Les oreilles de lapin

 

Après le chewing-gum dans les cheveux, certains passent aux oreilles de lapin sur les photos. Vocation qui perdure ensuite chez les spammeurs professionnels.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Il suffit qu’un groupe projette de se faire tirer le portrait pour qu’en sévisse un des membres. Or, une fois emplafonné le coupable, quelles raisons invoquera-t-il pour expliquer son geste ? Aucune, si ce n’est la satisfaction d’avoir ruiné le cliché et attiré l’attention. Sur lui, plus que sur sa soi-disant victime.
Autant dire que personne ne connaît l’origine d’une pratique aussi obscure.

 

Oreilles de lapin, déshonneur ultime ? Pas qu’on sache. (Cas particulier : les bunnies de certain magazine).
Rappelons qu’un lapin de garenne dans la force de l’âge perçoit non seulement le moindre pet de carotte à la ronde mais se thermorégule grâce auxdites. Selon certaines sources non vérifiées, elles feraient aussi couchette et mini-bar.

 

Cette paire de fausses oreilles est d’autant plus absurde qu’on distingue toujours les vraies dans le prolongement des tempes du sujet. (Cas particulier : les bunnies de certain magazine, dont d’autres types de paires sont scrutées. C’est dire si les oreilles sont une zone érogène mésestimée).

A moins qu’il ne s’agisse en fait d’un bonnet d’âne ? Allons bon. En regardant bien, on est plus proche du V de la victoire que du baudet ou du lagomorphe. Là encore, l’attaque est contre-productive.

 

Non, cette histoire d’oreilles de lapin, ça ne fait rire que l’autre emplafonné, ça retarde le photographe, et ça s’efface sous Photoshop. Moyennant finances, il est même probable qu’un filtre les bannisse déjà automatiquement sur le mode anti-yeux rouges.

Note : si un lapin a les yeux rouges, c’est qu’il est atteint de myxomatose. Mieux vaut alors cesser de le prendre en photo et l’emmener au plus vite chez le vétérinaire, dont la table basse manque singulièrement de Playboy.

Merci de votre attention.

 

Développer ses photos

 

« Le message, c’est le médium », clamait McLuhan le grand. Autrement dit, la forme conditionne le fond. Pas de rock’n’roll sans électricité. Pas de frites sans friteuse.
Pas de photos sans téléphone ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

C’est parce qu’on n’est plus obligé de développer ses photos qu’on les gâche.

Du temps de l’argentique, la pellicule n’était pas extensible. Il fallait donc drôlement s’appliquer au moment de choisir son sujet pour l’immortaliser via le petit zoiseau. Les photos, rares, étaient en général réussies. On les conservait dans de gros albums de famille que l’on consultait pieusement parce qu’on ne pouvait pas faire autrement : deux genoux minimum.

Aujourd’hui, il suffit d’un téléphone pour mitrailler toute la journée si ça nous chante. Mais ce sont des photos creuses, interchangeables. Elles ne sont plus précieuses. Il ne nous viendrait pas à l’idée de les appeler « clichés », d’ailleurs. Vingt contre un que ce mot s’éteindra dans le siècle.

 

A cet égard, le verbe développer prend tout son sens. Emmener ses photos à « développer », c’est comme confier ses chrysalides à un professionnel pour les retrouver papillons.

Etymologiquement, photographier, c’est « écrire avec la lumière ». Les bonnes photos ont même droit à une légende, « ce qui mérite d’être lu ». Or, cette notion d’écriture disparaît. La preuve, on ne les regarde plus sur papier. Les écrivains de lumière n’ont même plus à se soucier de focale ou d’effets, désormais intégrés. Sentez la noblesse perdue ?

 

Aujourd’hui, tout le monde photographie tout, tout le temps. Ça nous prend comme une envie de pisser, notamment le selfie, posté dans la seconde à l’attention de la planète comme si notre vie en dépendait. Plutôt élargi, le cercle, à défaut d’être concerné.

Au lieu de nous souvenir de la scène, notre premier réflexe est de la stocker. On aurait tort de se gêner, le stockage est infini (« le message, c’est le médium »). Résultat : on découvre avec effarement des photos vieilles de trois mois qu’on avait oubliées sitôt prises. Ou plutôt qu’on n’avait gardées que dans la mémoire de l’appareil.

 

Avec un temps d’attente de plusieurs jours et en nombre limité par tête de pipe, nos photos redeviendraient moins banales. Automatiquement.

Merci de votre attention.

 

Hauts comme trois pommes

 

C’est l’été, petit jeu (car c’est l’été) : toutes ces photos proviennent d’albums de famille de célébrités du monde de l’art, de la politique et de Dieu sait encore quel complément du nom. N’ayez crainte, pas d’entourloupe, vous les connaissez toutes. A moins d’avoir passé le siècle dernier dans une grotte, le genre île déserte.

Qui plus est, elles se ressemblent bien, là-dessus. C’est tout l’intérêt.

Si vous trouvez de qui il s’agit, l’auteur de ce blog s’engage à fournir sa propre petite photo.

 

(et toutes les réponses par la suite, si vous êtes sages)