« Un de ces mals de tête »

 

Si un de ces jours l’envie vous prend de geindre :

j’ai un de ces mals de tête,

sachez que ça n’atténue pas la douleur. Pire, vous mettrez votre entourage dans l’embarras. Non pas en lui indiquant que c’est vraiment pas le moment de faire chier (ce n’est jamais le moment). Non : sous couvert de piger le sens de la phrase, tout le monde feindra d’ignorer qu’elle fait très mal grammaticalement.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Un mal, des maux, on ne vous la fait plus. Or, le superlatif « un de ces » appelle un nom au pluriel :

j’ai une de ces dalles.

Pour mieux se rendre compte, remplacer par cheval :

je boufferais un cheval en salade.

Meuh alors pourquoi s’acharner au singulier, en dépit de la plus élémentaire logique ? Parce qu’on ne parle pas d’un mais de THE mal de tête. Celui dont les confrères font pâle figure à côté.

 

On conçoit que personne ne se risque à lancer :

j’ai un de ces céphalées

voire, chez les dictées de Pivot sur pattes,

j’ai une de ces céphalées,

beaucoup moins fort par son aspect clinique. Et donnant l’impression de déguster tout en se la pétant, de surcroît.

Il n’en reste pas moins qu’« un de ces mals », c’est mal.

 

Ce boycott de maux s’applique à merveille à :

j’ai un de ces mals au crâne.

Avec maux, vous imaginez le hiatus ?

Une grossière erreur socialement admise vaut mieux qu’une formule correcte pour laquelle on vous prendrait le chou.
C’est sans doute un moindre mal.

Merci de votre attention.

 

Dictée

 

La dictée de Pivot, certains s’en tirent très bien avec deux fautes : une à dictée, une à Pivot.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

On écrit sa dictée sous la dictée de quelqu’un qui dicte, jusque-là, ça va sans dire. Que vous croyez. Parce que dire, il va en être sacrément question.

 

Avouez que vous aussi admirez à n’en plus finir les terminaisons vintage de l’ancien français. Celles qui racontent l’histoire du mot qui les porte ont un cachet particulier :

il ne fault nul offenser, en dict, ne en faict.

Râh oui, l’orthographe d’avant, ct quand même autre chose. Aujourd’hui, que sont tous ces fiers –ct devenus (le t rebouclant vers le c, sinon ça vaut pas) ? Aspect, respect, suspect, distinct, instinct sans oublier le petit chouchou succinct : nous les avons gardés uniquement pour la déco. Pour être tout à fait exact, certains même prononcent encore exact avec un –a.

 

Tout ça pour dire que dire a beau faire, il ne se débarrasse pas comme ça de son c.
Un dicton, c’est ce que dit la sagesse populaire :

il ne fault nul offenser, en dict, ne en faict.

La diction (théâtreux à vos postes) : la manière de dire.
Un dictionnaire, rien moins qu’un répertoire de mots.
Un dictateur, celui qui ne se satisfait pas du diktat précédent und so weiter.

 

Dicter, donc, apparaît au XVe siècle, dicté par le latin classique dictare, « dire souvent, prescrire », fréquentatif de dicere, « dire » dites donc. Et si dire se disait dicere, c’est à cause de deik-, l’indo-européen pour « montrer, indiquer ». D’où quelques lunes plus tard le latin digitus auquel on doit notre doigt – autre finale remarquable s’il en est, d’autant que y’en a pas vingt.

 

Quant aux dictées de nos chères têtes blondes, aussi lamentables soient-elles, souvenez-vous qu’

il ne fault nul offenser, en dict, ne en faict.

Une lampée d’étymo en revanche, rien de tel pour piger la langue.

Merci de votre attention.