C’est du chantage

 

A force de s’élever contre cette pratique – parfaitement puante du reste -, il ne viendrait à l’idée de personne d’en faire autant avec le mot. Pourtant, à côté de chant, chantage fait pièce rapportée, non ? Leur coexistence n’a pas lieu d’être. Et dire qu’on était passé à côté de l’évidence durant toutes ces années (ou toutes ces années durant, ce qui a le don de mettre l’accent sur « durée » et sur « années » en voilà une langue qu’elle est bien foutue).

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Si les maîtres chanteurs font chanter leur monde, ne devrait-on pas les considérer comme des spécialistes du chant plutôt que du chantage ?
Désolé de mettre les pieds dans le plat mais de temps en temps, il faut ce qu’il faut.

D’ailleurs, pour mieux mesurer l’imposture de chantage, substituez-le à son grand frère :

se lever au chantage du coq,
répéter son tour de chantage,

sans oublier le fameux

chantage des partisans.

Seuls

un chantage d’amour

ou

céder au chantage des sirènes

parviennent encore à semer le trouble.

 

Minute, dites-vous.
Saboter → sabotage, monter → montage. Pourquoi pas chanter → chantage ? C’est chant l’intrus, avec ses cheveux trop courts !

Ce à quoi on opposera le cas du maître chanteur, toujours lui. Parler de chantage au sujet d’un gars qui ne chante pas mais passe son temps à faire chanter les autres est une entourloupe.
« Maître chantageur » éventuellement, pour bien distinguer ?

Non, cette histoire de chantage, c’est du fout de gueule.

Merci de votre attention.

 

Répugnant

 

Répugnant, répugner à : vingt contre un que tout ça est famille avec pugnace et le pugilat qui s’ensuit. Pugnace prononcé comme Ignace ? Vous pouvez très bien y répugner, au motif que « puguenace » rend davantage justice à l’étymo – et en jette un max par ailleurs. Dans ce cas, soyez logiques : « répuguener », « répuguenant ». Ah si si.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Pas besoin d’en faire des tonnes sur le sens de répugnant, on sait à quels rictus de dégoût l’épithète peut conduire.
Fort bien mais quel rapport avec pugnacité, combat, gnaque, fighting spirit et autres synonymes pour demeurés ? Le cousinage évoqué à l’instant ferait pschitt ?

Baissez pas les bras. Repugnare, « lutter contre, s’opposer à, résister » : le verbe latin est en plein dans le sujet.
D’ailleurs le premier repugnant attesté fait figure de « résistant ». Même topo pour la forme verbale : « repugner a » = « s’opposer à, être contraire » en 1365.
Frontale, la lutte.
Les fins lettrés n’étant jamais très chauds pour se mettre sur la gueule, le sens évolue lentement mais sûrement en « ressentir une grande aversion à faire quelque chose ». Et plus laconiquement, à l’époque de Louis XIV, « manquer d’enthousiasme pour ».
Mouchetés, les fleurets.

 

Rentrons dans le vif du sujet. Pugnare (auquel on a ajouté re- pour bien insister) signifie déjà « se battre, donner des coups, cogner ».
A cause du pugnus qui a donné notre poing, formé sur l’indo-européen peuk- (« frapper »).

Et inexpugnable alors ? Tout juste : « qu’on ne peut prendre d’assaut ».
Comme quoi c’est vraiment pas la peine de chercher la baston.

Merci de votre attention.

 

Raccompagner

 

C’est pas pour chipoter mais le plus souvent, lorsqu’on se propose, dans un accès de galanterie ou d’obséquiosité (tout ça pour caser obséquiosité), de raccompagner la personne, on ne fait en réalité que l’accompagner d’où elle est venue. Plus ou moins obséquieusement.

Mais venons à nos moutons, moutons.

Si si si si. Votre hôte sonne à la porte. Après les effusions de rigueur, vous cheminez automatiquement de concert jusqu’au salon où l’attend l’apéro dûment apprêté. Au moment de prendre congé, même trajet en sens inverse : vous le raccompagnez sur le pas de la porte, nous sommes d’accord.
C’est là que ça se corse. La soirée a été sublime au point que vous tenez à la prolonger en sa compagnie jusqu’au parking. Or, le trajet chambranle-bagnole n’ouvre en aucun cas droit à un raccompagnement de votre part puisqu’il n’a pas eu lieu à l’aller.

Ou alors tout est permis et on décide qu’« accompagner quelqu’un sur le chemin du retour » équivaut à le raccompagner purement et simplement alors là évidemment dans ces conditions on peut même plus discuter.

raccompagner2

C’est à croire que l’être humain ne peut pas s’empêcher d’en rajouter. Là où ajouter suffit, le dico est formel :

Rajouter exprime, avec ou sans nuance augm., le même procès que la forme simple ajouter.

 

Amener/ramener, même combat :

J’ai ramené des pistaches pour l’apéro.

Non, trois fois non : on n’arrive jamais à s’arrêter, avec ces khôchonneries. Résultat : plus personne n’a faim.
Quant à la patrie, aurait-elle été aussi reconnaissante si Malraux avait vibré d’un

Rentre ici, Jean Moulin ?

 

On préfère ne pas s’étendre sur l’antonyme de raccrocher, vous risqueriez de décrocher.

Merci de votre attention.