Placement de bifteck

 

Pour éviter toute forme de publicité déguisée dans les fictions, le céhèssa exige depuis un certain nombre de berges qu’apparaisse la mention suivante à l’orée du générique :

Ce programme comporte du placement de produit.

Pfioû, ça va mieux en le disant.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

La pub s’affiche donc au grand jour mais sous un faux nom. Et comme un téléspectateur averti en vaut deux, il peut dorénavant s’amuser à repérer des marques auxquelles il n’aurait pas prêté la moindre attention. Chouette, non ?

 

Depuis qu’alléluia, les chaînes publiques sont tenues de jarreter toute réclame après 20h, elles ne se privent plus de recourir à cette parade déjà ancienne, en accord avec les marketeux. Les tunnels de pub bannis de l’antenne ? Il reste le subliminal. Attendu que ce qui se déroule à l’écran a l’air de se passer dans la vraie vie, dans laquelle on croise des marques à tous les carrefours (je positive), celles-ci peuvent bien s’immiscer dans le feutré. Ou façon concentré de tomates, dans des programmes courts de type « consomag » juste avant le film, ça on a le droit, ça ?

 

La presse papier délaye pour sa part avec du vocable à consonance journalistique. De pleines pages de publi-communiqués et autres actualités commerciales jouxtent l’info. Et pourquoi pas

scoops et dernières annonces

pendant qu’on y est ?

 

Voilà pour le côté non assumé. Pour être complet, faudrait aussi railler la peur d’être hors les clous qui, seule, peut expliquer des inutilités de la trempe de

fumer tue

ou de

suggestion de présentation

sur les emballages de victuailles…

 

Auteur de mentions obligatoires, un métier d’avenir.

Merci de votre attention.

Astérisque gaulois

 

Un mieux, un rêve, un cheval, rien n’étanche notre soif d’idéal. Surtout pas l’astérisque proposant, au bas d’une pleine page ou d’un écran de pub, la traduction française vaseuse du slogan anglais (généralement vaseux lui aussi).

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Meuh si voyons, le slogan corporate, ça s’appelle. Celui-là, non content de multiplier les injonctions aussi pressantes que « Move your mind », se la pète jusque dans sa jargonnante appellation.

Citons des marques pour la clarté du propos pis ça leur fera les pieds.

Dell
Yours is here *
devient, en tout petit dans un coin,
* A chacun son Dell.

LG
Life’s Good *
=
* La vie est belle
au rayon électro-ménager.

Arrive un modèle de Honda :
Be recognizable *
=
* Ne passez pas inaperçu.

… suivi d’une Skoda :
Simply clever *
=
* Simplement évident.
(intelligent ?)

… et d’une Peugeot dont le futurisme justifie apparemment ce mot d’ordre taillé pour l’export :
Let your body drive *
quitte à le franciser en
* Votre corps reprend le pouvoir.

Zélée, la traduc.


Ze
meilleur for ze end : à quoi croyez-vous que renvoie le binôme qui suit ?
Heineken
Open your world *
A ceci :
* Ouvrir une Heineken, c’est consommer une bière vendue dans le monde entier et exportée notamment depuis le port de Rotterdam.
Mot pour mot hein ! Mot à mot, par contre, on jurerait pas.

Rassurez-nous les gars, le jour du bac d’anglais, point ne vous amusâtes-vous à tout surtraduire de la sorte ? Sinon coup de pied aux fesses jusqu’en 6e direct.

Oh mais on voit de tout, y compris du minimum syndical. Tenez, le « Move your mind » de tout à l’heure a été changé en « Changez ». Un essorage défectueux, sans doute.
Tordant au passage comme les énoncés anglais s’avèrent percutants face à leurs équivalents frenchy, pas vendeurs pour un sou !

 

De quand datent ces derniers, au juste ? D’un jour d’août 1994 où le législateur crut avoir tout bon dans son combat contre le globish ambiant. La loi interdisait en toutes lettres

l’emploi d’une marque de fabrique, de commerce ou de service constituée d’une expression ou d’un terme étrangers (…) dès lors qu’il existe une expression ou un terme français de même sens.

Et prévoyait qu’en cas de traduction,

la présentation en français doi(ve) être aussi lisible, audible ou intelligible que la présentation en langues étrangères.

Depuis, « what else ? » est sous-titré « quoi d’autre ? » et « so british » « tellement british » (sic !), des fois que…

Mais surtout, les annonceurs madrés en profitent pour balancer en loucedé un second message pour le prix du premier, celui-là ayant de moins en moins à voir avec celui-ci.

Pur truc de pubeux, quoi.
On vous voit venir, vous savez.

Merci de votre attention.