« J’ai pécho »

 

Ad nauseam, un site de rencontres d’un soir a recyclé en slogan l’expression « j’ai pécho » :

Les pubeux ont encore, encore, encore, encore, encore perdu une occasion de se taire.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Dans le coin inférieur, on est prié de croire que

pécho = séduire.

C’est à se tenir les côtes mutuellement.

Sans hurler avec les chiennes de garde, « pécho » est l’un des mots les plus détestables de tous les temps. Du moins, depuis l’invention du verlan, car à force d’essayer de le conjuguer (« pécho », bas de plafond, n’admettant que l’infinitif et le passé composé), on en oublie que

pécho = choper.

L’ombre du prédateur est encore accentuée par pêcher, dont la gémellité avec « pécho » ne joue pas en faveur du drôle.

 

Pour ne plus passer pour ce qu’il est, le plouc de base troquera donc le trop explicite

j’ai chopé une meuf

au profit de

j’ai pécho.

Notez que toute espèce de transitivité a disparu : « pécho » se suffit à lui-même, peu importe la meuf concernée. L’important est de coincer, d’attraper, de ferrer, et autres glorieux synonymes de « choper ».

Pour les relents de laitance séchée, c’est par ici.

 

Laborieusement, le spot tente aussi de mettre le verbe dans la bouche de Madame. Ultime égard pour la « cible » secondaire : les fille du sexe féminin ont peut-être envie de « pécho », elles aussi. En tout cas, elle sont consentantes.
Autant dire qu’on n’y croit pas une seconde. « Pécho » n’est utilisé que par les mâles dominants, c’est déjà bien assez.

 

Assumer « avoir pécho » sa conquête les yeux dans les yeux l’amène souvent à le tégrére.

Merci de votre attention.

 

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Envoyé de

 

Si au bas d’un courriel figure la mention : « envoyé de mon [bidule] », pas besoin d’aller le crier sur les toits, le bidule s’en charge tout seul.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Que vous le vouliez ou non, un bidule aura toujours le dernier mot sur vous. On n’arrête pas l’autosatisfaction le progrès.

Pour quelle valeur ajoutée ? Aucune. Le courriel aurait été strictement identique « envoyé de » n’importe quel autre bidule.

L’info doit pourtant revêtir une importance quelconque. Mais pour qui ? Pas pour l’expéditeur, forcément au courant. Le destinataire alors ? Et que peut bien lui chaloir de connaître le modèle du joujou à l’autre bout ?

En d’autres temps, quand votre correspondant appelait d’une cabine, lui serait-il venu à l’idée de préciser laquelle ? La référence du stylo, le nom du pigeon voyageur, lorsqu’il vous écrivait ?

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Gluante comme le plus gluant des mopsrolls*, la pub s’insinue décidément partout : au dos des tickets de caisse, de ciné, en surimpression sur la pelouse des stades, avant et après un programme télé, y compris à l’heure où elle est censée faire dodo… Guettez guettez : un, deux voire trois sponsors violent systématiquement le couvre-feu. Souvent sans rapport aucun avec la choucroute ni même avec une marque :

avec le film [Truc-muche].

Sans doute parce que le chef-d’œuvre en question comporte du placement de produit et renvoie l’ascenseur bien gentiment au susnommé. Dans le genre mopsroll qui se mord la queue, hein.

 

« Envoyé de » est aussi là pour faire croire que le message importe moins que son point de départ. Numérique, s’entend. Parce que géographiquement, les bidules nous suivent partout.
Jusque dans notre signature.

Merci de votre attention.

 

* c’est comme une pub, en moins visqueux.

Comment en finir avec les accidents de la route plutôt que dedans ?

 

Mes moutons, vous en conviendrez : si la baisse du nombre d’accidents se poursuit, ceux-ci seront bientôt réduits à néant. Pourquoi ne pas précipiter ce jour heureux ? Mettons-y un bon coup pour que l’horreur cesse complètement.

Ne serait-ce que pour les raisons suivantes :

– ça épargnera du boulot aux pompiers venus vous désincarcérer en plein yam’s toutes affaires cessantes.
– vous contribuerez au reboisement de forêts entières initialement destinées à la fabrication de millions de constats s’empilant bêtement dans le fond de la boîte à gants.
– le terme accidentogène n’aura plus lieu de retentir.
– surtout, plus personne ne subira les spots laborieux de la prévention routière. Hein que ça vaut le coup ?

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La simplicité avec laquelle se règlerait le problème est confondante.

Même dans le cas où vous fonceriez délibérément dans le décor, pourrait-on stricto sensu parler d’« accident » ? Voyez qu’on tend de manière asymptotique vers le zéro.
Et si on vous avait dit ce matin que vous croiseriez la route d’une « asymptote », vous auriez aussitôt replongé dans votre code, histoire de vous rafraîchir la mémoire.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en conducteur civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  73 % des accidents ont lieu sur le trajet de la maison. Déménagez !

 

♦  Inutile de vous le répéter, l’enfer, c’est les autres. N’empruntez que des routes de pub (l’équivalent du modèle d’exposition pour les commerçants). Coûte un peu cher à la location mais vous diviserez le risque d’accident par 948063425134782.

 

♦  Organisez le carambolage du siècle à l’échelle planétaire, dont vous aurez pris soin d’être le seul survivant. Tout le monde ayant embouti tout le monde, ambulances et flicaille comprises, à vous les priorités grillées en toute insouciance. Revers de la médaille, vous n’aurez plus l’immense plaisir de doubler le khônnard de devant, ah oui.

 

♦  Les accidents survenant en voiture, il suffirait, si l’on vous suit, de supprimer tous les véhicules à moteur. Laissez là vos syllogismes. Et comment regagneriez-vous vos pénates ? Certainement pas en espadrilles ni sur une selle quelconque. Non, pour éradiquer les accidents de la route, pas trente-six solutions : supprimer la route.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Pare-pub

 

A l’échelle d’une vie, la probabilité qu’on vienne vous glisser un prospectus sur le pare-brise est loin d’être nulle. Et ce n’est pas le sans-gêne qui étouffe les coupables, non non non.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Le principe est connu : inonder subrepticement qui le quartier qui le parking d’écorce d’arbre transformée en pâte à papier transformée en information inutile.
De fait, avez-vous jamais consenti à un seul de ces viols d’essuie-glace ? Cette manif douteuse, cette soirée interlope, cette deuxième pizza offerte pour une achetée n’ont aucune chance de vous séduire, pour la simple raison que de quoi j’me mêle.

Vous vous faites l’avocat du diable : alpaguer le passant dans la rue avec un tract revient au même. Pardon, c’est fort différent.
On revoit l’action au ralenti.
Après être tombé nez à nez avec le papelard une fois votre ceinture bouclée, vous voilà contraint de ressortir de l’habitacle, de faire le tour pour le retirer puis de le chiffonner rageusement en direction du vide-poches. Le tout en jurant comme un charretier – à juste titre.

(Passons sur l’éventuel arrêt cardiaque dû à la confusion visuelle avec un PV).

C’est comme si le gonze battant pavé vous fourrait sa retape dans les mains sans vous demander votre avis. Y’aurait des têtes au carré qui se perdraient.

 

Il arrive même que des khônnards en bande organisée, défavorablement connus des services de police (comme disent les services de police), connus des services de police (comme disent les autres en français), profitent de la manœuvre pour chouraver le véhicule sous les yeux du conducteur. Lequel n’a plus alors que ceux-ci pour pleurer.
Ainsi qu’une quatre fromages en rab dans le meilleur des cas.

 

Pour éviter ces désagréments, une solution, légèrement contraignante, consisterait à enlever vos essuie-glace et à les remonter à chaque fois que vous prenez le volant.
Ou à y disposer des pièges à souris.
Ou des « non à la pub » similaires à celui de votre boîte aux lettres.

 

Les pare-brise de la République doivent rester des sanctuaires.

Merci de votre attention.