A qui s’adresser pour une réincarnation ?

 

Vous avez déjà tout bordé. S’il faut revenir sur terre, que ce soit sous une forme assez pépère pour vous éviter, tant qu’à faire, d’avoir à revivre les vicissitudes d’ici-bas.

La question est : qui décide ? Certainement pas vous. Heureusement, d’ailleurs : après avoir fait joujou avec votre âme, vous passeriez à celle de vos ennemis. Et comptez bien sur eux pour qu’ils vous rendent la pareille. On ne se débarrasse pas d’un boulet.

C’est donc à un tiers, impartial, que revient le droit d’exaucer vos vœux. Encore faut-il toquer à la bonne porte.

Avec le père Noël, Dieu ou les météorites, le service après-vente s’occupe de tout. Liste de courses, marmonnage ad hoc et pfuuuuuit ! zzzzzzz ! tchhhhhh ! (personne ne sait quel bruit ça fait).
Mais pour une réincarnation ? Peut-on se fier à l’entourage, supposé se mettre « à vos souhaits » au premier éternuement ?

Dans le doute, adressez vos desiderata à votre serviteur, qui transmettra.

 

En attendant, quelle attitude adopter ?
Réagissez en pauvre mortel civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Le rideau de douche. Ne vous réjouissez pas trop vite à l’idée de vous rincer l’œil dissimu. Si vous ne choisissez pas soigneusement votre point de chute, vous aurez l’honneur d’être tringlé par défaut chez une mocheté, sans pouvoir fuir.

 

♦  Quitte à revenir inanimé, pourquoi pas en galet au bord d’un ruisseau ? Idyllique de prime abord. Mais au premier promeneur, vous vous retrouverez en trois ricochets au beau milieu de la flotte. Où vous coulerez à pic, dans la vase souillée par les poissons d’eau douce. Sont-ce vraiment là vos projets de vie prochaine ?

 

♦  Expérience intéressante : vous réincarner en vous mais à une autre époque. Ou du sexe opposé, histoire de faire le tour de la question. Si ces éventualités ne vous ont jamais effleuré, profitez-en pour vous repointer en plus dégourdi.

reincarnation2

♦  Si vous vous êtes toujours rêvé(e) en poutre ou en tsar de toutes les Russies, rien ne vous empêche de faire fifty-fifty. Vous couperez l’herbe sous le pied des révolutionnaires venus vous mettre une tête au carré.

 

♦  A choisir, revenez en père Noël, en Dieu ou en météorite. La réincarnation ne vous concernera plus.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Ongle

 

Au même titre que la vaisselle, la Noël ou toute autre peine incompressible, se couper les ongles est un rite rebutant et chronophage sans lequel il n’est pourtant pas de vie sociale possible. D’ailleurs la faune sauvage ne se coupe jamais les griffes. Pas plus qu’elle ne se fait de cadeaux. Quant au concept d’évier, il lui est quasiment étranger. De quoi être sérieusement tenté par la réincarnation, sauf à finir en renne – mammifère tout ce qu’il y a de plus ongulé du reste.

Mais revenons à nos mammifères tout ce qu’il y a de plus ongulé, mammifères tout ce qu’il y a de plus ongulé.

Ongle désigne la partie cornée des doigts et des orteils dès 1130 :

al ungle del petit dei.

(‘T-y pas charmant ?)

On se ronge les ungles depuis au moins 1370. A défaut, c’est vrai, de pouvoir ronger autre chose (son frein, éventuellement ; un minimum de deux roues est alors exigé).

Et pas la peine de vous moquer des Zanglais avec leur nail tout pas beau : c’est le même mot que notre ongle.
Just watch.
En ancien angliche, ongle est incarné par negel, nægl. Idem en proto-teuton (naglaz), en vieux frison (neil), en vieux nordique (nagl), en vieux saxon et en hollandais (nagel), ainsi qu’en jeune allemand (Nagel). Le sort s’acharne.
Oublions surtout pas le grec onyx (d’où le nom de la blanche pierre précieuse). Ni le latin populaire ungula (« serre, griffe, sabot, ongle »), dérivé du plus classique unguis.
Ni, une fois de plus, la corne d’abondance indo-européenne à laquelle il faut puiser : on jurerait (o)nogh tout droit sorti de la bouche d’un gonze préhistorique se contemplant le bout de la phalange.
A ne pas confondre avec (zog)zogh : le bout de la quéquette.

 

Et pas la peine de vous moquer des pauvres bougres avec leur panaris tout pas beau : c’est le même mot que notre ongle.
‘Agadez.
A la vue de leur propre panus (« tumeur »), les Latins un chouïa dyslexiques ont déformé l’hellénisant paronychium (littéralement « à côté de l’onyx »).
(’T-y pas charmant ?)

Ajoutons que sans ongles, pas moyen de se gratter correctement, ni d’enlever cette khônnasse d’étiquette.

 

Les filles du sexe féminin, ne gâchez point vos économies au bar à ongles du coin, voire au nail-bar à ongles (pour les cas les plus desperate). C’est pas vos ongles que vos khôngénères regardent.

Merci de votre attention.