Encourager

 

Alleeeeeeeeeeeeeeeeeeeeez,
Po-po-po-po-po-po-po-po-o-o-oooooooooo ! (Olé),
Si t’es fier d’êt’ parisien, tape dans tes mains.

Hurlés des tribunes ou du canapé, on peut affirmer sans trop se gourer que ces cris du cœur nous traversent le gosier sans transiter aucunement par le cerveau. Normal : c’est dans le précieux organe qu’encourager prend sa source, vers laquelle nous remonterons pas plus tard que tout de suite.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Supporters, supportrices, encourager revient à « donner du courage », vous en conviendrez. En posant l’équation différemment, vos chouchous, vous leur mettez donc du baume au cœur.
Ah.
Courage et cœur seraient-ils pas liés comme les deux doigts de la main ? Oui mais ça dépend lesquels. Parce que l’index et l’auriculaire déjà, ils se croiseront pas beaucoup, j’aime autant vous le dire. Le majeur et l’auriculaire, encore pire, alors là, aucune chance. Evidemment, vous voilà en train de soumettre ce qui précède à l’épreuve des faits (la confiance règne). A grimacer comme des malades, vous risquez juste un croisement des ligaments, qui éloigne les sportifs de la compète et nous éloigne doublement du sujet.
Incorrigibles que vous êtes.

 

Reconcentrons-nous. Lors de sa première occurrence en 1050, courage désigne rien moins que le « cœur en tant que siège des sentiments ». A peine cinquante berges plus tard, le courage est un « état d’esprit » amenant ardemment au « désir de faire quelque chose ». On n’est courageux que face à l’adversité, sinon y’a pas besoin.

Le mot a tant d’allure que les Grands-Bretons, délaissant leur heart et n’écoutant que leur cœur, se sont resservis et du nom et du verbe.

Quant à encourager justement, il s’est d’abord dit et écrit encuragier. Si si ! Vous laissez pas abuser par la proximité phonétique avec enculé, de nature au contraire à décourager ceux que vous ne portez pas dans votre cœur.

Intellect, toujours exclu du lot, ça va de soi.

Merci de votre attention.

 

« A la base »

 

Si à la base cette expression était fort répandue dans la population sauvageonne, avouez qu’il ne vous semble pas saugrenu de la prononcer à votre tour, vous le fruit d’une éducation au-dessus de tout soupçon, ah la la la la. Fait notable, cet anglicisme pure juice n’a pour une fois pas perdu sa saveur dans le voyage mais dès conditionnement.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Le sens de basically s’était en effet déjà délité en la perfide Albion – au grand désespoir des grammairiens du cru – pour se rapprocher de actually (notre « en fait », autre tic crochu s’il en est). Basiquement, nous autres pigeons shakespearophobes nous sommes laissés berner par ce faux ami qu’il eût mieux valu traduire par simplement ou fondamentalement. Au lieu de quoi le passage en VF a donné cet obscur « à la base », auquel on s’est empressé de donner le sens de « au départ » qu’il n’a pas au départ.

Or, arrêtez-moi si je me trompe, contrairement à départ, la base n’est pas en soi un marqueur de temps. Pensez au baseball où elle n’est qu’un repère statique. Pensez à la tarte aux myrtilles de votre grand-mère dont la base est tellement simple que c’est pas possible que la vôtre ne lui arrive jamais à la cheville.

L’usage fautif s’est donc éloigné à la fois de la notion de « plus simple appareil » (« la recette de base ») et de socle, induite par le complément du nom base, éjecté sans ménagement. A l’oral, seuls les ringards assumés s’embarrasseront encore de formules comme :

à la base du projet ;
à la base de cette réussite.

Sentez comme on n’est plus du tout dans la temporalité ?

Ouais mais ziva, sérieux, moi à la base chuis une vraie burne en anglais t’es ouf toi.

Raison de plus pour espérer quelque progrès dans un futur plus ou moins lointain. A l’arrivée, il y va de la survie de « au départ ». Et vos précepteurs n’auront pas en pure perte sué comme des bœufs pour vous inculquer les bases.

Merci de votre attention.