Mousquetaire

 

Cape, épée, éventuellement raquette en bois, voilà à quoi renvoie mousquetaire pour le commun des mortels. Mousquet ne parlera qu’aux seuls zétymologues zassermentés.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Pendant que les secrétaires gardent un secret (en principe), les mousquetaires en font autant de leur mousquet, cette arme à feu ringardisant l’arquebuse et préfigurant le fusil. Et qui reprend surtout le blase d’un petit épervier moucheté. Comme la mouche voui voui.

Notez que le jeu consistant à baptiser les objets usuels d’après la faune n’est pas près de se démoder : regardez votre souris, regardez-la bien.

Ce qui explique pourquoi le mousquetaire prend littéralement la mouche au moindre soufflet (dans les bronches).

 

Musche naît déjà moche au début du XIIe siècle. Est-ce à dire que les mouches sont inconnues jusqu’alors ? Il y a de quoi regretter le haut Moyen-Age. Savoir qu’elles nous survivront est une torture quotidienne.
Quant au moustique, il se contente de pomper (approximativement) un mosquito parasitant lui-même la musca latine.

Fin XVIe donc, le mousquet permet au mousquetaire habile de ses dix doigts de « faire mouche », là encore stricto sangsue.

 

Quant au brave mousqueton, mousquet modèle réduit, il devient en bandoulière cet

anneau muni d’un ressort à déclic

qui rend l’escalade des murailles un poil plus aisée que jadis. Le sens de l’aventure se perd.

 

Par ailleurs et pour ne pas rester dans l’étroit mousquetaire, mouche désigne aussi le faux grain de beauté que les vicomtesses s’appliquaient au temps des mousquetaires où il fallait bien qu’elles s’occupassent faute de dramatiques potables à la télé.

Apprenez aussi qu’un poids mouche à la boxe n’excède pas 50,802 kg, ce qui ne l’empêche pas de moucher son adversaire à la loyale, car le gentil gagne toujours à la fin.

Merci de votre attention.

 

Alpinisme

 

Les « crétins des Alpes » ont fait des émules bien au-delà de leurs vallées encaissées.
Les alpinistes itou, à en juger par le nombre de spécimens se râpant les paumes en ce moment même sur une paroi.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Et méditons sur la plus raide de la semaine : pourquoi appelle-t-on alpinisme une discipline manifestement pas réservée aux Alpes ?

Songe-t-on seulement au pyrénéen de souche qui, non content de se farcir son mont fétiche par la face nord, se voit imposer le nom d’un massif situé à 12h59 (1 274 km) via A1 (12h12 sans circulation) cet itinéraire comprend des péages l’autre bout du pays ?

 

Au pied de l’Himalaya, l’alpiniste fait un peu petite bite, vu comme ça.
Parvenu à l’altitude du Mont-Blanc, c’est-à-dire à mi-parcours, il croira avoir atteint le sommet. Et s’en retournera victorieux, sous les yeux du sherpa incrédule.

yack

Nous serait-il venu à l’idée de baptiser transatlantiques des bateaux en partance pour les mers du sud ? Pianiste un musicien, peu importe son instrument ? Gynéco le type chargé d’ausculter tous les orifices disponibles ? Hein, dites ?

Et encore, sachant qu’alpin et alpestre sont au coude-à-coude, on a bien failli pratiquer l’« alpestrisme », les enfants.

 

Sans tomber dans la familiarité de grimpette, escalade serait-il moins noble qu’alpinisme ? L’anglais a son mountaineer ou climber, au choice. Tout-en-un pour l’allemand Bergsteiger. Même l’italien, pourtant copropriétaire des Alpes, met alpinista et scalatore sur un pied d’égalité.

 

C’est humain, dites-vous. Les colons anglais cédèrent eux aussi à la tentation en nommant New England tout le Nord-Est des Etats-Unis. Idem pour les cartographes zélandais, trop heureux de s’arroger la postérité en même temps que la terre des Maoris.

A propos, saviez-vous que les « Alpes du Sud » étaient la plus grande chaîne montagneuse de Nouvelle-Zélande ? Par beau temps, il paraît qu’on peut entendre le cocorico d’ici.

Merci de votre attention.