Comment rendre à César ce qui lui appartient ?

 

L’honnêteté vous oblige à rendre à César ce qui appartient à César. Plus facile à dire qu’à faire. Car manifestement, vous ne vivez ni sous la même latitude, ni surtout à la même époque que Jules. Dans ces conditions, lui rendre ses affaires ne va pas en être une mince.

D’ailleurs, qui vous dit que tel ou tel machin de votre fourbi ait réellement appartenu à César ? Bien de l’eau a coulé sous les ponts du Rubicond, depuis le temps. Ce vieux Stetson, cette clé six pans pourraient tout aussi bien être à Auguste ou à Justinien.

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Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en restitueur civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Demander une audience ? A vos risques et périls. Suivant la valeur sentimentale que César accorde à ce que vous lui rendez, vous finirez proconsul ou dans un lion.

 

♦  Malgré toutes ses conquêtes, on ne peut pas dire que l’empire romain ait été la propriété privée de César. Car au fond, possède-t-on jamais rien ? Ce n’est pas la babiole que vous lui ramènerez qui fera la différence.

 

♦  Ainsi que le dit le proverbe :

Si li pas revenu dans un an et un jour, ça y en a être pour toi.

Sans réclamation de sa part, vous pouvez estimer que ça ne prive point l’Imperator.

 

♦  Si César est le nom de votre clébard, rendez-lui sa baballe, qu’on en finisse.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Ceci est mon livre

 

Il suffit de prêter un livre à un proche pour mesurer le fossé qui vous sépare sur l’échelle du respect. Comme l’objet se décompose au moins autant que vous (si tant est qu’il vous soit rendu), vous vous jurez de ne plus jamais rien prêter.
A tout prendre, mieux vaut carrément ne pas s’embarrasser de proches.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

L’autre s’empresse pourtant de vous en dire le plus grand bien, vante votre goût sûr, quémande déjà d’autres ouvrages dans la même veine. Comment expliquer alors les dégâts infligés au chef-d’œuvre ? C’est un des mystères de la condition humaine. Imaginez que vous confiiez les clés de votre bagnole audit zozo et qu’il vous la ramène bonne pour la casse dans un grand sourire. Cherchez pas, c’est exactement pareil.

Aussi, rendez service à tout le monde : offrez-les-lui neufs et gardez les vôtres. Il aura ainsi tout loisir de les massacrer ne pas en prendre soin.

 

Et que penser de ce système de prêt institutionnalisé que sont les bibliothèques ? Outre le fait que toutes les bactéries de la ville y prolifèrent, ces livres ne sont à personne et surtout pas à vous. Etrange, hein ?
Quelle logique y a-t-il à ne point pouvoir conserver un livre de chevet au rayon d’honneur de sa propre étagère ? Meuh creusez-vous un peu.

 

Dans le même ordre d’idée : plonger la tête la première dans un bouquin fraîchement acquis sans en décoller l’étiquette. S’il y a des spécialistes parmi vous, ils peuvent commencer à s’empourprer.
Sentez l’incongruité de garder sous le nez la valeur marchande de l’objet ? Passez donc la bague au doigt de votre promis(e) avec le prix sur l’écrin, pour voir. Cherchez pas, c’est exactement pareil.
A tout prendre, mieux vaut carrément ne rien se promettre.

 

Nous sommes d’accord, loin de tout fétichisme du type « humer la première page avant l’assaut » et autres déviances bibliophiles que la morale réprouve, exiger un livre rien qu’à soi relève du bon sens. Si sa lecture vous comble, il fera partie de vous pour toujours. Il est donc inconcevable qu’il appartienne au copain, au voisin, ou qu’il porte encore l’estampille du commerçant.
A tout prendre, ne vaut-il pas mieux e-bouquiner ?
Cherchez pas, c’est carrément pas pareil.

Merci de votre attention.