« C’était mieux avant »

 

Est-ce à dire que tout périclite au fur et à mesure que l’on s’approche de la fin (c’est-à-dire 24h/24) ? Supposons que l’on prenne le continuum à rebrousse-poil et que l’on vienne au monde avec la sagesse d’un schnoque. Se mettrait-on à crier sur les toits : « ce sera mieux après » ? Non, on préfèrerait toujours ce que l’on a vécu en premier.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

« C’était mieux avant » est l’un des leitmotivs les plus difficiles à raisonner. En deux mots, voici pourquoi.
(Z’avez le temps ou pas ?)

En sus d’être sélective, la mémoire enjolive tout, cette coquine. Philosophes et neuroscientifiques le savent bien : le souvenir est un petit être mouvant qui n’en fait qu’à sa tête et continue d’évoluer avec nous.
Ainsi, revoir un extrait de film jadis marquant s’accompagne souvent d’une déception proportionnelle au pourléchage de babines. Dans ces moments-là, comme on en veut à notre mémoire de nous avoir floués ! A tort : quand le souvenir s’est formé, nous étions tout bêtement dans d’autres dispositions.

 

Le c’étaitmieuxavantiste fait donc une confiance aveugle à sa mémoire. C’est ça qu’il faudrait lui rappeler au lieu de le railler en évoquant l’âge de la bougie ! Caricature irrecevable en plus : il n’y était pas. Et comme l’adage ne vaut que pour sa propre expérience…

Précisément, tiens, sous couvert de jugement objectif, « c’était mieux avant » signifie en réalité « j’étais mieux avant ». On ajouterait sans trop broder : « et aucune avancée technique ou sociétale ne peut me donner l’illusion de ma jeunesse ».

De la nostalgie déguisée en passéisme.

 

D’où l’on conclut que le Progrès a course perdue contre le temps qui passe – quand bien même nous serions immourables un jour.

Merci de votre attention.

 

Fût-ce

 

Parmi les tours figés dont le bon peuple raffole, « fût-ce » ne brille point par sa simplicité. Subjonctif imparfait : on ne devrait le sortir que pour les grandes occasions. Pensassiez-vous.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Dans le langage parlé et même écrit, le moindre présent de l’indicatif semble prétexte à « fût-ce », « fût-il », « fussent-elles »… Jamais « fussé-je » bizarrement. Ben quoi, on se dégonfle ? Il ne s’agit que de « je fusse » inversé. L’accent aigu ? Il évite d’avoir à bafouiller « fusse-je ».
Lorsque « fût-ce » fuse, rhabillez-le à la première personne pour le mettre en short.

 

Et « dussé-je » alors ? En complet décalage lui aussi avec le futur qui lui colle aux basques :

Je le retrouverai, dussé-je y laisser ma peau.

Allons bon. Devoir débarque ici déguisé comme « fût-ce ». Alors que la soirée n’est manifestement pas déguisée.
A-t-on vraiment besoin de « dussé-je » pour signifier « même si je devais » ? « Devrais-je » ne s’en charge-t-il pas tout seul comme un grand ? Moins goûtu, certes, mais il accompagne son futur sans chichis.

 

Et la concordance des temps, si pratique pour ne pas se triturer les méninges ?

J’aurais aimé la voir

[conditionnel passé]

… ne fût-ce qu’un instant

[subjonctif imparfait : pas de lézard].

Mais en présence du présent,

on ne maltraite pas la langue

aucune chance que « fût-ce » suive !

… fût-ce pour frimer.

Et le pire, c’est qu’on est par ailleurs inconditionnel du conditionnel, ne serait-ce que dans « serait-ce ». Pourquoi lui préférer un imparfait du subjonctif sans aucun rapport avec la choucroute du moment ?

 

Encore eût-il fallu que je le susse.

Voilà qui est chose faite.

Merci de votre attention.