Huis

 

Pour séduisante qu’elle soit, l’hypothèse qui veut que l’huis tire son nom de l’onomatopée qu’il produit (huîîîîîîîîîîîîîîîîîîîîîîîîîîîîîî) est démentie par l’invention de la burette d’huiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiile.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Huis a pris la porte au Moyen Age, supplanté par icelle. Son éclat d’antan ne susbsiste guère que dans « huis clos », huisserie et huissier, lequel n’est jamais qu’un « gardien de porte », ce qui relativise d’un coup d’un seul sa fonction.

 

Si l’on ouvre encore timidement l’us vers 1050, on le doit au bas latin ustium, retapé en ostium. Le französisch a gardé tel quel cette « entrée » pour qualifier une « ouverture ou court canal vers une cavité », « un des orifices par lesquels l’eau rentre chez les éponges » et même le « pore de la peau ».

Ostium, on ne vous la fait pas, est un prolongement d’os, la « bouche ». Si cette info vous la laisse bée, visez plutôt oral, oracle, oraison, pérorer mais aussi adorer (« adresser une prière à quelqu’un ») et inexorable (« qui ne se laisse pas fléchir par la prière »). Si le rapport vous échappe entre « bouche » et « ouverture », considérez la prochaine bouche d’égout et jetez-vous-y toutes affaires cessantes.

 

On s’esclaffait en ouverture mais le h de l’huis s’est vraisemblablement glissé là par attirance pour huile. Et aussi pour ne pas confondre avec vis, attendu qu’à l’époque, u et v étaient pour ainsi dire interchangeables. Changer la vis de l’uis étant déjà bien propice aux engueulades, il fut donc décidé de ne pas jeter de l’huile sur le feu.

 

En y réfléchissant, nous nous épargnâmes d’autres désagréments du même type :

faire du huis à huis,
parler entre deux huis,
écouter aux huis,
c’est pas l’huis à côté

et bien sûr,

tiens-lui l’huis.

Merci de votre attention.

 

Enlever

 

Contrairement à ses camarades relever, prélever et soulever, enlever existe aussi version épithète pour qualifier un rythme d’enfer :

une mazurka enlevée.

Heureusement parce que sans ça, le verbe est nettement plus terre à terre :

déplacer un objet en le sortant de l’endroit qu’il occupait.

Marche aussi avec une personne kidnappée ou les mots de la bouche.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

C’est l’évidence même, qui dit enlever dit lever. D’ailleurs les deux ne font qu’un dès l’acte de naissance de 1130 : « tu l’en levas », littéralement.

 

Vous ne vous êtes pas levés pour rien, aujourd’hui.

Fin Xe, lever revient à « faire mouvoir de bas en haut » et, avec pronom réfléchi, « se mettre debout ». Ça n’a pas tellement changé. Sans oublier, dès 1242, lesver l’impôt, « percevoir, faire payer ». Même en prélevant à la source, le principe reste là aussi inchangé. De cette époque, il n’y a que le pont-levis dont on ait pu se passer, finalement.

 

Lever a été enlevé au latin levare, « alléger, soulager ». Famille de léger alors ? Tout juste : notre adjectif a pour homologue le latin levis, « peu pesant » (en parlant d’un armement de soldat, à l’origine). Plus c’est léger, plus c’est facile à enlever, CQFD. Et ce ne sont pas les gus en lévitation qui nous contrediront.

L’indo-européen legwh-, « léger » donc (ne devenons pas lourdingues), a également offert light aux Anglais, leicht aux Teutons, etc.

On lui doit surtout la levure, ce champignon démiurge ayant le pouvoir insensé de faire lever les quatre-quarts. Pour les rendre légers, meuh oui, tout se tient.

 

Pour finir, faisons fi du levier de vitesse et réhabilitons l’injustement oublié lévipède : « léger à la course ».

Merci de votre attention.