Epatant

 

Avoir le nez épaté et être épaté sont a priori deux choses aussi distinctes qu’un nez en trompette et une trompe. En vertu de quoi on peut dire sans se tromper que cette étymo s’annonce épatante.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Attardons-nous primo sur l’appendice nasal. Dans son cas, épater consiste à

aplatir en élargissant la base

à cause du sens vieilli :

priver de l’usage d’une patte.

Un clebs épaté se verra de fait « aplati » ; y’a qu’à voir le teckel.

En revanche, personne ne dira du pauvre bougre privé de l’usage d’un bras qu’il est « ébrasé », l’aplatissement n’étant pas patent.

 

« espateir » avant 1400, cet « écraser » ancienne manière est devenu par extension :

étonner au point de faire tomber à la renverse,

en d’autres termes

scier les pattes.

 

Où l’on voit qu’il convient d’expliquer le coup de patte.

Cette dernière – déjà tripatouillée ici – n’est qu’un recyclage de l’onomatopée patt-, celle-là même qui retentit quand on patauge.

 

Recenser tous les adjectifs sortis du même moule qu’épatant deviendrait vite énervant (de quoi avoir « les nerfs à vif »), épuisant (« vidé tel un puits » sans fond, qu’on serait) et pour finir, écœurant (pour ne pas dire « découragé »).

 

Quant à « épater la galerie », voilà encore une expression piquée au jeu de paume, dont la galerie permettait de répartir les spectateurs. Qui n’en demandaient pas tant.

Merci de votre attention.

Tripatouillage

 

On préfère ne pas savoir ce que tripatouillent les tripatouilleurs. Pourtant, que de tripatouillages pour en arriver à tripatouillage. La nature est bien faite.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Face au vide lexical de 1888, afin de dire « remanier abusivement » en parlant d’une œuvre, un critique littéraire s’est donc permis d’amalgamer tripoter (ça, on voit bien ce que c’est) et patouiller (ça par contre, prt et re-prt).

 

A tout seigneur, tout honneur : commençons par tripoter, qui (vérité première toujours oubliée) vient de tripot. Avant la

maison de jeu clandestine ayant mauvaise réputation,

le tripot, lieu de totale éclatche

où se pratiquait le jeu de courte paume,

abritait des manipulations plus anodines.

De fait, tripot n’est rien sans triper, « sauter, danser » au XIIIe siècle, issu de treper, « frapper du pied, sauter » (mi-XIIe), qui d’impatience a fini par trépigner.

 

Le plus rare patouiller apparaît dans les eaux de 1175 sous la forme patoiller, « barboter, patauger ». Jusqu’à prendre au XIXe siècle le sens de « manipuler, tripoter ». Autrement dit, tripatouiller, somme de tripoter et de patouiller, équivaut à deux fois tripoter. C’est dire le degré d’inavouable.

Mais zalors, patauger serait-il une variante de patouiller ayant réussi dans la vie ? Exact, les deux compères dérivent de patte, elle-même construite sur le radical patt- évoquant des pas, particulièrement en milieu boueux. Au passage, l’onomatopée nous a valu nos patins qui, c’était couru, mènent tout droit au tripotage susnommé.

 

Par ailleurs, on ne sera pas surpris d’apprendre que trifouiller est né des amours malsaines de tripoter et de fouiller.
Sur ce dernier, nous procéderons aux fouilles réglementaires une autre fois.

Merci de votre attention.

 

Rouflaquette

 

Vous autres zobsédés au vocabulaire croupi voyez sans doute en rouflaquette un équivalent exotique de khoûille. Vous confondez avec roupette et roubignole. A votre décharge, bande de digoulasses, ces pattes sculptées au gré de l’inspiration sont bien l’apanage des mecs du sexe masculin. Rappelons qu’en un point indéterminé de cette broussaille, le cheveu se mue en poil. Transsubstantiation qui vaut son pesant d’alléluia.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Ce Triangle des Bermudes capillo-pileux semble connaître son apogée au tournant des XIXe et XXe siècles. Du gentleman au proxo, oncque mâle qui n’arbore ses rouflaquettes en gage de virilité, comme l’atteste une iconographie fournie comme une tignasse. A croire que les glabres font alors figure de parias. Riez, riez, on voit bien que vous ne tâtâtes jamais du tranchant des lames de l’époque. Le Bic uneu lame le orénge, à côté ? Une caresse.

Petit échantillon à travers les âges :

roufla1

Années 60-70, le tif libéré :

roufla2

Par la suite, la rouflaquette périclite inexorablement. Sorti de la corporation des routiers et des vieux hardos nostalgiques, on ne trouve plus guère que notre Maxime Médard national pour l’assumer sur les terrains de rugby :

maxime-medard

Pour ainsi dire, la chose remonte au rasoir mécanique. Mais le mot ?

Sans conviction, les lexicographes s’en remettent aux dialectes. Rouffles (« jabot, garniture de chemise »), roufle (« gifle »), sans oublier l’expression normande « faire le roufle » : « prendre un air arrogant, se pavaner ». A ce compte-là, les bricolos ressortiront maroufler, aux racines tout aussi enchevêtrées : associer ce « vaurien » de maroufle à la colle forte, pas moins tiré par les cheveux que la joue comme dénominateur commun de roufle et rouflaquette

Pronostic tout personnel : ronflant et flanquer sont tapis dans l’ombre (rouffler, ancienne variante de ronfler !). Après tout, les rouflaquettes mangent le visage de qui veut se donner de l’importance. Un suffixe affectueux (dit-on point favoris pour les mentons rasés ?) et emballé c’est pesé !

Tandis que nous crawlons dans le secret, l’anglais tire ses sideburns du nom du général nordiste Ambrose Burnside, Ambrose-Burnsidemis cul par-dessus tête pour mieux épouser l’idée (side = côté).
Ça vous défrise, doesn’t it ?

Merci de votre attention.