Quelque part

 

Tant que « quelque part » ne sera pas éradiqué, n’oubliez pas de vous protéger. Sans quoi c’est un boulevard pour l’épidémie, quelque part.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Une fois jarretée la formule, mesurez le taux de perte de sens de la phrase. Si vous estimez le chiffre à plus ou moins 0 %, le test est négatif : vous êtes porteur sain. Mais restez sur vos gardes.

 

Parce que quelque part, si on colle du « quelque part » à tout ce qui bouge, c’est quelque part moins pour sa valeur ajoutée (nulle, on l’a vu) que pour apporter une nuance quelque part.
Reste à savoir laquelle.
En tout cas, elle est forcément « quelque part ». Mais où ? « Au fond », comme on dit sur France Culture. Sinon, l’endroit exact est laissé à la libre appréciation de l’interlocuteur. Lequel apprécie peu, généralement, voire ferme les yeux avec une indulgence coupable.

 

Eeeeeeeeh oui, encore un symptôme de la non-confiance en nos mots (donc en nous-mêmes) qui va du simple pléonasme à l’anglicisme à côté de la plaque.

 

Tenez, transposons « quelque part » en anglais. Nos amis Albionnais, s’ils y tenaient vraiment, diraient somehow plutôt que somewhere. De fait, l’équivalent le plus courant de « quelque part » est « d’une certaine manière », autre locution superflue s’il en est : tout se passe toujours d’une certaine manière, comme tout est nécessairement « quelque part ». Et ce ne sont pas les bordéliques astrophysiciens qui nous contrediront.

 

Enfin, on ne le dira jamais assez, les foyers dormants du virus favorisent sa mutation. Pour ceux atteints du fameux « à quelque part », aucun espoir de guérison. Préventivement, mieux vaut abattre tout le troupeau. Ou leur administrer des avoines :
a) à dans la tronche,
b) à dans la gueule,
c) à là où je pense.

Merci de votre attention.

 

Ubiquité

 

Etre partout à la fois n’est pas donné à tout le monde. Dieu seul a le don d’ubiquité. Comme Il n’existe que dans les livres, on peut bien faire ce qu’on veut, y compris « s’ubiquiter » si ça nous chante.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

L’ubiquité donne d’autant plus d’ailes que sa prononciation diffère de celle d’équité, raide comme la justice. Notez d’ailleurs comme la langue est retorse : équité, équilibre, équinoxe mais équidistant et équilatéral. Dans le genre équivoque !

 

Ubiquité naquit « ubiquidité » en 1585 pour qualifier le fait d’« être présent partout ».

Les littérateurs de 1822 en donnent une définition plus précise :

faculté d’être présent physiquement en deux ou plusieurs lieux en même temps.

Car l’ubiquité, c’est comme les jeux vidéo : vous avez plusieurs niveaux.
Débutant : l’esprit se dissocie du corps, grâce à la méditation ou l’indigence des programmes télévisés.
Recordman du monde : la personne qui vous aime vous voit dans chaque voiture qui passe. Le don. On l’a ou on ne l’a pas.
Pour les joueurs confirmés, le marché anglo-américain propose également l’épithète ubiquitous.

 

Tout ça ne serait rien sans l’adverbe latin ubique, « partout, en tout lieu », où brille ubi, « où », raccourci pour quo-ibi, littéralement « quel endroit » (ibi = « y, là »).
Les Latins en raffolent, qui le mettent à toutes les sauces : ubilibet, « n’importe où », ubicumque, « en quelque lieu que », ubivis et ubiquaque, « partout ». Voire, dans le plus pur style marsupilami, ubiubi (qu’il n’est bien sûr palombienne de traduire).

 

Et sur nos côtes, aucun vestige d’ubi ? N’ayez crainte : le drôle a fait son chemin jusque jusque, terriblement bien planqué dans l’usque d’origine (us = ubs = ubis).
Si, dans une conversation à bâtons rompus, « oùsque » s’invite à la place de « où », vous saurez d’oùsque ça vient.

Merci de votre attention.