« Omnibulé »

 

Idée fixe de certains : imposer « omnibulé » à la face du monde. Ecrit, selon les versions, « omnibullé », « homnibuller » (accord du participe), « ovnibullé » (changement de dimension) ou « plaie variqueuse » (phlébologue obnubilé par son art).

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Sous l’influence conjointe de bulle et du préfixe omni- (sans oublier somnanbule et omnibus pour la sonorité), les brebis particulièrement égarées ajouteront le pléonasme à l’incurie :

il est complètement « omnibulé ».

Si « omnibulé » revient à être – et ce sera la seule circonstance atténuante – « totalement dans sa bulle », pourquoi compléter par « complètement » ?
Remplacez par omniprésent : on en a envoyé au coin pour moins que ça.

 

Certes, s’aventurer dans le registre soutenu est tout à fait complètement louable. A condition de partir équipé.

Mousqueton. Lampe frontale. Etymo.

 

Obnubiler n’a rien de mystérieux pourtant, c’est du pur latin. Obnubilare, pour vous servir, soit « couvrir de nuages ».
Lâchez donc les baskets à omni-, il n’y a que ob- qui vaille, comme dans obscurcir. A ne pas confondre avec Omskirçur, crique lapone tellement obscure que personne ne sait si elle existe vraiment.

Quant à nubes (« les nuages »), ils entraînent dans leur nuée nébuleux et nimber, parmi cinquante autres nuances de gris, dont nubile. Quel rapport entre l’utérus et le nimbus ? Tout doux mes agneaux : nubilis (« en âge de se marier ») éclôt du verbe nubere (« prendre le voile »). Un « ciel voilé » paraphrase avantageusement « nuageux », tous les monsieurs et madames météo vous le diront.

 

Pour laisser définitivement « omnibulé » au placard, songez à « obsédé ». Ou mieux, à « aube nubile ». Abstraction faite de toute idée tordue SVP.

Merci de votre attention.

 

« Pécunier »

 

Imaginez qu’on vous enlève un bras (sans anesthésie) pour vous fixer une prothèse (d’une longueur légèrement différente). Et qu’on décrète que ce sera désormais votre bras. Les pires scénaristes d’horreur bouderaient l’idée. Et pas pour des raisons pécuniaires.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Il se trouve ainsi des psychopathes pour dégainer publiquement « pécunier » en présence d’un nom masculin :

J’ai des ennuis « pécuniers ».

S’ils comptaient sur ce terme un brin soutenu pour redorer leur vocabulaire tout en suscitant la charité, c’est raté (ou la charito, c’est rato, ce qui revient au même).

 

Sans doute le criminel de base est-il mû par une attirance malsaine pour financier, dont le féminin financière rime effrontément avec son synonyme pécuniaire.
Mais d’autres mobiles plus enfouis sont à l’œuvre.

Dans l’espoir que ses soucis d’argent ne seront que passagers, son inconscient va chercher saisonnier et hop ! « pécunier » rafle la mise.
Et plus l’autre khôn tarde à le rembourser, plus il devient rancunier et bim ! « pécunier » derechef.
Faut pas grand-chose.

L’Académie montre très officiellement les dents depuis 1970 dans ses Nouvelles mises en garde : « pécunier » est une faute d’usage qui remonte au moins à Chateaubriand.
Comme quoi, les bœufs ne sont pas les seuls à se griller en la commettant.

 

Pécuniéristes, voilà qui devrait soulager votre mal. Quel que soit le genre du nom auquel il se rapporte, pécuniaire s’écrit avec un a comme argent. La faute au latin pecunia, c’est-y pas beau ? On dirait une fleur.
‘Tention, celle-ci ne sent rien, comme chacun sait.

 

Jarretons « pécunier » sans ménagement et faisons une haie d’honneur à pécuniaire en battant le rappel de ses petits camarades : agraire, aviaire, grégaire, horaire, littéraire, solidaire et bien sûr budgétaire et fiduciaire, avec lesquels il sera vite copain comme cochon.

Merci de votre attention.