Ersatz

 

Ersatz : « produit de remplacement, employé à défaut du produit normalement ou traditionnellement employé. Synon. : succédané ». Notez bien qu’on rechigne à utiliser ce dernier dans notre conversation usuelle, en dépit de sa beauté ténébreuse. De là à dire que succédané serait un ersatz d’ersatz

Mais revenons à nos moutons, moutons.

L’ersatz auquel on pense le plus souvent est sans doute le « produit alimentaire qui en remplace un autre, devenu rare » : pour dire les choses crûment, le topinambour en lieu et place de la patate lors de la dernière guerre. D’ailleurs, ironie du sort, c’est aux Fridolins Allemands qu’on doit Ersatz, formé sur ersetzen, « remplacer ».
Une fois le préfixe détaché selon les pointillés, qu’obtient-on ? Le radical setzen, « placer, poser », à rapprocher de nos seoir et asseoir ainsi que de l’anglais to sit et to settle.

Le tout hérité comme il se doit du latin sedere, « être assis, se tenir » (comme dans sédentaire, sédatif), issu lui-même de l’indo-européen commun sed- (même sens). Sédingue, non ?

 

Passé dans notre langue, ersatz évite donc d’avoir à prononcer « solution de remplacement ». C’est dire si son charme gothique nous ensorcelle.

Au palais de justice pourtant, j’en connais qui tireraient une drôle de tronche si on les appelait

Monsieur l’ersatz

plutôt que

Monsieur le substitut.

Merci de votre attention.