Ombrage

 

Comme son nom l’indique, un endroit ombragé baigne dans l’ombre. Un loustic ombrageux, lui, baigne dans la parano ; il monte sur ses grands chevaux pour un oui pour un non voire se cabre lui-même, bref, prend ombrage de tout. On ne recherche pas l’ombre auprès d’un ombrageux.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Ombrage au sens propre : ce qui couvre d’ombre. Voyez le topo : au figuré, l’humeur noire n’est jamais loin. Puisque tout ça naît dans l’ombre, plongeons-y toutes affaires cessantes.

Diminution plus ou moins importante de l’intensité lumineuse dans une zone soustraite au rayonnement direct par l’interposition d’une masse opaque.

Académicien : un boulot à plein temps.

Les simagrées en moinsse, ce qui est à l’ombre est « à l’abri du soleil » depuis le Xe siècle (umbre). C’est au XVIe que le genre du mot se fixe au féminin, époque vers laquelle « porter ombre » préfigure notre « porter ombrage » d’ailleurs.

 

Umbre donc, à cause d’umbra, arrivé au latin par l’indo-européen unksra. Que d’aucuns n’hésitent pas à rapprocher (mais d’ici on voit pas bien) de l’ombre des Zanglais shade, shadow (skot- à l’origine).

 

Quant à sombre, il végète littéralement dans la sous-ombre (bas latin subumbrare, « couvrir d’ombre »).

 

Notons enfin qu’au lieu du verbe ombrager, on a bien failli hériter d’ombroyer et de ses nombreuses variantes :

onbroier, ombroier, ombrier, ombriier, umbroier, umbroyer, humbroier, ombrier, hombrier, umbrier, humbrier, unbrier, ombraier, ombrayer…

Embrayons.

Dernière minute : contrairement à ce qu’on pensait, l’ombromanie n’est pas une maladie de peau ni une quelconque déviance mais l’autre nom du maniement délicat des ombres chinoises. Ombromanes, à vos postes.

Merci de votre attention.

 

Pote

 

On peut, paraît-il, réveiller un vrai pote à quatre heures du matin. Dans ce cas, mettez-vous à sa place, tiré(e) du sommeil du juste pour se fader vos salades en tentant d’aligner les deux-trois trucs sensés qui vous couperaient la chique au plus vite avant que sa nuit ne soit définitivement foutue. Vous aviez plus d’égards pour votre nounours, ce me semble.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Avec son o grand ouvert et sa simplicité bonhomme, on peut en tout cas rebondir sur le pote en toutes circonstances, ce compagnon de quatre cents coups, ce vieux camarade, cet autre vous-même. La notion de pote est large, qui lie parfois des membres d’une même communauté sans relation d’amitié a priori, témoin le fraternel « Touche pas à mon pote ».
Il n’est pas rare du tout de se donner du pote sans avoir aucune affinité particulière avec icelui :

Non mais tu sais pas sur qui t’es tombé, mon p’tit pote !

 

Or on l’a perdu de vue, le mot est formé par apocope sur poteau, ami fidèle s’il en est. Du pur argot, qu’on a moins fréquemment le plaisir de croiser que pote, si ce n’est chez Renaud dans sa Chanson pour Pierrot (si vous voulez pleurer un coup, c’est par là) :

Pierrot, mon gosse
Mon frangin, mon poteau
Mon copain, tu m’tiens chaud
Pierrot.

Pas plus stable en effet que l’inamovible poteau, arraché du latin postis (« jambage de porte ») et replanté en françois début XIIe, assez brave pour maintenir et supporter tant et plus… En voilà une image qu’elle est parlante !

 

J’en vois déjà qui font la moue, regrettant la disparition du pote au profit d’« amitiés » virtuelles avec de parfaits inconnus, des boulets qu’on croyait semés pour toujours, de vagues connaissances, des déjà amis dans la vie, son père, sa sœur, son chien…
Au contraire, le véritable pote, celui ou celle qui tient sur les doigts d’une main (et encore, de Mickey), en sort grandi. Les rézosocios auront eu raison de l’ami, ils ne toucheront pas à mon pote.

Merci de votre attention.