Chic

 

Il n’est plus du dernier chic mais a su rester chic. C’est un chic mot, chic.

Mais revenons à nos moutons, moutons. Chic chic.

Nom, épithète, interjection, chic est protéiforme sans varier d’un pouce. Certains outrecuidants ont bien tenté d’y mettre des rallonges :

chicard, chicart, chiquart (adj.),
chiquement (adv.),

peine perdue. On ne touche pas à chic sans le dénaturer.

 

Il est vrai que peu de confrères peuvent se targuer d’être aussi inaltérable. Hormis chouette qui lui emprunte les mêmes caractéristiques, notamment s’il est antéposé, pour parler grammairien :

une chouette fille

=

une chic fille.

‘Tention, ça n’en fait pas pour autant

une fille chic.

Coquetterie et beauté intérieure peuvent ne pas aller de pair. Pour ne vexer aucune nénette, chic reste donc unisexe. Dès lors, la graphie chique n’a plus qu’à goûter une désuétude bien méritée.

 

C’est son attitude foncièrement positive qui vaut à chic de jouer les caméléons.
1793, « air dégagé, aisance » (→ « avoir le chic pour »), 1823, « subtilité, finesse », 1835, « élégance ». Le tout, vous allez rire, à cause de l’allemand schicken, « envoyer », au sens propre « faire que quelque chose arrive ». Bientôt arrivent les notions de « préparer, arranger » puis de « convenable ». Sich schicken in : « accepter », « es schickt sich nicht » : « ça ne se fait pas ». Jusqu’au Schick originel, vraisemblablement introduit en Gaule via l’Alsace limitrophe.

 

Autre hypothèse circulant sous le manteau : chic serait issu de chicaner, « chipoter, ergoter », croisement de ricaner et du radical chi- à l’œuvre dans chichi et chiquenaude.
Par ailleurs, la chicane languedocienne désignait un genre de golf (sport de petits coups chichiteux par excellence), d’après le persan chaugan, « bâton recourbé » préfigurant le polo.

 

Et chik alors ? Figurez-vous qu’en tanzanien des hauts plateaux, chikungunya signifie littéralement « qui se recourbe », rapport au dos voûté par ledit virus.
L’étymo n’a pas fini de nous couper la chique.

Merci de votre attention.

Pouce

 

Regardez-le bien : il est le seul de profil. Et si le pouce se présente de face, tous les autres vous offrent leur flanc comme un seul homme. Alors, c’est qui le chef ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Pour les autres doigts, c’est facile. L’index sert à indiquer, l’annulaire à enfiler des anneaux, l’auriculaire à se curer l’oreille. Quant au majeur, il est le plus grand (on le saura). Mais le pouce ? Singulier jusqu’à son nom, çiloui-là.

Vers 1130-40 déjà, « le plus fort des doigts » est le pouz, qui équivaut à la longueur d’1/12e du pied. Peton toujours, fin XIIIe, peuce désigne le « premier orteil » en parlant du faucon. Puis du vrai en 1549 (le « poulce du pied »). Il se fige en pouce au milieu du XVIIe siècle, avant même que les zacadémiciens ne disent pouce.

 

La faute au latin pollex, pollicem en position de COD. Oh mais pollex ne viendrait-il pas du verbe pollere (le suffixe transformant l’affaire en nom, comme au bout de l’index ; y’a pas de hasard) ?
Et pollere (« avoir beaucoup de pouvoir, de puissance, de richesse, de renommée, d’efficacité, en un mot : en imposer vachement), que donné-ce, en français ?
Pas grand-chose, si ce n’est que dalle mes pauvres choux. Pour vous consoler, sachez toutefois que pollex est encore utilisé brut de décoffrage en zoologie (c’est le « pouce » des oiseaux).

Les plus intransigistes latinants (ou l’inverse) voient néanmoins dans pollere, planqué derrière le rideau, le verbe valere (« valoir »). Si l’on remonte plus loin encore, on peut aussi aboutir au radical indo-européen polo- (« gros, grand »), ancêtre putatif du gros pollex.

 

Si bien que quand Volkswagen joue sur le côté « ramassé » de sa Polo, on est en droit de partir d’un grand rire bien sonore. Les pubeux sont vraiment payés à se tourner les pouces, ma parole.

Merci de votre attention.