Fulgurance #74

On ne parle pas la bouche pleine. Très éventuellement, est-ce qu’on ne pourrait pas se taire la bouche vide ?

Comment réprimer un fou rire chez le toubib ?

 

Vaste question, qui ne concerne pas seulement les chatouilleux frémissant à la moindre palpation comme à l’approche d’un guili. Malgré la solennité du lieu (ou plutôt à cause de ladite), une vague d’hilarité peut vous emporter sans crier gare. Vos hormones se livrent alors un combat sans merci, adrénaline en tête. Vous avez beau tenter de penser à autre chose, les ruissellements, chauffés par le rouge qui vous monte aux joues, forment bientôt un magma de honte où se jette une morve dont vous ne savez plus s’il faut la renifler ou l’avaler.

En digne serviteur de la médecine qui en a vu d’autres, l’autre poursuit son office. Cet apparent détachement ajoute encore à votre gêne. Vous ne foutez déjà pas souvent les pieds dans son cabinet, ce n’est pas, merde alors, pour que le hasard voue joue des tours si pendables.

Rassurez-vous, c’est nerveux humain. Le ridicule ne tue pas et quand bien même : vous êtes justement dans de bonnes mains.

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en patient civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous, variables selon la spécialité :

 

♦  Qu’un généraliste vous écoute les entrailles avec son stéthoscope gelé ou qu’un ostéopathe vous triture le bedon comme de la pâte à modeler, vos gloussements, quelque inextinguibles qu’ils soient, n’auront d’autre incidence que de détendre l’atmosphère. Il est même conseillé de partager avec eux la réminiscence poilante ou l’idée saugrenue à laquelle ils riront de plus belle.
Mais la situation peut rapidement dégénérer chez l’acupuncteur qui, suite à l’une de vos secousses, ira planter son aiguille trois centimètres et demi trop bas. Et alors là, fini de rire.
Quant au dentiste et à l’ORL, ils perdront non seulement patience mais en prendront pour leur grade face à votre gorge déployée (morve susnommée, postillons, volume sonore…).

 

♦  Il n’est pas jusqu’à vos urologue et proctologue qui ne risquent d’apprécier modérément vos soubresauts, synonymes à ce stade de souillures inévitables.

 

♦  Ce qui précède n’a aucune commune mesure avec un fou rire chez le chirurgien esthétique, dont on laisse à penser les conséquences désastreuses pour ce lobe d’oreille ou ce nez en trompette qui faisaient finalement votre charme.

 

♦  De même, si vous poussez la porte d’un thérapeute par le rire dans cet état, prenez garde : toute crise sera contre-productive. L’homme vous bottera vraisemblablement le train, bouffera son diplôme avec de la sauce piquante et filera refaire sa vie chez les Mormons du Dakota du Sud.

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♦  LA solution ? Arrangez-vous pour que la consultation concerne une autre personne, ami(e), conjoint, progéniture… laquelle vous saura gré de l’avoir si jovialement soutenue pendant ce (moins) mauvais moment à passer.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Poste

 

La Poste, on a tous à y gagner. M’enfin il est permis d’en douter un brin depuis que la vénérable institution a choisi de faire du blé. Cartes postales, Banque postale, dans le même sac. Timbrés !

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Dès 1298, une « poste de chevaus » se dit d’un « relais de chevaux placé le long d’une grande route ». Etape d’un voyage plus ou moins long bricolée en « bureau de poste » au milieu du XVIIe, lorsqu’il s’est agi de trouver un point de chute où venir chercher ses recommandés. Attestée dans les récits de Marco Polo, voyageur avec un grand V, cette posta originelle se décline sans heurt au masculin (il posto, « le poste »), aussi bien qu’en verbe (poster, se poster). Quant à notre postillon, si neuf fois sur dix on le charge du courrier, il l’a bien cherché aussi, avec son canasson qui part tout seul. L’italien (« il postino ») et l’anglais (« Please Mr. Postman ») ont d’ailleurs gardé ce radical pour désigner leur facteur.

De nos jours, paradoxalement, on poste moins nos mails qu’on ne les envoie. Tandis que le ouèbe nous permet de poster à qui mieux mieux (et souvent pour le pire pire) : billets, commentaires, gazouillis et autres billevesées…

 

Mais zieutez plutôt : en créant posta, les Ritals n’ont fait que substantiver le verbe porre (« placer, poser »), issu du latin ponere de même sens. Cousins germains chez nous : pondre, imposteur, le suranné ponant (l’ouest, où le Soleil va se… poser), position plus tous les composés possibles, y compris le compost.

Voilà pourquoi il nous arrive de pourrir sur pied à la poste. Vous bilez pas, tout se tient.

Merci de votre attention.