Ketchup

 

Déformation de l’anglais catch up, « rattraper » ? Ça se pourrait, pour un condiment.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

On se laisse d’autant plus berner que ketchup s’écrit encore catchup en 1690. Le premier sprôtch officiel de ketchup retentit en 1701*, année de parution d’un ouvrage intitulé The mysteries of opium reveal’d préconisant d’avaler son vin avec la sauce en question, du caviar ou des anchois (l’Anglois a rarement froid aux yeux en matière de cooking).

Au surplus, il ne s’agit encore que de ké-tsiap, « saumure de poisson » piquée aux Chinois. Ou aux Malais, on ne sait pas très bien. Enfin à des Jaunes, quoi. Peut-on seulement appeler ça « piquer » ?

 

Of course, c’est la recette aux tomatoes qui rafle la mise. En 1876, le sieur Henry John Heinz décide d’embouteiller la mixture, non sans y avoir ajouté du sucre, du sucre, un peu de sucre et surtout du sugar, plus au goût des compatriotes (car l’action se déroule aux Stazunis).

 

D’où le fameux dilemme ketchup/mayo à l’heure des frites. Rappelons qu’à l’inverse de la mayo, la mayonnaise est non sucrée, raison pour laquelle les fritophiles pur sucre n’en réclament jamais.

 

Au fait, notre ketchup aurait-il connu un tel succès s’il s’était appelé nuoc-mâm, équivalent du ketchup originel ?
Ou « sauce de poisson à la tomate » ?
Ou tout simplement « sauce au sucre » ?

On a beau dire, la langue fait bien son boulot.

Merci de votre attention.

 


* Le débat fait rage entre les historiens. Certains penchent encore pour splouac, splèt ou frrrmlmlml. Puchetk, trop visible anagramme de ketchup, est probablement fantaisiste.

 

Nager mais pourquoi faire ?

 

Un jour, il faudra qu’on nous explique le but de la natation. Que cherche-t-on dans l’eau que la terre ferme n’offre pas ? Crawl, brasse, papillon, on a beau varier les plaisirs, la finalité nous échappe.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Encore que dans le cas des nageurs professionnels, tout doive aller le plus vite possible, comme à la course à pied. Sachant que tous se tiennent en une poignée de centièmes qui se perdent au départ, il suffirait de juger l’arrivée de suite après le plongeon pour être fixé. Ce qui épargnerait des longueurs à tout le monde.

nagerCar pour les taillés en V comme pour nous, les taillés en I, la plupart du temps, c’est en bassin que ça se passe. Nager dans la mer, plus personne ne s’y aventure. A part ceux qui n’ont pas su pour l’invention du bateau.

Or, qu’est-ce qu’une piscine ? Un lieu où l’on pratique la nage d’appartement mais collectivement, dans le chlore et le bruit. On ressort de là lessivé, avec des verrues plantaires pour peu que le sort s’acharne.
Au moins, ça donne du boulot aux maîtres nageurs et aux dermatos.

 

Quand le sens commun donne sa langue au chat, la psychanalyse prend le relais.

Et si on nageait tout simplement pour retrouver notre sérénité amniotique perdue ? Allons bon. On ne sache pas que le fœtus s’ébroue dans son liquide ; il se contente d’y flotter, sans rien glander.

A moins qu’il ne faille remonter plus loin encore, du temps où nous étions des poissons. Mais si l’évolution nous a privés de nageoires, c’est pas pour des prunes, mes tanchons.

Régresser en buvant la tasse ? Merci bien.

 

Ou alors, c’est juste pour pouvoir faire le cake en maillot de bain devant ses semblables.
Oui, tout ça, c’est une excuse pour se foutre à poil. Et se laver sans se frotter, encore.
Quoique certains se jettent à l’eau en combinaison intégrale. Un jour, il faudra qu’on nous explique.

Merci de votre attention.

 

« Ile flottante »

 

Vautré dans la crème anglaise, on n’avait pas vu se dresser la vérité toute nue : qu’est-ce que c’est que cette histoire d’« île flottante » ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

L’abus de langage – pour ne pas dire pléonasme – trompe son monde depuis la nuit des temps. Et pas seulement à l’heure du dessert.

Etendue de terre ferme émergée d’une manière durable dans les eaux,

voilà comment les dicos délimitent l’île. On soupçonne que durable a été ajouté pour couper court aux tentatives des petits malins réclamant le statut pour leur récif préféré, celui que la marée engloutit trois fois par jour.

 

Quoi qu’il arrive, l’île flotte, par définition. Elle est donc flottante, sans ça, elle coule. Dans la flotte, pour ne rien arranger.

Parce qu’on pourrait croire que tout ça forme d’énormes blocs reposant sur les fonds marins. T-t-t. Si c’était le cas, les poissons devraient contourner sur plusieurs milliers de kilomètres. Pour les Seychelles, passe encore. Mais sous l’Angleterre (ou plutôt autour), vous imaginez l’expédition ? Les sujets de la reine seraient contraints de dire farewell à leurs fish and chips.

L’île est posée sur l’eau, comme un pédalo.

 

Si on va par là, le moindre bout de terre l’est aussi, flottant. Et les continents ? Des îles géantes, sur lesquelles on s’est empressé de tracer des frontières. Rendons-nous à l’évidence : nous sommes tous des insulaires.

 

En fait d’« île flottante », il n’y a qu’« île » qui vaille. C’est déjà cher pour ce que c’est, autant employer les termes exacts.

Mais attendez.
L’entremets, lui, repose sur l’assiette. La crème, ne pouvant soutenir son poids, se contente de le napper. Alors ? De qui se moque-t-on ?

Dorénavant, exigez votre « île flottante » servie comme des « œufs à la neige, caramel et crème anglaise » [ça rendra justice aux sujets de la reine].

Mais mais attendez attendez.
« Œufs à la neige » ? On se fout de vous. Un café, l’addition. Tant pis si ça jette un froid.

Merci de votre attention.