Linge

 

Si on vous sommait sous la torture de définir linge, vous ne vous en tireriez pas indemne en proposant « habillement ». Et le linge de maison, s’enquerraient vos bourreaux, toujours pointilleux ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

On l’a oublié (parce qu’on n’était pas là), le tout premier linge désigne une

pièce de tissu de lin.

Acception dont on s’est éloigné au point d’utiliser des lingettes. C’est dire si la décadence nous guette.

Par extension, console le dico,

tout ou partie des pièces de tissu employées aux usages domestiques.

Cette « toile de lin » originelle a cours jusqu’à fin XVIe. Si entretemps le « linge de table » fait son apparition, c’est toujours du lin, du lin, du lin. L’influence du lobby du lin reste ainsi largement sous-estimée. Notamment par les historiens, qui lui préfèrent le velours côtelé pour étaler leur science.

 

On pige tout dès lors qu’on sait que linge a d’abord été un adjectif. Signifiant – on vous le donne en mille – « en lin ». Ce qui, traduit en latin, donne un lineus qu’on a depuis un moment en ligne de mire.

 

En détricotant lange, surprise : il est tissé pareil. Lange est à « laine » (lana) ce que linge est à « lin ». Acception dont on s’est éloigné au point d’utiliser des couches-culottes. C’est dire si le cul de bébé commençait à gratter.
Les lexicographes restent cois quant à lenge, lunge ou lynge mais au chapitre adjectifs substantivés, lounge se dit d’un bar où l’on peut s’allonger de tout son long en dégustant une longe de veau.

 

Et depuis qu’il n’est plus 100 % lin, le linge s’insinue partout : lave-linge, sèche-linge et bien sûr pend-linge, cette fabuleuse invention qui sauva l’Homme des pinces à linge au XXIe siècle.

Merci de votre attention.

 

Tendance

 

Dès qu’une vendeuse en n’importe quoi estime devoir conforter le client sur le choix d’une coupe, d’une couleur, d’une merdouille quelconque, elle lâchera tôt ou tard :

Et puis c’est très tendance.

Argument massue après lequel il ne pourra plus reculer. Notez que, bidouillé en adjectif, le mot lui-même est devenu tendance. Somptueuse mise en abyme apte à dérider les plus pincés au passage.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Tendance est parvenu à démoder mode. Et pourquoi ça, puisque plus synonymes, tu meurs ? Parce que Coco (Chanel) eut le tort de populariser la formule de Cocteau (Jeannot) : « la mode, c’est ce qui se démode ». Balle dans le pied des stylistes ? Vite soignée : il suffisait de décréter que les choses pussent « revenir à la mode » pour assurer un avenir toujours radieux au tiroir-caisse.
Alors que « se détendancer », c’est pas demain la veille qu’il arrivera dans les rayons, çiloui-là.

Car les contours d’une tendance sont flous, par définition. C’est là sa grande force : on ne sait trop où ni quand elle apparaît. Surtout, elle ne disparaît jamais puisqu’à l’inverse de la mode qui se démode, son négatif n’existe pas. On chercherait en vain un cimetière des éléphants des tendances : elles se contentent de passer la tête lorsqu’on les invoque. Comme si l’ensemble des gogos s’amourachait et se lassait comme un seul homme. Dans le genre moutons, avouez que ça se pose là hein.

 

D’ailleurs, précisez « la tendance du moment », on vous rira au pif en hurlant au pléonasme. Tel le plat du jour, la tendance est toujours « du moment ».

C’est pourquoi, quand les magazines de filles du sexe féminin mettent à la une des

nouvelles tendances

ou claironnent que

l’été sera tendance,

soyez circonspectes.

Pas d’« ancienne tendance » possible, ni de « future ». Ou alors, on tend légèrement à vous bourrer le mou.

Merci de votre attention.