Quésaco ?

 

On peut dire que vous ne serez pas venus pour rien, aujourd’hui. Une fois pour toutes, comment ça s’écrit, ce machin-là ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Moins pédant que

quid ?,

quésaco surplombe

qu’est-ce que c’est ?,
qu’est-ce qui se passe ?

et

qu’est-ce à dire ?

d’une bonne tête, tout en tenant un peu de tout ça à la fois. Quésaco est donc une contradiction ambulante : très pratique mais nous fout dedans.

Si les conjectures vont bon train sur son orthographe, elles sont liées à son origine indéfinissable. Nous écorchons quésaco parce qu’il est trop apatride pour être honnête. Ronce en revanche est bien français, qui nous écorche unilatéralement.

 

Quésaco varie selon les époques, les dictionnairiens et, avouons-le, les humeurs : qu’es-aco, qu’es-aquo, quèsaco, qu’ès aquo, qu’es aco, ques aco, quèsaco, quès aco ou qu’ès aco. Diantre, on n’est pas sorti du sable.

Surtout qu’on peut aussi le croiser fin XVIIIe dans la garde-robe, accoutré en substantif masculin :

Bonnet à la qu’es-aco (Littré).

 

De nos jours, certains ne jurent que par kézaco, sans doute sous l’influence d’une marque d’eau minérale. C’est qu’ils oublient de boire à l’étymo, seule source qui vaille. Se privant de cette découverte éblouissante : la locution interrogative naît en Provence, avant de monter à Paris dans les années 1730.
Dépiautée : que (= que, jusque-là, ça va), es (= est) et aco (« ceci »), descendant de hoc, pronom latin qu’on retrouve intact au sein de la locution ad hoc (littéralement « pour cela »).

C’est pour ça !

Merci de votre attention.

 

Etiquette

 

Elle se colle partout, se décolle une fois sur douze cette saloperie mais puisqu’il faut la respecter, paraît-il, révérence bien appuyée à l’étiquette. Avant toute chose, jurez-moi qu’il ne se trouve dans votre bibliothèque aucun livre encore étiqueté. Sans quoi c’est la nausée, l’assommoir, les châtiments.

Mais revenons à nos moutons et remontons, moutons, la grande horloge du temps.

A la cour du Roi-Soleil, les étiquettes constituaient un cérémonial (on dirait aujourd’hui moins cérémonieusement « protocole ») inscrit dans un formulaire du même nom. Ceci parce que vers 1435 le mot désignait un « petit écriteau », d’après l’estiquette de 1387 : « poteau servant de but dans certains jeux ». Les chevaliers en short ne se contentaient donc pas d’une paire de tricots au sol pour figurer la cage ; pas de tricheries à l’horizon.

Tiens et ce « poteau », vient-il pas de l’ancien verbe français « estechier, estichier, estequier », en picard « estiquier », « enfoncer, ficher, transpercer » ? C’est l’étymo la plus communément admise, qui passe par l’astic, cet os creux que les cordonniers emplissaient d’une graisse servant à astiquer la pointe d’une alène. Celle du mineur flamand ou artésien a fini par prendre le blase d’« astiquette ». D’où plus tard l’épée pointue baptisée astic en argot.

Remontons toujours : nous voilà maintenant face au francique stikkan, « piquer ». Et d’où croyez-vous que débaroule stigmatiser, qu’on entend répété à tort et à travers ? Du grec stigma, « piqûre », « tatouage » et du pluriel latin stigmata, « marque au fer rouge » (« porter les stigmates ») ! Ça « pique » ? C’est normal.
La faute à cette racine indo-européenne sti-, à laquelle on doit aussi – cramponnez-vous – tout à la fois instigation, instinct, stimuler, style (stilus, « poinçon »), éteindre (exstinguere, « émousser la pointe de la flamme », rââh que c’est beau !) et, côté anglais, stick (« bâton ») et sting (« dard »). Que de mots jetés à la mer !

Et ticket ? By Jove, on nous l’a piqué : c’est notre étiquette ! Nous-mêmes l’avions recyclée en « estiquet, etiquet » (« note contenant les noms de témoins pour une procédure »). Outre-Manche, le mot a pris le sens de « note, document affiché publiquement, billet » dès 1520 avant de regagner nos côtes.

 

Il est piquant qu’on prenne un ticket aux fromages pour ne pas se faire piquer sa place. Aux petites vieilles sans-gêne, lançons de véhéments « estechier », elles sont encore en âge de l’entendre.

Merci de votre attention.