Fulgurance #118

Un immeuble de x étages en compte en réalité x+1, avec le rez-de-chaussée.
C’est pourquoi les immeubles de 0 étage n’existent pas, à moins de les appeler maisons.

Pouce

 

Regardez-le bien : il est le seul de profil. Et si le pouce se présente de face, tous les autres vous offrent leur flanc comme un seul homme. Alors, c’est qui le chef ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Pour les autres doigts, c’est facile. L’index sert à indiquer, l’annulaire à enfiler des anneaux, l’auriculaire à se curer l’oreille. Quant au majeur, il est le plus grand (on le saura). Mais le pouce ? Singulier jusqu’à son nom, çiloui-là.

Vers 1130-40 déjà, « le plus fort des doigts » est le pouz, qui équivaut à la longueur d’1/12e du pied. Peton toujours, fin XIIIe, peuce désigne le « premier orteil » en parlant du faucon. Puis du vrai en 1549 (le « poulce du pied »). Il se fige en pouce au milieu du XVIIe siècle, avant même que les zacadémiciens ne disent pouce.

 

La faute au latin pollex, pollicem en position de COD. Oh mais pollex ne viendrait-il pas du verbe pollere (le suffixe transformant l’affaire en nom, comme au bout de l’index ; y’a pas de hasard) ?
Et pollere (« avoir beaucoup de pouvoir, de puissance, de richesse, de renommée, d’efficacité, en un mot : en imposer vachement), que donné-ce, en français ?
Pas grand-chose, si ce n’est que dalle mes pauvres choux. Pour vous consoler, sachez toutefois que pollex est encore utilisé brut de décoffrage en zoologie (c’est le « pouce » des oiseaux).

Les plus intransigistes latinants (ou l’inverse) voient néanmoins dans pollere, planqué derrière le rideau, le verbe valere (« valoir »). Si l’on remonte plus loin encore, on peut aussi aboutir au radical indo-européen polo- (« gros, grand »), ancêtre putatif du gros pollex.

 

Si bien que quand Volkswagen joue sur le côté « ramassé » de sa Polo, on est en droit de partir d’un grand rire bien sonore. Les pubeux sont vraiment payés à se tourner les pouces, ma parole.

Merci de votre attention.