Attentionné

 

Zieutons-le attentivement : attentionné ressemble à un néologisme comme deux gouttes d’eau des fleurs. On a beau ne plus y prêter attention depuis le temps, rien ne dit que le crime est prescriptionné.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

D’après une source proche de l’enquête, nous aurions forgé attentionné à partir d’attention un jour de 1823 où il ne faisait pas beau. Ainsi, être attentionné revient à couvrir d’attentions son (le plus souvent, sa) partenaire (tiens c’est vrai, et l’égalité alors, filles du sexe féminin ?). Ce qui est, avant tout, une marque d’attention. Laquelle donne attentif jusqu’à preuve du contraire.

Aussi prévenant soit-il, attentionné arrive donc après la bataille.

 

Notez que celui qui multiplie les attentions ne dit jamais de lui-même qu’il est attentionné, ce qui contreviendrait à sa délicatesse légendaire. Sauf sur un CV, pour une âme sœur de passage :

grand, sportif, attentionné (…)

A se taper les adducteurs ! Est-on attentionné par nature avec n’importe qui ? Encore faut-il que les sentiments soient là.

 

Mais on s’égare.

Ne ferait-on pas fausse route depuis le début, d’ailleurs ? Vu ses airs de participe passé adjectivé (le verbe attentionner a eu son heure de gloire, ‘tention), on devrait plutôt qualifier d’attentionné l’être cher à qui l’attention est destinée. Gentlemen, soyez attentifs.

 

Au fait, au moment de recevoir une attention, ne vous contentez pas de la réceptionner, au risque de déceptionner l’attentionné.

Merci de votre attention, fallait pas.

 

Que faire lorsqu’on vous reçoit télé allumée, son coupé ?

 

Aussi longtemps que vos pieds vous portent, ils fouleront le seuil d’individus chez lesquels votre présence, apparemment bienvenue, fait néanmoins concurrence au téléviseur resté allumé. Peut alors se former une boule de vexation dans l’abdomen. Réaction tempérée par votre cerveau, qui détecte que le son, lui, est coupé. Ce qui permet au moins d’entendre quel bon vent vous amène. L’un de vos hôtes aura eu le tact d’appuyer sur le bouton mute de la télécommande en repérant votre arrivée. Vous faites donc contre mauvaise fortune bon cœur. Pour un peu, la boule désenflerait. Mais ça ne tient pas. Personne n’a pu assister à votre créneau sous les fenêtres puisque, comme d’hab, y’a jamais de place pour se garer, dans cette rue de merde.

C’est donc que l’audio était déjà désactivé auparavant. On jurerait un problème de réception.

mute

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en convive civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Klaxonnez deux cents mètres au moins avant la maison ou, si celle-ci est sise dans la rue de merde susmentionnée, faites coucou bien fort d’en bas. Ce sera le signal pour éteignez.
Evitez cependant les samedis en milieu d’après-midi où, dans le sillage d’un mariage, personne ne vous distinguerait des autres blaireaux invités rameutant tout le quartier avec leur avertisseur (de merde, lui aussi).

♦  Vous débarquez rarement à l’improviste. Ces gens, des proches généralement, sont donc au courant de votre visite et s’en réjouissent, on l’a dit. Si à leurs yeux le doux ronron de la télé vaut bien celui de votre conversation, repassez plus tard. Convenez d’une heure où l’image de leur émission favorite viendra tout juste de céder la place au tout-venant. Le charme agira encore à votre retour, qui les mettra dans d’excellentes dispositions à votre égard.

♦  Ayez toujours sur vous une zappette universelle. Lorsqu’on vous priera, selon la formule consacrée, de « faire comme chez vous », installez-vous tranquillement face au poste. D’un geste sûr, coupez-lui le sifflet à travers la poche de votre veste avant qu’on n’ait proposé de vous en débarrasser. Votre magnétisme naturel éclatera au grand jour et on ne s’apercevra même pas de la manœuvre. Car qui la regardait jusque-là, cette télé muette ?

♦  En cas de soirée déguisée, profitez-en pour vous grimer en speakerine ou en animateur et jouez vous-mêmes les pubs en incarnant alternativement tous les personnages, vache Milka incluse. On se souviendra de vous comme du clou de la soirée, au point que l’original paraîtra bien fade à l’écran.
N’oubliez pas de ruer dans les brancards une fois ou deux, afin que toute la maisonnée admire votre parfaite immersion dans le rôle.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.