Haleine

 

De l’avis général, quiconque a une « haleine de chacal » est à mettre au ban de la société. C’est très injuste. Rappelons que le chacal vit dans des régions arides où il ne dispose ni de points d’eau, ni de dentifrice adéquat pour s’aérer le clapoir.

Mais revenons à nos charognes, moutons.

« Haleine de chiotte » n’est hélas guère plus indiqué. Au contraire, tout juste récurés, le parfum de vos sanitaires enchantera la maisonnée. Du reste, il est rare que l’orifice de votre interlocuteur sente le Canard WC.

 

D’ailleurs, peut-on vraiment réduire l’haleine à une odeur ? Le cousinage d’exhalaison abonde dans ce sens.
Or, dans les locutions « tenir en haleine » et « à perdre haleine », la belle s’apparente plutôt au souffle. Et en effet, faire HHH bien fort est un excellent moyen de contrôler son haleine. Hhhors de toute trivialité, un « travail de longue haleine » exige même une « capacité physique ou intellectuelle à soutenir un effort intense ou prolongé ».

 

« Lunge aleine » justement, sa première sortie publique, évoque Roland de Roncevaux soufflant dans son cor dans son coin. Début XIIIe, haleine désigne encore le « souffle du vent ». Le souffle poétique retombe comme un soufflé avec les premiers bonbons à la menthe.

Pour aleine, on s’est inspiré de l’ancien verbe alener ou halener, « inspirer ». Version dyslexique d’anhelare, latin tardif. Aujourd’hui, on dirait plutôt inhaler. Haletant, non ? Début XXe, on anhélait encore régulièrement dans nos campagnes. Et l’« ambition » espagnole ? Anhelo, « aspiration » à peine figurée.

Admirez l’air de famille avec l’indo-européen an-, « air ». Descendant direct : anima, « âme », excusez du peu. Le h de halo, issu du même radical, ne fait que renforcer le côté animal de la respiration.

 

Si l’âme du chacal est pure, on aimerait pouvoir en dire autant de son haleine.

Merci de votre attention.

 

Priorité à droite toute

 

Tout frais du jour : interrogé sur la « préférence nationale » prônée par son groupuscule, un FNeux s’est empressé de répondre en termes de « priorité nationale ». L’acharnement avec lequel il tentait de caser ce nouveau zélément de langage pour faire oublier l’autre n’était rien à côté de celui qu’on mettra à le pulvériser.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Toujours aussi puant, le concept est néanmoins mieux emballé. Dès qu’on ouvrira le paquet en revanche, l’odeur risque de prendre un peu à la gorge. Mieux vaut ne pas revenir là-dessus.

 

Les aminches, il va falloir vous y faire, priorité a désormais priorité sur préférence. On voit un peu pourquoi.

La priorité à droite, ça ne se discute pas, c’est le code de la route. A mille lieues de la subjectivité suintant par tous les pores de préférer.

Avec ce dernier, vous passez ouvertement pour des racistes. De surcroît, une loi estampillée « préférence nationale » serait recta retoquée par le conseil constitutionnel, garant de l’égalité et de la fraternité républicaines. Ce que la chefaillonne du groupuscule, juriste à ses heures perdues, ne sait que trop.

Préférer marginalise. La priorité, au contraire, vous met du côté du droit. Sans elle, ce serait l’anarchie. Elle relève du « bon sens », cher au groupuscule (comme à tous les autres) parce qu’il s’oppose à toute idéologie. Ce qui n’empêchera pas l’affaire de sombrer dans l’anticonstitutionnalité la plus totale.

 

Mais faites gaffe : à force de vouloir gommer tous les mots qui encombrent – jusqu’au nom du groupuscule, devenu simple couleur, il ne va plus rester que du vent. Moins détectable que le zyklon B mais tout aussi volatil.

Merci de votre attention.

 

Fromage

 

Alors que nous nous empiffrons de fromage, les Italiens s’enfilent formaggio sur formaggio. Dites donc, c’est pas le même affinage mais c’est bien le même formage devenu f(o)r(o)mage en roulant les r ! Les Zanglais, ne roulant pas les r comme chacun sait, s’en tirent avec un cheese.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Comme disait un général, 365 sortes de fromages peuvent donner le tournis, même avec un convive pour vous prêter main-forte. Laits, pâtes, fermentations, en matière de frogome, tous les goûts sont dans la nature (à l‘exception de la trop dégueulasse pour être honnête Vache qui rit).
Dénominateur commun ? La forme.

 

L’étymo est formelle, c’est sur elle que fromage/formaggio s’est formé. Nombre de spécimens la portent encore dans leur chair d’ailleurs : brique, bûche, boulette d’Avesnes (radioactive), crottins en pagaille, sans oublier la fourme. Si cette splendeur n’est pas une déformation régionale de forme, on veut bien nettoyer les cuves à grands jets.

Au passage, on comprend mieux pourquoi le fromage de tête n’a de fromage que le nom, ou plutôt la forme, ce qui revient au même.

 

Fromage a eu pour modèle le bas latin formaticum. Surgirait ici la question du formatage si on était d’humeur.
Forma, maman de nos forme et fourme du XIIe siècle, est moins évidente à cerner.

Dérivant sans doute de l’indo-européen dher- (« tenir »), elle aurait poussé sur la même branche que ferme et firme. Ce qui rapporté à la production fromagère ne nous étonne pas plus que ça.

Il se peut même que le grec morphe (→ morphologie, métamorphose) soit une forme de verlan de forme. C’est pas pire que notre inversion o/r du début. Jusqu’à plus ample informé, il n’y a donc aucune différence entre informe et amorphe ; tout juste un changement de crèmerie.

 

Mais si chaque frometon sort d’un moule, le moule, lui, d’où sort-il ? D’un autre moule, lui-même démoulé d’un moule et ainsi de suite. Œuf et poule n’ont qu’à bien se tenir.

Merci de votre attention.