La guerre des parapluies

 

S’il pisse comme vache qui pleut, tout le monde est logé à la même enseigne. En revanche, dès que l’ondée se dissipe, il y a deux écoles : les téméraires qui replient leur pébroque et les poules mouillées qui préfèrent paradoxalement rester au sec jusqu’à ce que le dernier nimbus ait rendu toute son eau.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Vu ce qui tombe, autant passer entre les gouttes.
Oui mais si on s’embarrasse d’un parapluie, c’est pour parer la pluie.

Deux points de vue également défendables. S’ils coexistaient dans la concorde civile, tout irait pour le mieux. Mais il y a les trottoirs.
Et à chaque rencontre, c’est le malaise.

L’ascendant de ceux qui tombent le peps sur les jusqu’au-boutistes est tel que ces derniers passent invariablement pour des pleutres. Et finissent par baisser la garde. Les autres, quoiqu’ils se fassent saucer en toute connaissance de cause, n’ont jamais l’air ridicule. Rouvrir un pépin tout juste replié ? Vous n’y pensez pas, ça ferait gonzesse c’est une question de dignité.

Le mimétisme ne joue pas dans les deux sens, mes moutons.

 

Rappelons que l’être humain détecte la pluie par au moins trois sens : toucher, vue, ouïe.
S’il n’entend plus plic-ploquer et s’il ne distingue plus l’averse à l’œil nu, rien ne l’empêche de pratiquer la politique de la main tendue, pour mieux sentir.

 

Afin de ne plus passer pour une totale chochotte, le gouttophobe fera donc mine de tendre la main à l’extérieur du havre des baleines. Une fois l’intempérie jaugée, il remballera les gaules en n’oubliant pas d’arborer un air de soulagement (« y pleut pus »). Sa conscience et les faits se chargeront de le contredire.

A l’inverse, pour éviter d’être considéré comme un m’as-tu-vu intégral, le fier à bras adoptera le rictus de celui qui se fait saucer, histoire de simuler la gêne.

 

Tout ce qui précède est aussi valable avec ou sans capuche.

Merci de votre attention.

K-Way

 

A l’instar du poireau qui dépasse ou du nez qui coule à mille milles de tout mouchoir propre, le K-Way est un tue-l’amour. Quiconque revient ventre à terre du marché en reniflant dans sa capuche sous la bruine d’octobre avec les victuailles pour la soupe ne demande qu’à être mort ou changé en homme préhistorique.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

En guise de flash-back, contentons-nous d’un demi-siècle. Quelque part dans le Nord, le dénommé Léon-Claude Duhamel tient une boutique sur laquelle plane l’ombre du paternel, concepteur en son temps d’un des premiers impers en tissu caoutchouté. Notre homme, jusque-là dans le pantalon, commence à s’y sentir un peu engoncé. Tiens, se dit-il tout à trac, pourquoi pas un vêtement de pluie léger, copié sur les coupe-vent en nylon des pêcheurs bretons qui niveau houle en connaissent un rayon ? Le sieur Duhamel en pince tant pour la onzième lettre de l’alphabet qu’il se voit déjà vendre des « en-K » (d’averse). Une agence faisant la pluie et le beau temps sur le marché publicitaire lui conseille plutôt un nom à consonance anglo-saxonne : place à « K-Way ». Ah qua ouais, comme dirait Johnny, ça veut rien dire mais la belle affaire, c’est une belle affaire. Voulez qu’on s’attaque à l’étymo d’Haägen-Dazs, formé à la même époque du même bric et d’un broc similaire ?

Tiens ben causons boules. A quoi le K-Way doit-il son succès ? C’est un vêtement magique ! Le seul qui, par mimétisme avec la limace, se recroqueville à la première éclaircie avant de se transformer en banane. Ah le mirifique moignon. Ne refaisons pas le sketch, depuis Dany Boon, c’est un classique.

 

La France peut s’enorgueillir d’une telle réussite. Le K-Way a tout pour lui. On y est mouillé-collé pareil que sans, l’air abruti en sus.
Brave Monsieur Duhamel ! Il eût été plus avisé d’inventer le parapluie. La ruse, hélas, était éventée.

Merci de votre attention.