collage d’artiste qui ne perpétue le procédé.

Pourquoi zieuter son prochain à cet endroit précis ? Autrement plus fascinante est une bouche en mouvement ou une main qui soutient la parole. Sous prétexte que seuls les globes oculaires sont capables de voir, doit-on absolument suivre ceux d’autrui en ligne parallèle ?

 

Soyons pas dupes, ce truc permet aux médias qui le pratiquent non seulement d’indiquer qu’eux seuls connaissent l’identité du gus, mais qu’ils la tiennent secrète par pure déontologie.
Mériteraient des yeux au beurre noir.

Merci de votre attention.

 

Comment croiser un khônnard dans la rue en lui faisant bien voir qu’il ne peut pas ne pas vous voir ?

 

Situation surréaliste qu’on hésite à inclure dans une rubrique jusqu’ici sérieuse. Jugez plutôt : une connaissance, plus ou moins vague, arpente inopinément le même trottoir que vous en sens inverse. Rien ne justifie qu’elle fasse semblant de ne pas vous voir, sauf cécité, excréments dans les yeux ou Alzheimer salement avancé. Vous-même soupesez déjà intérieurement votre formule de politesse, optant pour un cordial « tiens ! comment ça va ? ».

Pour être honnête, la santé de cette personne ne vous préoccupe jamais en d’autres occases que celle-ci, et encore. Mais est-ce une raison pour lui signifier votre indifférence à ce point ?

L’autre en tout cas ne s’en prive pas, qui déploie une gamme impressionnante de parades : tourner ostensiblement la tête, triturer son téléphone (la peste soit de ces khôchonneries), refaire son lacet… TOUT plutôt que de soutenir votre regard (au cas où vous le mangeriez) et s’arracher la hure à vous saluer (comme si l’effort lui coûtait).

Passerez-vous le restant d’une si courte vie à secouer la tête en ravalant votre rage et à sourire jaune en signe d’incrédulité ?
Khônnards, khônnasses, vous jouez de malchance car le vent tourne.

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en piéton civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  La plus simple, toujours efficace, consiste à vous fendre à haute et intelligible voix d’un « pas bonjour » ou d’un « bon ben pas bonjour alors » dès que l’évitement est avéré. Formule à agrémenter selon l’humeur d’un « khônnard » bigardien, toujours libérateur.

 

♦  Sans desserrer les dents (comme votre hypocrite), obstruez-lui le passage en accompagnant chacune de ses esquives façon Tian’anmen. Réalisant comme il aurait eu meilleur compte à agir normalement, il ira saluer tous les quidams qu’il croisera, ou au contraire se terrera chez lui sine die.

tiananmen

♦  Lorsque le déplaisant arrive à votre hauteur, déboutonnez sans vergogne votre pardessus, découvrez une épaule, retroussez du tissu, allez jusqu’à la bretelle de soutif s’il le faut mais toujours avec force œillades et dandinements suggestifs qu’il sera bien forcé de regarder.
Ce strip-tease improvisé présente l’inconvénient de devoir vous coltiner en permanence un groupe d’au moins trois ou quatre cuivres, une section rythmique et un joecocker capable d’entonner au pied levé You can leave your hat on. On n’a rien sans rien.

 

♦  Le malotru entreprend de vous dépasser comme si vous n’existiez pas ? Suivez sa logique. Déviez de votre course et fondez sur lui. Lorsqu’il s’écartera de justesse avant la collision, vous pourrez toujours rétorquer que désolé, vous ne l’aviez pas vu, ça pour une surprise.
Alternatives possibles : faire « bouh ! », imiter tout à trac la sirène des pompiers, balancer un « Gooooooooooooooooood morning Vietnaaaaaaaam » audible à l’autre bout de la ville. A son tour, « good morning » il bredouillera, si toutefois l’après-midi n’est pas entamée et si la honte lui laisse assez de jugeote.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.