Frais épilée

 

Paronymie oblige, notre cœur balance entre « rasé de près » et « rasé de frais ».
Comme nous l’allons voir, les deux sont possibles (quoique celui-ci sonne moins clinique que celui-là). Un étrange tabou nous retient en revanche de dire « rasé de frais » en dessous des épaules. Que certains haussent déjà, imaginant la suite rasoir.

Laissons-les maugréer dans leur barbe et revenons à nos moutons, moutons.

« De près »/« de frais » : il va de soi que la peau sera parfaitement glabre dans un cas comme dans l’autre, du fait de la qualité du rasage (« de près ») ou de son caractère récent (« de frais »).

De plus, contrairement à « de près », « de frais » insiste moins sur la sensation visuelle que sur celle de douceur. « De près » contente le rasé, « de frais » l’entourage.
Même si, on ne vous la fait pas, frais a ici valeur d’adverbe figuré comme dans « frais émoulu » (remplaçable par fraîchement).

 

On ne trouvera rien à redire aux jambes rasées « de près » d’un cycliste, pour des raisons aérodynamiques.
Mais pourquoi, filles du sexe féminin, ne loue-t-on jamais vos mollets « rasés de frais » ? Ou vos aisselles ? Est-ce à dire que vos partenaires ne s’y aventurent guère, invoquant la moiteur et autres sordides prétextes ?

Mets tout au lave-aisselle.

(Merci pour votre indulgence.)

Ces recoins tout juste débroussaillés offrent pourtant un terrain de jeu tout à fait épatant, notamment pour les plus chatouilleuses d’entre vous.

 

Sans parler, sujet plus sensible encore, de choupinette. De fait, à la mode ticket de métro, celle-ci sera « rasée de près ». Et dans ce cas, la lotion de monsieur risque de picoter un brin (bien que chacun prenne son pied comme il l’entend).
Mais à la voir ainsi toute pimpante, la tournure « rasée de frais » ne s’impose-t-elle pas d’elle-même ?
Epineuse question.

Merci de votre attention.

 

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Rouflaquette

 

Vous autres zobsédés au vocabulaire croupi voyez sans doute en rouflaquette un équivalent exotique de khoûille. Vous confondez avec roupette et roubignole. A votre décharge, bande de digoulasses, ces pattes sculptées au gré de l’inspiration sont bien l’apanage des mecs du sexe masculin. Rappelons qu’en un point indéterminé de cette broussaille, le cheveu se mue en poil. Transsubstantiation qui vaut son pesant d’alléluia.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Ce Triangle des Bermudes capillo-pileux semble connaître son apogée au tournant des XIXe et XXe siècles. Du gentleman au proxo, oncque mâle qui n’arbore ses rouflaquettes en gage de virilité, comme l’atteste une iconographie fournie comme une tignasse. A croire que les glabres font alors figure de parias. Riez, riez, on voit bien que vous ne tâtâtes jamais du tranchant des lames de l’époque. Le Bic uneu lame le orénge, à côté ? Une caresse.

Petit échantillon à travers les âges :

roufla1

Années 60-70, le tif libéré :

roufla2

Par la suite, la rouflaquette périclite inexorablement. Sorti de la corporation des routiers et des vieux hardos nostalgiques, on ne trouve plus guère que notre Maxime Médard national pour l’assumer sur les terrains de rugby :

maxime-medard

Pour ainsi dire, la chose remonte au rasoir mécanique. Mais le mot ?

Sans conviction, les lexicographes s’en remettent aux dialectes. Rouffles (« jabot, garniture de chemise »), roufle (« gifle »), sans oublier l’expression normande « faire le roufle » : « prendre un air arrogant, se pavaner ». A ce compte-là, les bricolos ressortiront maroufler, aux racines tout aussi enchevêtrées : associer ce « vaurien » de maroufle à la colle forte, pas moins tiré par les cheveux que la joue comme dénominateur commun de roufle et rouflaquette

Pronostic tout personnel : ronflant et flanquer sont tapis dans l’ombre (rouffler, ancienne variante de ronfler !). Après tout, les rouflaquettes mangent le visage de qui veut se donner de l’importance. Un suffixe affectueux (dit-on point favoris pour les mentons rasés ?) et emballé c’est pesé !

Tandis que nous crawlons dans le secret, l’anglais tire ses sideburns du nom du général nordiste Ambrose Burnside, Ambrose-Burnsidemis cul par-dessus tête pour mieux épouser l’idée (side = côté).
Ça vous défrise, doesn’t it ?

Merci de votre attention.