Economie de l’écho

 

Un tic nous bousille les esgourdes au point qu’on n’écoute plus le reste : la répétition du sujet avant l’attribut. Dit comme ça, personne ne tilte. Pourtant le phénomène est un phénomène courant.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Vous remettez ?

Marche avec tout et n’importe quoi :

Une loi qui soit une loi respectueuse de l’environnement ;
C’est une décision qui n’est pas une décision à prendre à la légère.

Plus subtil :

Cette nouvelle est une bonne nouvelle ;
La mesure est simplement, je dirais, une mesure de bon sens.

Si les exemples ci-dessus vous titillent le gène zigouilleur, bienvenue au club des trucidateurs de perroquets. Qui est un club qui reste relativement fermé.

 

Faut dire que la tâche est rude. Entendu l’autre jour dans le poste :

Ces corps sont des corps qui sont des corps…

Record à battre. A mi-chemin entre le surplace et la série de poupées russes de taille identique. Du grand art.

 

Ne pas cracher sa Valda son épithète permet au locuteur de se donner de l’air. Ou des airs, du point de vue de l’interlocuteur. Parce qu’on n’est pas plus avancé, pendant ce temps.

Pire, la répétition est à ce point contiguë qu’elle confine au déni de sens, fléau de cette rogntûdjû d’époque.

 

Inspirons-nous des matheux, toujours prompts à réduire leur équation au plus petit dénominateur commun. Pourquoi se priver de ce plaisir vengeur dans la grammaire de tous les jours ?

Une loi qui soit une loi respectueuse de l’environnement ;
C’est une Cette décision qui n’est pas une décision à prendre à la légère.

Ce serait sinon une bonne nouvelle, du moins une mesure de bon sens.

Merci de votre attention.

 

Fulgurance #110

Emile Coué (1857-1926) : inventeur d’une méthode vieille de deux mille ans, plus connue sous le nom de « religion ».

émile_coué

Compétition

 

Après mûr examen, il apparaît que le mot compétition n’est que pétition augmenté de com-. Consignons-le ci-contre.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Sur le papier, l’ONU est là pour garantir qu’on ne se fasse pas la guerre. C’est une vaste blague. On trouve toujours un bon moyen de se mesurer foutre sur la tronche. Sur le terrain économique par exemple, où la compétition fait rage. Son indigeste dérivé compétitivité (sur lequel on a déjà eu des glaires) nous rappelle ainsi la place prise par notre « faculté d’être en compétition ».

De se « compéter », dites-vous ? Restez polis. Quoique le verbe ait bel et bien couru les ruelles en moyen français. D’ailleurs, on ne connaît pas un Anglo-saxon qui ne compete son voisin. Tandis que nous autres compétiteurs à la petite semaine ne pouvons qu’« entrer dans/se livrer à une compétition » ; aucun trajet direct.
Secrètement, on a sans doute un peu honte.

 

Pourtant, l’intention de départ semblait moins belliqueuse. Competitio, latin pour « accord, candidature rivale », découle en effet de com-petere, « faire des efforts ensemble » et même « parvenir à un accord ». Fendard, isn’t it ?

 

Mais alors pétition ? Démarche tout aussi collective (sans quoi elle est inutile, d’ailleurs elle l’est toujours), née au XIIe siècle du fameux petere, « aller, chercher à atteindre, attaquer ». En cause, le radical indo-européen pet-, pete-, « se précipiter, voler ».

Le rapport avec la compète ? Scrutez la descendance grecque, nom de Zeus : potamos, « courant d’eau » et pteryx, « aile », rien que ça. Hippopotame, coléoptères, le choc des titans, non ? Et que dire d’appétit, impétueux, perpétuel ? Ils ont fière allure.
S’il le faut, on peut aussi voler dans les « plumes » de nos voisins anglais feathers.

 

Heureusement, répétons-le, ce n’est pas une compétition.

Merci de votre attention.