Où chatouiller un non-chatouilleux ?

 

La réponse de prime abord est n’importe où, puisque le non-chatouilleux n’est pas chatouilleux. Mais, une fois que vous vous serez démené(e) dans tous les sens, contreforts et orifices possibles, l’entreprise vous apparaîtra dans toute sa vanité. Pas chatouilleux, pas chatouilleux, on vous l’avait dit, pourtant.

De guerre lasse, vous diriez plutôt nulle part. Ce qui vous prive ipso facto du plaisir d’apposer vos guilis dans des endroits que la morale ne réprouve même pas puisque votre sujet d’étude ne sent rien, à l’en croire.

 

C’est alors que le doute surgit. Il doit y avoir une faille. 100% non chatouilleux, ce n’est pas humain. Chez le rhinocéros, peut-être. Mais vous n’avez ni le loisir ni les khoûilles l’envie d’aller tâter de sa carapace.

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en chatouilleur civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Votre soi-disant non-chatouilleux n’aura rencontré que des chatouilleurs sans conviction. Il en aura tiré un peu hâtivement la conclusion qui l’arrange (car l’aura du non-chatouilleux en société est incontestable). En vérité, il en nourrit un fort sentiment de frustration. Pour l’en délivrer, il suffit de trouver son point C.

 

♦  S’il ne réagit pas côté anatomie, le non-chatouilleux a d’autres points sensibles : chignole, portefeuille… Faites le test en commençant par ses enjoliveurs ou son becquet arrière, pour voir.

 

♦  Puisque manifestement c’est au niveau du cerveau que se situe le blocage, chatouillez-lui directement les centres nerveux à vif.

 

♦  Les soirs où, pris de boisson, votre cobaye se trouvera en perdition, chatouillez-lui la luette, il vous le rendra bien.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Silence minuté

 

Au chapitre des « compressions temporelles », ce qui suit devrait tous nous soulever le cœur parce que tu déconnes avec ça, tu déconnes avec tout : la minute de silence qui ne dure pas une minute. A titre personnel, dorénavant, dès qu’un gus s’avance et déclare : « nous allons respecter une minute de silence », on se marre ostensiblement, nonobstant l’assemblée éplorée.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Une paire d’exemples comme ils viennent :

(moins de 50 secondes)

(42 secondes)

Et la pile est neuve.

Le drame, c’est qu’on sait, au moment de l’attaquer, qu’on ne l’atteindra jamais, la minute. En conséquence de quoi c’est pas la peine de tirer une tronche pareille.

 

Bien sûr, l’expérience de la minute de silence tient du rite initiatique. Qui ne se souvient de ses premiers recueillements collectifs lorsque la solution pour ne pas pouffer sous les dix secondes consistait à fixer ses chaussures (tout en s’efforçant de rester sourd au rire nerveux du voisin et insensible aux éternuements) ? Est-ce en souvenir de cette torture – dont la portée nous échappait alors – qu’à l’âge adulte, nous levons la punition largement avant la fin du sablier ? Soi-disant ni vu ni connu ?

Sur ces entrefaites, on objectera que la minute en question a surtout valeur de symbole. Oooh ben ça change tout, excusez, point n’y étions-nous. Mais alors, symbolique pour symbolique, pourquoi ne pas écourter drastiquement, mettons à 25 secondes ? Vu que, tout bien pesé, on n’a quand même pas que ça à foutre ?

 

Mais n’allez pas croire que nous aurions perdu les notions de respect et d’hommage. Il arrive encore qu’une personnalité tout juste disparue ait droit à 3 jours, pleins et entiers, eux, de deuil national.
Non, c’est juste qu’au-delà de 50 secondes, nous sommes physiologiquement constitués pour redevenir mesquins.

Merci de votre attention.