Stupeur/stupéfaction ?

 

Entre deux routes pareillement engageantes, on est saisi de stupeur. A moins que ce soit de stupéfaction ? Imaginez le nombre d’exemplaires de Stupéfaction et tremblements voués au pilon à cause d’un titre aussi raide.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

On ne va pas le faire à plouf plouf.

Stupeur :

Saisissement causé par un grand étonnement, un choc émotionnel qui prive une personne de ses moyens physiques et intellectuels.

Stupéfaction :

Etonnement extrême qui prive de toute réaction.

Bigre². Départager les deux oiseaux ne se fera pas sur le terrain sémantique.

 

Voyons les antécédents latins.

Stupor, état d’« engourdissement » provoqué par stupere, « être engourdi, immobile ». Stupide, en un mot.

Stupefactio, cristallisation de stupefacere, qui conduit à stupéfait, plus court (mais moins fort) que « frappé de stupeur ».

Au passage, seuls les pompeux de services préfèreront à l’épithète le participe stupéfié.

 

Comme d’hab, tout dépend de ce sur quoi on insiste. L’émotion (stupeur) ? Ou l’effet produit (stupéfaction) ?
Voilà qui nous ramène par la peau du cou au « sentiment d’insécurité » qui agite les concitoyens zobservateurs.

Déviez pas.

Si stupéfaction suit stupeur comme son ombre, il devrait en être de même pour tumeur/tuméfaction. Or le second est si rare que vous vous en tuméfiez les cuisses d’hilarité.

Tiens ben rareté/raréfaction : ici, on distingue littéralement le processus en train de se faire.

Et torpeur ? N’appelle-t-elle pas « torpéfaction » de toutes ses forces ? C’est pas pire, d’autant que l’« engourdissement » concerné est en tout point comparable à celui qui nous occupe.

Dommage que « torpéfait » reste interdit.

Merci de votre attention.

 

Où trouver de la poudre d’escampette ?

 

Plus on en parle, moins vous en voyez la couleur. Comme si elle transitait par des réseaux secrets, à côté desquels le cartel de Medellin ferait figure de moulin. Et même de passoire, celle avec les gros trous.
Agaçant, à la fin ! Quoique ce parfum de mystère attise encore votre curiosité. Car vous ne demandez qu’à en prendre un peu, de cette fameuse poudre d’escampette.

Rappelons qu’entre la Jouvence de l’Abbé Soury, le piment d’Espelette et les cosmétiques qui revitaliftent, celle-ci n’a les honneurs d’aucun écran de pub. Ce qui en soi est assez louche.
Produit néfaste ? Et dans ce cas, où sont les études ?

D’ailleurs, vous aurez beau écumer les spams inondant votre boîte mail : ils n’en feront jamais mention, tandis qu’ils mettent un point d’honneur à vouloir vous fournir en Xanax, Viagra et autres pharmacopées douteuses sans que vous ayez à lever le petit doigt.

Face à cette pénurie et au boycott manifestement institutionnalisés, prenez vos responsabilités.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en consommateur civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Pour en avoir le cœur net, tapez déjà escampette dans votre moteur de recherche. Consternant ! La requête renvoie à des liens plus inoffensifs les uns que les autres qui vous orientent, au mieux, vers une soi-disant expression populaire, quand ce n’est pas le nom d’un bar, d’une librairie, d’une association… Preuve que l’omerta n’est pas près de se briser.

 

♦  A défaut de poudre, demandez à un herboriste digne de confiance qu’il vous procure des graines d’escampette, que vous broierez avec votre pilon personnel, celui qui sert pour le fenouil du soir.

pilon

♦  En grande surface, prenez soin de sympathiser avec ce vendeur discret qui connaît le magasin comme sa poche. Comme il vous l’indiquera dès que vous l’aurez suffisamment déridé, la poudre d’escampette se trouve au même rayon que le perlimpinpin – à l’origine tout aussi obscure au demeurant.

 

♦  Ce qui est rare est cher. Aussi, prévoyez le budget en conséquence. Après tant d’efforts pour débusquer la poudre convoitée, n’allez surtout pas vous rendre coupable de vol sous le manteau. De toute manière, rien ne sert de fuir par une porte dérobée si c’est pour chercher des plombes durant vos clés de voiture sur le parking (pourtant sur le même trousseau que la clé des champs).

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.